Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Grotiana 2, note 49.
Note [49]

« bien que sa véritable et authentique étendue demeure inconnue. »

« L’ensemble du vieux monde » était composé de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie : le continent américain ne pouvait pas entrer dans le compte de Hugo Grotius car on n’en connaissait pas encore les dimensions exactes. V. note [19] du Patiniana I‑2 pour les fictions que, depuis l’Antiquité, nourrissaient les écrivains sur la Terre Australe inconnue (Terra Australis incognita), autrement nommée Atlantide, censée occuper le sud de l’hémisphère austral. Néanmoins, son existence n’était plus imaginaire : quelques hardis navigateurs avaient déjà accosté en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais les contours de l’Océanie moderne demeuraient spéculatifs ; quant à l’Antarctique, objet principal des spéculations, son existence ne devint certaine qu’au xviiie s. Voici ce qu’en écrivait le Dictionnaire de Trévoux en 1752, soit un peu plus d’un siècle après le Grotiana :

« Par le voyage que la Compagnie des Indes a fait entreprendre en 1738 par les vaisseaux L’Aigle et La Marie, et dont la Relation a été donnée par le capitaine de L’Aigle dans le Journal de Trévoux en 1740, page 251, {a} il paraît que le froid est beaucoup plus grand dans l’hémisphère austral que dans le nôtre.

  • Dès le 35e degré de latitude, on commence à trouver une brume qui ne finit que par quelques intervalles courts, et augmente à mesure qu’on avance vers le sud. Souvent elle est si épaisse qu’on ne voit pas un vaisseau à une portée de fusil, et souvent même, qu’on ne se voit pas d’un bout du vaisseau à l’autre. Le 7e de décembre par les 44e degrés de latitude, 355e de longitude, {b} le temps est froid, quoique le mois de décembre soit là ce qu’est ici le mois de juin. La brume, que l’on a tous les jours, mouille comme de la pluie.

  • Le 15e de décembre {c} par le 48o 50’ de latitude, égale à celle de Paris, {d} on trouve une grosse glace, puis plusieurs autres entourées d’un grand nombre de glaçons de différentes grosseurs. Ces glaces ont paru avoir 200 à 300 pieds de hauteur, {e} et depuis un quart de lieue jusques à deux ou trois lieues de tour. {f} Elles avaient toutes sortes de figures : d’îles, de forteresses, de bâtiments. Ce sont autant d’écueils flottants, plus à craindre que la terre même. Le froid qui avait pris au 44e degré de latitude, était excessif au 54e, parmi les glaces, vers le 20e de décembre. À la même latitude, sans la bruine, on aurait un jour continuel, le soleil dans son plus grand éloignement ne faisant que tourner un peu au-dessus de l’horizon ; mais dans ce partage, le temps est presque toujours bas, comme en hiver en France ; et il est rare d’y voir ni Soleil, ni Lune, ni étoiles. À 54 degrés de latitude méridionale, on trouve un gros cap, tout couvert de neiges et fort embrumé, le 1er de janvier 1739. {g} Ces vaisseaux allèrent au sud jusqu’aux 54e degré 40’, toujours dans des brumes et au milieu des glaces, et ce n’est plus un doute que le continent Austral est plus reculé vers le pôle. Par les 44e degré de latitude et premier méridien, {b} où plusieurs géographes mettent le cap des Terres Australes, on ne trouve rien. »


  1. Relation du voyage aux Terres Australes des vaisseaux L’Aigle et La Marie (Mémoires pour l’histoire des sciences et des beaux-arts, février 1740, article xii, pages 251‑276).

  2. La longitude se comptait alors de l’ouest vers l’est, de 0 à 360o depuis le méridien de référence qui passait par l’île de Fer (El Hierro, aux Canaries). Elle se compte à présent depuis le méridien de Greenwich : de 0 à +180o pour l’ouest, et de 0 à -180o pour l’est. La longitude moderne des parages où naviguait l’expédition se situe autour de -3o (3o Est), celle d’El Hierro étant de 18o 3’ Ouest.

  3. 1738.

  4. Dans l’hémisphère nord : ce qui donne une bonne idée de la distance qui séparait encore les explorateurs du pôle Sud ; à cette longitude, les berges du continent antarctique se situent aux environs de 70o S. de latitude.

  5. Environ 65 à 97 mètres.

  6. Environ 1 à 12 kilomètres.

  7. Pour célébrer la fête chrétienne du jour de sa découverte, le 1er janvier 1739, le capitaine de l’expédition de L’Aigle et de La Marie, Jean-Baptiste Lozier-Bouvet, nomma cette éminence cap de la Circoncision. Il forme la pointe nord de l’île Bouvet, qui appartient aujourd’hui à la Norvège, située à 1 700 km au nord des rives du continent antarctique (découvert en 1819) et à 2 500 km au sud-ouest du cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud).

Imprimer cette note
Citer cette note
x
Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Grotiana 2, note 49.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8201&cln=49

(Consulté le 04/03/2024)

Licence Creative Commons