À Charles Spon, le 6 septembre 1652
Note [44]

La Rochefoucauld (Mémoires, pages 290‑291) :

« Paris était alors plus divisé que jamais. La cour gagnait tous les jours quelqu’un dans le Parlement et parmi le peuple. Le massacre de l’Hôtel de Ville avait donné de l’horreur à tout le monde. L’armée des princes n’osait tenir la campagne ; son séjour à Paris augmentait l’aigreur contre M. le Prince et ses affaires étaient réduites en de plus mauvais termes qu’elles n’avaient encore été, lorsque les Espagnols, qui voulaient également empêcher la ruine et l’élévation de M. le Prince afin de perpétuer la guerre, firent marcher encore une seconde fois M. de Lorraine à Paris, avec un corps considérable, pour arrêter l’armée du roi. Il la tint même investie {a} à Villeneuve-Saint-Georges et manda à Paris qu’il la contraindrait à donner bataille ou de mourir de faim dans son camp. Cette espérance flatta M. le Prince et il crut tirer de grands avantages de l’événement de cette action, bien qu’il soit vrai que M. de Turenne ne manqua jamais de vivres et qu’il eut toujours la liberté de se retirer à Melun sans hasarder un combat ; et il s’y retira enfin sans rencontrer d’obstacles pendant que M. de Lorraine était venu à Paris et que M. le Prince était malade d’une fièvre continue. Le corps que commandait le comte de Palluau joignit ensuite l’armée du roi après avoir pris Montrond. {b} Il y avait bloqué, avec assez peu de troupes, le marquis de Persan {c} dès le commencement de la guerre ; mais lorsque sa garnison fut affaiblie par les maladies, on l’attaqua de force et on le prit avec moins de résistance qu’on n’en devait attendre de si braves gens dans une des meilleures places du monde si on n’y eût manqué de rien. Cette perte dut être d’autant plus sensible à M. le Prince qu’elle était arrivée en partie pour n’y avoir pas apporté les remèdes qui étaient en son pouvoir, puisque, dans le temps que l’armée du roi était vers Compiègne, il lui fut souvent assez facile de secourir Montrond, au lieu que ses troupes, en ruinant les environs de Paris, augmentèrent la haine qu’on lui portait. »


  1. Encerclée.

  2. Le 1er septembre].

  3. V. note [43], lettre 229.


Montglat (Mémoires, page 275) :

« Palluau eut pour la prise de Montrond les lettres de maréchal de France, à condition de les tenir secrètes dans son cabinet et de n’en point parler jusqu’à ce que le cardinal lui eût permis, selon la mode du temps, dans lequel on ne faisait des grâces qu’en secret. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 septembre 1652. Note 44

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(Consulté le 25.01.2021)

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