Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3c. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université
Note [4]

La sentence du procès engagé par Guislain Mabille figure dans l’Arrêt de la Cour du Parlement sur 1o la juridiction du chapitre de Saint-Quentin, et 2o les prébendes préceptoriales du collège de la ville dudit Saint-Quentin, rendu à Paris le 6 février 1652. Louis-Paul Colliette l’a transcrit dans ses Mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique, civile et militaire de la province de Vermandois (Cambrai, Samuel Berthoud, 1772, in‑4o, tome troisième, pages 436‑441).

  • Le 31 août 1651, en raison du différend engagé en mars 1650 avec Mabille, « prêtre, ancien recteur de l’Université de Paris, principal du collège de Saint-Quentin » (de 1640 à 1691), les chanoines de cette ville lui avaient enjoint de se limiter à ne plus dire que la messe en sa paroisse de Saint-André. Ils contestaient la sentence de l’évêque de Noyon qui, le 3 octobre suivant, avait rétabli Mabille en toutes ses fonctions curiales.

  • Le 18 octobre, Mabille et deux régents de son collège, Quentin Le Gay et Jean Marlier, avaient présenté une requête au Parlement afin qu’« il plût à la Cour évoquer la demande faite […] au lieutenant général de Saint-Quentin, le 19e jour desdits mois d’août et an, à l’encontre desdits chanoines », tendant à ce qu’ils « fussent condamnés à leur payer, rendre et restituer, savoir : audit Mabille, tous les fruits, droits et revenus d’une prébende et chanoinie en ladite église, {a} affectée à sadite charge de principal, même les distributions manuelles, {b} et à ce faire contraints ; qu’il soit maintenu et gardé au droit d’avoir et porter les draps, {c} et d’avoir sa séance au chœur et au chapitre de ladite église, avec voix délibérative, et aux processions et assemblées du jour de sa réception et installation en ladite principauté ; {d} et auxdits Le Gay et Marlier, régents, leur juger, rendre et restituer tous les fruits, droits et revenus d’une autre prébende affectée auxdits régents en ladite église, avec défense de les y troubler ».


    1. « La prébende est un droit qu’a un ecclésiastique, dans une église cathédrale ou collégiale où il dessert, de jouir de certain revenu, ou en argent ou en espèces. La chanoinie est un titre ou qualité de chanoine indépendant de cette prestation, qui est corporelle, au lieu que la prébende est le droit spirituel qu’on a de l’obtenir » (Furetière).

    2. « Dans les chapitres, on appelle des distributions manuelles et quotidiennes certaines petites sommes de deniers ordonnées par des fondateurs à ceux-là seulement qui seront assistants à certains obits [messes anniversaires célébrées en souvenir d’une personne défunte] et offices » (ibid.).

    3. Un surplis.

    4. Sic pour principalité, office de celui qui est principal d’un collège.

  • Les recteur, doyens, procureurs et suppôts de l’Université de Paris étaient « parties prenantes en la cause » en conséquence de la requête qu’ils avaient présentée le 7 octobre. L’Université en avait débattu lors de son assemblée du 21 avril 1651 (v. note [27] des Décrets et assemblées de l’Université en 1650‑1651). Les maire, échevins et jurés de Saint-Quentin s’étaient joints à l’Université pour défendre Mabille contre les chanoines.

  • La sentence fut favorable au principal et aux régents du collège de Saint-Quentin, qui furent maintenus et gardés « en la possession et jouissance des prébendes dont est question, fruits, revenus et émoluments à eux dus, du passé et pour l’avenir, ainsi que les autres chanoines résidents et présents, avec les distributions manuelles ; même ledit Mabille, principal, au droit d’entrée et séance au chœur et en chapitre avec voix délibérative, et porter les draps. Et sans dépens. »

  • Les jésuites ne sont pas mentionnés dans cet arrêt, mais Colliette a parlé d’eux à la page 359 de son livre :

    « L’écolâtre François Dorigny {a} proposa à ses confrères chanoines de Saint-Quentin, assemblés en chapitre, le 24 septembre 1631, de recevoir des jésuites dans le collège de la ville et de le leur céder. La compagnie donna dans le moment son consentement à la proposition, mais le magistrat municipal s’opposa, le 10 octobre suivant, à l’exécution de cette délibération. L’une des principales raisons qu’il fit valoir dans son mémoire présenté au roi, dont il réclama la protection, fut la suspicion qu’il avait conçue contre la fidélité de ces Pères, qui, liés avec leurs confrères de Cambrai et de la Flandre, étaient plus en état, par cela même, qu’aucun autre ennemi de livrer la ville à l’étranger. Le roi reçut favorablement l’opposition du magistrat et lui fit faire réponse, dès le 20 du même mois, portant que les jésuites n’entreprendraient point de s’immiscer dans la ville et le collège sans le consentement des habitants, dont Sa Majesté ne souffrirait jamais que les privilèges fussent en rien altérés. Depuis cette époque, ni les jésuites ni leurs fauteurs {b} n’ont plus travaillé pour s’établir dans une ville qui avait si mal reçu leurs premières demandes. Heureux dès lors ces Pères d’avoir épargné à leurs descendants la honte de la proscription qui attendait ceux-ci cent trente et un ans après ! » {c}


    1. Écolâtre (scholaster en latin) : « chanoine qui jouit d’une prébende en quelques cathédrales, qui l’oblige d’enseigner la philosophie et les lettres humaines à ses confrères, et d’en tenir école. Le [troisième] concile de Latran, tenu sous Alexandre iii [en 1179], ordonna que les évêques auraient un précepteur à leurs gages pour enseigner tant la philosophie que la théologie. Depuis on a annexé des prébendes à cette fonction et on a appelé écolâtre celui qui enseigne la philosophie et théologal, celui qui enseigne la théologie » (Furetière).

      Ce chanoine saint-quentinois dénommé Dorigny était probablement différent du Dorigni, « professeur émérite âgé », qui avait bénéficié à deux reprises de la générosité de l’Université (en date des 7 juillet et 31 août 1652).

    2. Défenseurs.

    3. Expulsion des jésuites de France en 1763.

      La présence de l’hôtel de ville de Saint-Quentin parmi les défenseurs de Mabille pouvait laisser subodorer une réminiscence de sa prévention contre les jésuites.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3c. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université. Note 4

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(Consulté le 24.10.2020)

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