Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2C. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université
Note [15]

Claude de La Place (v. note [10], lettre 290), à peine élu doyen de la Tribu de Paris, le 2 décembre précédent (v. supra note [2]), succédait à Jean Courtin dans la charge, bien plus influente, de recteur de l’Université.

César Egasse du Boulay a longuement traité Des marques de la dignité rectorale (Du Boulay b, pages 19‑26). En l’Université de Paris, les trois principales étaient « le sceau, les habits et les masses que portent les bedeaux quand le recteur marche en cérémonie ».

Les masses rectorales et les bedeaux (v. note [1] des Actes de la Faculté de médecine en 1650‑1651) qui les portaient sont décrits page 26 :

« Le recteur n’a point de bedeaux particuliers ; mais quand il marche en cérémonie, accompagné des doyens des facultés et des procureurs des nations, il est précédé par 14 bedeaux portant leurs masses d’argent et baguettes {a} devant lui, comme quand il va au Parlement ou quand il va présenter le cierge de la Chandeleur à Leurs Majestés et aux premiers magistrats de l’État. {b} Dans les affaires communes, il se sert des deux bedeaux de la Nation de laquelle il est. Et ceux-là sont obligés de le servir ponctuellement, de porter ses billets et mandements, bref, d’exécuter ses ordres en tout. La Nation de France en fit un statut exprès le dernier mai 1385, ainsi que l’a écrit M. Jean Poisson, lors son procureur : quatenus, dit-il, Rectori qui nunc est diligenter obsequantur in negotijs Universitatis et Facultatis quæ nunc habet exsequi ; et etiam alijs in postremum futuris Rectoribus in similibus exsequentis. {c}

M. Étienne Pasquier dit au livre 9 de ses Recherches, chap. 22, {d} que les bedeaux ont été donnés au recteur par nos rois non seulement pour la marque de sa grandeur, mais encore pour lui servir de gardes. Voici ce qu’il en est écrit :

“ Quand je vous dis bedeaux, cela s’entendait anciennement sergents. Ballivi, portait l’ordonnance de saint Louis, caveant sibi à multitudine Bidellorum. {e} Et les masses leur étaient baillées tant pour la conservation du recteur que pour la marque de sa grandeur. Quand le roi saint Louis, étant au Levant, eut avis que le vice-roi de la Montagne avait dépêché quelques siens sujets du nom d’Assassins pour le tuer de guet-apens, {f} Adonques, portent nos grandes et anciennes annales, il se douta forment et prit conseil de soi garder, {g} il élut sergents à masses garnis et bien armés qui, nuit et jour, étaient autour de lui, pour son corps garder. Sergents et bedeaux étaient la même chose, comme je recueille de la même ordonnance de saint Louis, de l’an 1256 : Et voulons que li bedel et sergien soient nommez en pleine assise ; autrement ne seront-ils pas nommez pour bedel ne pour sergien. {h} Vous pouvez recueillir par cela en quelle opinion de grandeur fut, de toute ancienneté, le recteur, auquel on commit des gardes près de lui, portant non seulement masses, mais masses d’argent, afin de faire paraître à tous quelle était son autorité. ” »


  1. V. notes [140] des Déboires de Carolus pour les verges (baguettes ou cannes), et [8] des Décrets et assemblées de la Faculté en 1651‑1652 pour les 14 bedeaux qui escortaient le recteur dans les processions de l’Université.

  2. Purification de la Sainte Vierge, le 2 février (v. note [5] des Décrets et assemblées de la Faculté en 1650‑1651).

  3. « puisqu’ils se plient à la volonté du recteur en exercice pour les affaires de l’Université et de la Faculté qu’il lui incombe de suivre ; mais aussi à celle des recteurs qui viendront après lui pour accomplir les mêmes tâches. »

  4. Intitulé Du Recteur de l’Université et de sa suite, pages 841‑843 (édition de Paris, 1621, v. note [16], lettre 151).

  5. « que les baillis se fassent protéger par multitude de bedeaux. »

  6. Lors de la septième croisade (1248-1254), Louis ix (saint Louis, v. note [2], lettre 856) eut pour principal ennemi le roi (ou vieux) de la Montagne, chef des ismaéliens, dont les redoutables sbires étaient nommés assassins en raison du haschich (v. note [13], lettre latine 109) qu’ils consommaient pour se donner de l’ardeur au combat.

  7. « Alors, il pressentit fortement le danger et décida de se faire garder ».

  8. « Et voulons que le bedeau et le sergent soient nommés en pleine assemblée royale ; autrement, ils ne seront pas nommés pour bedeau ni pour sergent. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 2C. Novembre 1651-novembre 1652, Affaires de l’Université. Note 15

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(Consulté le 06.10.2022)

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