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Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3c. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université  >

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[BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 539 ro | LAT | IMG]

Affaires traitées en l’Université de Paris pendant la seconde année du décanat de Maître Guy Patin, natif du Beauvaisis, depuis le samedi 4e de novembre 1651 jusqu’au samedi 2e de novembre 1652 [1][2]


Le mercredi 15e de novembre 1651, en l’assemblée ordinaire de l’Université (la précédente n’ayant pu avoir lieu, Monsieur le recteur étant absent pour cause de maladie), [1][3] chez le très éminent recteur, Maître Jean Courtin, [4] natif d’Auvergne, licencié de la très sainte Faculté de théologie, [5] dans le Collège de Navarre, [6] a été débattue la question de conférer à Maître Claude de La Place [7] le décanat de la Tribu de Paris, [8] rendu vacant par la mort de Monsieur Bouthillier, [2][9] ainsi que de présenter requête au Parlement contre ceux qui nourrissent le très odieux dessein de réduire à six le nombre total des collèges de l’Université en supprimant tous les autres, etc. [3] [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 539 vo | LAT | IMG]

Le samedi 2e de décembre 1651.

  • Compte tenu des pièces présentées et approuvées, le décanat de la Tribu de Paris a été conféré à Maître Claude de La Place. [2]

  • Il a été décidé d’intenter un procès, mais aux frais de l’Université, pour Monsieur Mabille, [10] jadis recteur de l’Université, aujourd’hui principal du collège de la ville de Saint-Quentin, [11] contre les chanoines de cette ville qui ont entrepris de lui ôter la majeure partie de son revenu annuel, animés à ce faire par quelque occulte ruse des pères loyolites, car ledit Mabille les a récemment empêchés de prendre possession de ce collège qu’ils convoitent voracement depuis longtemps déjà. [4][12]

  • On a demandé à Monsieur Hubret, [13] architecte habile et expérimenté, de s’occuper des maisons que l’Université fait bâtir dans le Pré-aux-Clercs, [14] mais à condition de donner pleinement satisfaction pour la réalisation des travaux, ce qu’il a promis de faire. [5]

  • On a aussi parlé d’intervenir à propos d’un Toulousain dénommé Doujat [6][15][16] qui a obtenu [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 540 ro | LAT | IMG] du roi la chaire de droit canonique du Collège de France et qui voulait enseigner cette matière dans le Collège de Cambrai, qui en est le siège, [17] bien qu’il ne fût pas titulaire d’une maîtrise ès arts de l’Université de Paris. Cette affaire a été remise à l’avis des avocats de l’Université ; le recteur, M. Doyé, procureur de la Nation de France, [18] et M. Du Monstier [19] les iront consulter là-dessus lundi prochain. [7]

  • Le très éminent recteur a aussi parlé d’un moine franciscain[20] du nom de Mulard, [21] qui se vantait à Rome, non seulement à la cour pontificale et auprès des cardinaux, mais aussi chez le pape lui-même, [22] d’avoir été choisi par deux docteurs de Sorbonne, nommément Hallier [23] et Amiot, [24] pour représenter à Rome, auprès de ladite cour et dudit pape, les intérêts de la Faculté de théologie de Paris [25] contre le parti des jansénistes qui s’y était récemment constitué. [26] Ainsi ce moine parlait-il là-bas fort effrontément, comme en attestent les lettres qu’en a écrites et envoyées à Monsieur le recteur le très distingué Monsieur de Saint-Amour, [27] aujourd’hui docteur de Sorbonne, mais ancien recteur grandement méritant de l’Université de Paris, qui séjournait alors à Rome. Il a été décidé [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 540 vo | LAT | IMG] de faire peu de cas de ce moine franciscain qui trompait si déloyalement l’Université de Paris, mais Monsieur le recteur devra écrire à Monsieur de Saint-Amour pour qu’il enquête plus avant sur ledit franciscain. S’il persévérait dans sa malfaisance, on agirait contre Messieurs Hallier et Amiot, docteurs de Sorbonne, car, à Rome, ce moine semblerait soit s’être prévalu, soit avoir abusé de leur renom et de leur autorité. [8][28]

Le samedi 6e de janvier 1652, la requête que nous avions formulée lors de notre dernière assemblée contre Monsieur Doujat, professeur royal de droit canonique, a été confiée à Monsieur Amelot, premier président de la Cour des aides, [29] sur sa demande insistante, et il maintenu son autorisation d’enseigner le droit canon au Collège de Cambrai, comme ont coutume de faire les autres professeurs royaux. [6]

Le mardi 6e de février 1652, on s’est prononcé :

  • contre un certain de Sanguinières, originaire de Limoges, [30] qui s’était faussement acquis, en 1647, le grade de maître en l’Université de Paris, sous le rectorat du très distingué Maître Godefroi Hermant, [31] puisqu’il [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 541 ro | LAT | IMG] avait précédemment été jésuite, etc. ; [9][32]

  • et de même contre ce Crassot, [33] qui usurpe le très brillant nom d’un ancien professeur de philosophie en l’Université de Paris : [34] qu’il aille donc se mêler de ses affaires, car il s’agit d’un infâme vaurien qui ne mérite aucune faveur de notre part. [10]

Le samedi 2e de mars 1652, il a été question du décanat de la Nation d’Allemagne, qui a été attribué à Monsieur O’Moloy, [35] très brillant professeur de philosophie, de préférence à un Irlandais < sic > nommé Pendric, [36] qui n’a jamais enseigné, tandis que ledit O’Moloy a régenté en philosophie depuis de nombreuses années avec grande louange de l’Université de Paris. [11]

On a aussi :

  • parlé d’une bourse du Collège de Lisieux [37] qui a été attribuée à un dénommé Doinel ; [12][38]

  • entendu deux docteurs en droit canonique demandant que nous agréions la requête qu’ils ont présentée devant le Parlement de Paris afin que soient rétablies les chaires de droit canon où Maître Philippe de Buisine est seul à enseigner ; [7][39]

  • discuté le cas du dénommé de Sanguinières, prêtre de Limoges qui fut jadis loyolite, qui a falsifié les lettres attestant de ses études, en 1641, quand il suivait les leçons de Maître Godefroi Hermant, très distingué professeur de philosophie. [9] [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 541 vo | LAT | IMG]

Le lundi 4e de mars 1652, lors de la réunion extraordinaire de l’Université, tenue en ses murs, a été entendue la réclamation de Maître Thomas Petit, [40] licencié en théologie et procureur de la Nation de Normandie, demandant qu’en application des statuts du Collège de Lisieux, dont il a été boursier, il puisse enseigner publiquement la philosophie à la Saint-Rémy prochaine, à la place de Nicholas Poer. [41] A aussi été entendu le directeur dudit Collège, Monsieur Des Périers, [42] très célèbre professeur de philosophie, [13] et il a été décidé que deux ou trois principaux de collèges, les deux procureurs des nations de Picardie et de Normandie, et Monsieur le recteur en personne devront se concerter sur cette affaire, fort difficile et intriquée, puis en référer lors d’une autre assemblée. Le fait est bien que si on appliquait le statut en faveur de Monsieur Petit, comme il faudrait faire à première vue, s’ensuivraient aussitôt quantité d’inconvénients dont a fait état le principal dudit Collège, le très savant Monsieur Des Périers.

Le jeudi 21e de mars 1652, conformément à la coutume, les comptes de l’Université ont été présentés au Collège de Navarre, chez Monsieur Jean Courtin, [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 542 ro | LAT | IMG] notre recteur. Les doyens des facultés et les procureurs des nations les ont tous approuvés, à l’exception d’un ou deux articles, auxquels s’est opposé Monsieur Morel, [43] docteur de Sorbonne, au nom de la Faculté de théologie. [14]

Le samedi 23e de mars 1652, Maître Jean Courtin a rendu les masses rectorales, [44] et Maître Claude de La Place, professeur de rhétorique au Collège de Presles-Beauvais a été élu recteur pour lui succéder. [15]

Le mardi 26e de mars 1652, en l’assemblée de l’Université qui s’est tenue aux Mathurins, [45] à sept heures du matin, les trois doyens et les quatre procureurs des nations ont approuvé et accepté l’élection de Maître Claude de La Place au rectorat.

Le samedi 6e d’avril 1652, en l’assemblée qui s’est tenue chez le nouveau recteur, Monsieur de La Place, au Collège de Presles-Beauvais, [46] l’Université a :

  • débattu sur le procès auquel il convient de mettre fin entre Monsieur de Buisine, docteur en droit canonique, et Monsieur Loisel, chancelier de l’Université, [7][47][48] car ce litige a jusqu’alors rendu impossible de pourvoir les chaires qui sont vacantes en la Faculté de droit canon, comme d’examiner puis de faire imprimer certains actes publics qui concernent les affaires de l’Université ;

  • reparlé du décanat de la Nation d’Allemagne qu’elle précédemment attribué à Monsieur O’Moloy, mais seulement par intérim ; un Irlandais < sic > dénommé Pendric le réclame et demande qu’il lui soit adjugé, [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 542 vo | LAT | IMG] en vertu de certains statuts de sa Nation, qu’il interprète en sa faveur ; [11] nous avons ordonné que ledit Pendric dépose ces pièces, sous huitaine, chez M. Du Monstier, notre procureur fiscal, qui les lira et examinera, puis nous en fera son rapport lors de notre prochaine assemblée ;

  • reçu une lettre de l’illustrissime Monsieur Nicolas Choart de Buzenval, évêque de Beauvais, [49] adressée au recteur, pour nous remercier de lui confier la commission de nommer le conservateur apostolique de l’Université ; [50] il y a désigné Monsieur l’abbé Lamet, docteur de Sorbonne, [51] qui fera serment de bien s’appliquer à accomplir son office. [16]

Le mardi 9e d’avril 1652, aux Mathurins, à sept heures sonnantes, les bénéficiers de l’Université sont venus à son assemblée ; il s’agissait de trois curés de la cité de Paris, Saint-Côme, [52] Saint-André-des-Arts [53] et Saint-Germain-le-Vieux, [17][54] et de quelques chapelains, qui tous obtiennent leurs bénéfices de l’Université de Paris. [55]

Au même endroit et le même jour, Monsieur l’abbé Lamet, docteur de Sorbonne, a prêté serment pour Monsieur Nicolas Choart de Buzenval, évêque de Beauvais, qui embrasse la dignité et charge de conservateur apostolique des privilèges de l’Université de Paris. [16] [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 543 ro | LAT | IMG]

Le samedi 4e de mai 1652.

  1. Une chapellenie de l’Université a été rendue vacante par la mort d’un dénommé Habit, frère d’un avocat au Châtelet. Son attribution appartenant à la Faculté de doit canonique, on a engagé Monsieur de Buisine, doyen de cette Faculté, à y nommer quelqu’un, et ce à sa seule discrétion (puisqu’il est l’unique membre de cette Compagnie) ; ce qu’il a promis de faire dans le mois qui vient.

  2. Lors de la réunion des bénéficiers de l’Université qui se tient tous les ans dans le chapitre des Mathurins le mardi suivant la Quasimodo, on avait décidé de les rappeler à leurs devoirs, et de s’informer sur la manière dont ils y satisfont et s’ils célèbrent bien les messes auxquelles chacun d’eux est astreint, en particulier les chapelains. Ce décret étant d’une grande importance, toute l’assemblée a voulu qu’il soit publié dans ce livre qu’on est en train d’imprimer sur diverses affaires de l’Université. [18]

  3. L’affaire du décanat de la Nation d’Allemagne, que nous avons attribué par provision à Monsieur O’Moloy, mais que voulait pour lui cet Irlandais < sic > dénommé Pendric, a été reportée à une assemblée de juin prochain, à condition d’en venir à bout ce jour-là, après avoir examiné et discuté les arguments écrits que met en avant chacune des deux parties, et après qu’elles en auront réciproquement pris connaissance, tout comme aura fait Monsieur Du Monstier, procureur fiscal de l’Université ; toutefois, ledit Pendric ne lui a toujours pas fait parvenir son dossier. [11] [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 543 vo | LAT | IMG]

  4. Il faut poursuivre le procès contre le syndic des libraires [56] qui s’est mis en tête d’obtenir la confirmation par le Parlement de certains statuts de sa corporation, mais sans avoir consulté Monsieur le recteur et en opposition avec les privilèges de l’Université, [57] que lui ont concédés, antérieurement au mois d’octobre 1650, le roi et Monsieur le garde des sceaux, qui était alors Monsieur de Châteauneuf. [19][58]

Le mercredi 29e de mai 1652, sept décisions ont été prises.

  1. Il faut recevoir gratuitement Monsieur Geffrier [59] à la chapellenie que lui a attribuée Monsieur de Buisine au nom de la très avisée Faculté <de droit canonique>. La prochaine fois qu’un de ces bénéfices ecclésiastiques, mentionnés dans un précédent article, [17] viendra à être vacant, le droit de le conférer appartiendra à la très salubre Faculté de médecine. La gratuité a ici été décidée parce que le revenu annuel de ces chapellenies est fort modeste, dépassant à peine 24 livres tournois, alors que l’admission y était onéreuse, atteignant presque 60 livres.

  2. Accompagné de quelques membres de l’Université, Monsieur le recteur ira voir le très distingué M. Le Fèvre, prévôt des marchands[60] et les échevins de la ville de Paris pour leur faire comprendre et admettre les raisons pour lesquelles le faubourg Saint-Germain ne peut et ne doit être ceint d’un mur, [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 544 ro | LAT | IMG] construit aux frais de l’Université de Paris, longeant la partie du Pré-aux-Clercs qui lui appartient, comme certains nobles personnages l’ont demandé pour leur commodité personnelle, étant donné qu’ils n’ont pas entièrement réglé la rente annuelle qu’ils doivent à l’Université pour les terrains qu’ils lui ont achetés et sur lesquels ils ont fait bâtir leurs maisons : tels sont, entre autres, Messieurs Tambonneau, président en la Chambre des comptes[61] Pithou, conseiller au Parlement, [62] Bragelonne, président en la deuxième Chambre des enquêtes, [63] Leschassier, maître des comptes. [20][64] Si lesdits prévôt des marchands et échevins ne voulaient pas se ranger aux arguments présentés par Monsieur le recteur, il engagerait aussitôt une poursuite contre eux devant la Grand’Chambre.

  3. Il convient de faire un présent à Monsieur de Launoy, [65] docteur en théologie du Collège de Navarre, par exemple quelques livres d’histoire ou de théologie, au nom de l’Université car, grâce à sa vaste érudition et à ses incessantes lectures, il l’a très souvent éclairée de ses conseils en d’indécises affaires. De même, trois autres livres doivent être offerts à Monsieur Béchefer, [66] doyen des substituts de Monsieur le procureur général ; [67] et il faut en préparer encore trois autres, qu’on offrira à son autre substitut, dénommé Monsieur Acard, [68] qui a grandement mérité de l’Université de Paris. [21]

  4. Il faut accorder à Monsieur Doyé, procureur de la Nation de France, notre soutien dans son procès contre Messieurs de Nouveau [69] et Burin, [70] devant le parlement de Rennes, [71] [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 544 vo | LAT | IMG] en faveur du messager de cette ville. [22]

  5. Après avoir entendu Monsieur Le Goux, [72] professeur de philosophie au Collège des Grassins, [73] censeur de la Nation de France, il a été décidé que chaque Compagnie de l’Université devra être avertie par son propre censeur d’exhorter tous les docteurs des facultés supérieures et tous les membres des tribus formant les quatre nations à se conduire pieusement et discrètement lors des processions de Monsieur le recteur, [74] car, en effet, quelques-uns ont presque pour habitude de s’y montrer irrévérencieux, tout particulièrement en y bavardant et conversant pendant tout le trajet ; certains ennemis de l’Université (il entendait les loyolites) en ont tiré argument pour ridiculiser ces processions solennelles, les qualifiant de promenades profanes du recteur. On a aussi décidé que lesdits censeurs de l’Université s’enquièrent de ces professeurs qui, contre ce que stipulent ses règlements et décrets, se permettent de porter atteinte à sa dignité, tout en détenant des bénéfices curiaux auxquels est attaché et confié le soin des âmes.

  6. Monsieur Le Boy, procureur de la Nation d’Allemagne, [75] nous a demandé de bien vouloir accorder à M. Voullemin, pieux prêtre qui est pauvre et maintenant frappé d’une maladie opiniâtre, quelque [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 545 ro | LAT | IMG] secours tiré du trésor de l’Université ; tous se sont unanimement accordés, pour cette fois, à lui faire don de soixante livres tournois.

  7. Lors de chaque procession que fera Monsieur le recteur, les bedeaux prendront soin de ne laisser pénétrer dans le chapitre des Mathurins que les membres de l’Université portant toge et bonnet carré, ou vêtus de l’habit doctoral, de manière que, lors de l’assemblée qu’il est habituel de tenir avant la procession, tout se déroule avec calme et discrétion sans murmures ni tumulte (comme font certaines personnes étrangères aux compagnies, auxquelles on donne bien trop facilement accès à ce lieu).

Le samedi 8e de juin 1652, en assemblée extraordinaire, l’Université a décidé qu’en raison de la profonde misère publique et de la dureté des temps, devra avoir lieu, par exception, une procession de Monsieur le recteur à l’église de sainte Geneviève, [76] patronne des Parisiens. [23][77] Tous ces jours présents, les Parisiens, autant qu’il peut y en avoir, consacrent leurs journées à la dévotion et aux prières pour demander à Dieu qu’il leur accorde la paix ; ils monteront mardi prochain en grand cortège au sanctuaire de ladite sainte, dont le corps, ou plutôt les reliques sont conservées dans une châsse. Le Parlement a ordonné que ce jour-là toute la ville se rende ainsi à l’église Notre-Dame, en immense foule et dans un grand élan de piété, après avoir jeûné le lundi. Pour ne pas sembler se soustraire à ces saintes célébrations de dévotion chrétienne, l’Université de Paris a décidé de puiser en son trésor trois cents livres [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 545 vo | LAT | IMG] pour les pauvres de la ville ; [78] elle confiera cette somme à Maître Guy Patin, doyen de la Faculté de médecine, qui la remettra à Mesdames de Herse, [79] de Traversay [80] et de Nesmond, [81] très pieuses femmes, qui ont pour habitude de recevoir de telles aumônes et de les distribuer à ces pauvres gens. [24]

Le mardi 11e de juin 1652, fête de saint Barnabé, a eu lieu à Paris la procession solennelle depuis Notre-Dame jusqu’à l’église Sainte-Geneviève pour obtenir de Dieu la paix.

Le mercredi 12e de juin 1652, a eu lieu la procession extraordinaire de Monsieur le recteur depuis l’église des Mathurins jusqu’à Sainte-Geneviève, avec grand concours de membres de l’Université. [25]

Le mardi 7e de juillet 1652, en assemblée ordinaire,

  • la Faculté a décidé de donner : trente livres chacun aux dénommés Gouttière et Dorigni, professeurs émérites, âgés et dans le besoin, ; soixante livres à Monsieur Voullemin, saint prêtre, malade et pauvre, autrefois procureur de la Nation d’Allemagne ; quatre livres à Crassot, cet impertinent qui usurpe le nom d’un jadis très célèbre professeur de philosophie, mais à condition qu’il ne puisse jamais plus rien obtenir de nous. [10]

  • Elle a de nouveau délibéré sur le [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 546 ro | LAT | IMG] décanat de la Nation d’Irlande < sic > que se disputent les dénommés Pendric et O’Moloy : après avoir lu la requête que nous a présentée ledit Monsieur O’Moloy, nous avons décidé que Monsieur Bon, présentement procureur de la Nation d’Allemagne < sic >, [82] ne pourra siéger comme juge en cette délibération parce qu’il a paru être trop favorable à l’autre prétendant, ledit Pendric ; puis nous en sommes enfin venus au fond de la controverse et avons décrété que le décanat de cette Nation d’Irlande devait être attribué à Monsieur O’Moloy, excellent et très savant homme qui a professé depuis vingt années la philosophie en l’Université de Paris avec grande louange et indéfectible application, et dont les mérites sont si éminents qu’à peine existe-t-il en France une ville où ne pas trouver aisément quantité de ses anciens élèves. [26]

  • La discussion a aussi porté sur un nouveau don de trois cents livres en faveur du grand nombre de pauvres que comptent les paroisses de l’Université, mais comme elle y a déjà récemment consacré une somme de même montant, la décision a été reportée à une prochaine assemblée.

  • Monsieur Jean de Launoy, docteur en théologie de Navarre, a déjà refusé par deux fois le cadeau que lui offre l’Université : il ne daigne rien recevoir de sa très bonne mère car, avoue-t-il humblement, il lui doit beaucoup plus que ce qu’il pourra jamais lui rendre. Nous avons toutefois décidé de lui représenter ce présent pour une troisième fois, en le priant de l’accepter au nom de l’Université, à qui ses conseils ont si souvent rendu service, et de bien vouloir garder ces deux livres dans sa bibliothèque en souvenir et remerciement des avantages qu’elle a reçus de lui. [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 546 vo | LAT | IMG]

Le samedi 3e d’août 1652.

  1. Après avoir entendu la supplique d’un Irlandais nommé Frazel, il a été décidé que son compatriote Medus [83] ne peut siéger parmi nous en tant que procureur de la très constante Nation d’Allemagne, mais que cette charge reviendra à M. Pendric qui est in turno, c’est-à-dire que son tour en est venu dans l’ordre de sa Compagnie. [27]

  2. Monsieur le recteur nous a présenté et lu une ordonnance royale pour le nouvel établissement d’une Université royale à Nantes, [84] qui est conférée, au nom des compagnies de toute la province de Bretagne, à Monsieur Molé, garde des sceaux. [85] Monsieur le recteur l’a exhorté à prendre soin que cet établissement ne nuise en rien à l’Université de Paris, en raison de la bienveillance qu’il a coutume d’exercer à son égard. Cette nouvelle Académie aura huit professeurs royaux : deux de théologie ; deux de droit, un pour le droit canonique et l’autre pour le droit civil ; deux de médecine ; deux de mathématiques. Nous avons décidé que Monsieur de Buisine, doyen de la Faculté de droit canonique, Monsieur Du Monstier, procureur fiscal, et Monsieur Padet [86] consulteront les avocats de l’Université sur ce sujet. [28]

  3. Nous sommes convenus d’exhorter les principaux des collèges à n’admettre en leurs classes, pour enseigner à la Saint-Rémy prochaine, aucun professeur titulaire [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 547 ro | LAT | IMG] d’un bénéfice ecclésiastique s’il a charge d’âmes en un lieu situé à plus d’une journée de voyage de Paris ; et ce après avoir entendu la requête du très docte Monsieur Le Goux, professeur de philosophie et censeur de la Nation de France.

  4. En raison de l’indigence publique, l’Université a décidé de contribuer pour sa part au secours des mendiants dans le dénûment, en faisant un don de trois cents livres aux pauvres de ses paroisses, Saint-Benoît, [87] Saint-Hilaire, [88] Saint-Nicolas-du-Chardonnet, [89] Saint-Étienne, Saint-Médard, [90] etc. [29]

Le samedi 31e d’août, il a été décidé de faire un nouveau don de trente livres au susdit Dorigni, maître qui est dans le besoin. Il a aussi été question de rénover, renforcer, et faire observer strictement et rigoureusement le décret précédemment prononcé interdisant d’enseigner aux régents et professeurs de l’Université qui sont titulaires d’une cure, où le droit sacré leur impose de résider, si elle est localisée plus loin que dans la banlieue de Paris[30] c’est-à-dire à une distance dépassant une bonne lieue, etc. Sur ce sujet, le très distingué Monsieur de Merbes, procureur de Picardie, a rapporté d’étonnants abus.

Le vendredi 6e de septembre 1652, lors de l’assemblée extraordinaire qui s’est tenue aux Mathurins, le très éminent recteur de l’Université de Paris, [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 547 vo | LAT | IMG] Maître Claude de La Place, et les directeurs de l’Université, à savoir les trois doyens et les quatre procureurs des nations, ont fait bon accueil à l’attribution de la cure de Saint-Germain-le-Vieux, décidée voici trois jours par la très salubre Faculté de Paris, au très digne et méritant Maître Simon Piètre, [91] avocat au Parlement, natif de Paris. Tous l’ont acceptée et approuvée, puisqu’il est le digne héritier de vertueux aïeux : son grand-père fut Maître Simon Piètre, [92] natif de Meaux, docteur en médecine et doyen de la très salubre Faculté en 1566, qui mourut l’an 1584 ; son père fut Monsieur Nicolas Piètre, [93] homme remarquable et fort érudit, doyen de la Faculté de médecine en 1626, qui mourut en 1649, étant alors l’ancien des Écoles ; [94] il eut pour oncle et parrain Maître Simon Piètre, [95] docteur en médecine de Paris et professeur royal qui mourut en 1618, qui fut un homme incomparable, extrêmement sérieux, docte et vénérable ; son frère est Maître Jean Piètre, [96] lui aussi très savant docteur en médecine et doyen de la Faculté en 1648, qui est toujours en vie. Insigne et illustre famille, dont [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 548 ro | LAT | IMG] Maître Simon Piètre peut véritablement, sincèrement et très légitimement se glorifier, lui que nous avons nommé en la paroisse de Saint-Germain-le-Vieux, parce qu’il y est né et qu’il en est un noble rejeton, doté d’une si grande distinction et d’une si admirable vertu que la très salubre Faculté de médecine peut vraiment espérer en être demain louée et même justement glorifiée. [31]

Le samedi 5e d’octobre 1652, a été entendue la plainte d’un dénommé Landon, boursier du Collège de Lisieux, contre son principal, le très distingué Monsieur Des Périers, professeur de philosophie fort réputé ; lequel plaida si prestement et habilement sa cause devant nous que ledit Landon fut aussitôt débouté. Il demandait, en tant que boursier, que le principal dudit Collège lui permît d’y enseigner en classe de cinquième.

Nous avons aussi décidé :

  • de nous opposer aux efforts que les pères loyolites ont déployés auprès du roi pour qu’il leur concède le collège de la ville de Compiègne en Picardie ; [32][97]

  • de corriger certains abus en réformant la Faculté de droit canonique de l’Université de Paris, dont Maître Philippe de Buisine [BIU Santé Comm. F.M.P., vol. xiii, fo 548 vo | LAT | IMG] est, aujourd’hui et depuis quelques années, le seul et unique régent, au profond déplaisir des directeurs de l’Université, et à sa grande honte et insigne détriment. [7]

Fin des affaires traitées lors des assemblées ordinaires comme extraordinaires de l’Université de Paris durant la seconde année du décanat de Maître Guy Patin, natif du Beauvaisis, du 4e de novembre 1651 au 2e de novembre 1652


Guy Patin, doyen.

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(Consulté le 21.10.2019)