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Ana de Guy Patin :
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Paris, 1701, pages 30‑60 [1]

  • Des Barreaux [2] est fils d’un maître des requêtes [3] et petit-fils d’un contrôleur général des finances [4] sous Henri iii [5] et Henri iv ; [6] celui-ci était conseiller et est né à Paris l’an 1602. [1][7][8] Il a bien infecté de pauvres jeunes gens de son libertinage : [9] sa conversation était bien dangereuse, aussi bien que ses exemples, quoiqu’il en ait donné quelquefois de bons. Témoin celui-ci : un jour, étant las de travailler à revoir un procès dont il était rapporteur, il fit venir les parties chez lui, paya au demandeur la somme qu’il demandait, jeta les papiers dans le feu et envoya les plaideurs au diable. [2] Il avait voyagé en Italie, et un rieur disait que la fréquente conversation des moines de ce pays-là l’avait gâté.

  • Julius Cæsar Vaninus [10] est un auteur qui fut brûlé à Toulouse l’an 1619. [11][12][13] Il était de Naples [14] où il y a encore une famille du nom de Vanini. Ce misérable était las de vivre et enragé de mourir parce qu’il était gueux, ou au moins parce qu’il n’avait pas autant d’argent qu’il en voulait. Il faisait le savant et ne l’était point. Tout son livre de Arcanis naturæ Dialogi est dérobé de Scaliger in Cardanum[15][16] de Fracastor, [17] de Pomponace. [3][18] Je vous assure que cela est très vrai car je l’ai moi-même vérifié. On dit qu’il écrivait au pape Paul v [19] que si on ne lui donnait un bon bénéfice capable de le nourrir et de l’entretenir, il s’en allait dans trois mois renverser toute la religion chrétienne. Je connais un homme d’honneur qui a vu cette lettre, dans laquelle il y avait plusieurs autres sottises, et même des choses horribles. Il a prêché à Paris en italien en divers endroits. Il est mort martyr de l’athéisme : [20] Julii Cæsaris Vanini de Admirandis Naturæ Reginæ Deæque Mortalium Arcanis libri quatuor. Lutetiæ Parisorum apud Adrianum Perier [21] 1616 in‑8o, fos 130 ; ce livre fut imprimé à Paris sans aucune difficulté, et approuvé avec éloge par deux cordeliers[22] docteurs de la Faculté. [23] Quand on lui dit de demander pardon à Dieu, au roi et à la justice, il répondit qu’il ne croyait pas qu’il y eût de Dieu, qu’il n’avait jamais offensé le roi, et qu’il donnait la justice au diable, s’il y en avait. En l’année 1660, les libraires de Hollande voulurent imprimer ce livre de Vaninus, mais le magistrat l’empêcha par ses défenses, [24] disant que la doctrine en était très pernicieuse. Audivi ab Hollando quodam circa id tempus[4]

  • Somnium viridarij [25] est un fort bon livre imprimé à Paris l’an 1516, in‑4o, en lettres gothiques, chez Galliot Dupré, [26] il est intitulé : Aureus de utraque potestate libellus, temporali scilicet et spirituali, ad huc usque diem non visus, somnium vidarij, vulgariter nuncupatus, formam tenens Dialogi, ac jam diu Carlo Quinto Francorum Regi dedicatus[5] Je ne l’ai jamais vu imprimé autrement, et je doute même s’il l’a été ; si ce n’est, peut-être, qu’on l’ait mis dans quelques recueils, comme dans le Fasciculus rerum expetendarum[27] ou bien dans les recueils de Melchior Goldastus, [28] allemand. [6] L’auteur s’appellait Charles de Louviers, [29] qui, pour récompense de son travail, fut fait conseiller d’État par le roi Charles v, dit le Sage. [30] Voyez : l’Histoire généalogique de M. de Sainte-Marthe, [31] tome i, page 485 ; Naudé, [32] Addition à la vie de Louis xi, page 360. [7][33]

  • Prævotius [34] était d’auprès de Bâle, [35] professeur de médecine à Padoue, [36] clair et docte au possible. Il était fort suivi. Il épousa une pauvre fille pour son plaisir, et il est mort âgé de quarante-six ans. Il a fait plusieurs livres très bons, et entre autres, un appelé Definitiones morborum, que les étudiants de Padoue transcrivirent l’un à l’envi de l’autre. [8][37]

  • Bassianus Landus [38] était un professeur en médecine à Padoue, qui [noctu a sicariis confossus ingenti cum luctu] discipulis desiderium sui reliquit[9][39] Il était fort savant.

  • Valentinus Naiboda [40] était professeur en mathématiques à Padoue ; il fut tué dans son lit par des voleurs. [10][41][42]

  • Favorinus[43] ce grand philosophe natif d’Arles, [44] qui vivait à Rome du temps de l’empereur Hadrien, [45] et duquel Aulus Gellius [46] fait souvent mention in Noctibus Atticis ; cujus etiam meminit Philostratus in Sophisticis[11][47] était plus savant que Plutarque, [48] au dire de M. Tarin ; [49] et si nous avions ses œuvres, Plutarque nous serait superflu. J’ai de la peine à le croire, mais puisque M. Tarin est si savant, qu’il donne au public tout ce qu’il sait de lui, et la postérité lui sera obligée. Voyez ce beau dilemme de Favorin contre l’astrologie judiciaire, [50] rapporté par Mathieu [51] dans l’Histoire de Louis xi, page 681, et Pasquier [52] page 758. [12]

  • Le nombre des médecins en France est si grand qu’il est plus aisé de rencontrer un médecin qu’un homme, comme disait autrefois Pétrone [53] à l’occasion des dieux romains : il y a plus de médecins en France que de pommes en Normandie et de frati en Italie et en Espagne ; [13][54] et ce qui est le plus à déplorer, c’est qu’ils sont de francs ignorants. J’en connais un qui, ne sachant ce que c’était que les premiers caractères d’une ordonnance, croyait que Ꝝ voulait dire 21 dragmes. Cette extrême ignorance vient des petites universités qui dispensent les récipiendaires mêmes de savoir lire les abréviations de notre profession, pourvu qu’il aient de l’argent. On dit que celle de Reims [55] va susciter un procès à celle d’Angers [56] d’autant qu’elle fait meilleur marché de ses degrés académiques avec un léger examen, peu de temps et sans thèses. [14][57] Après cela, voilà de belles gens pour avoir jus vitæ et necis ! [15]

  • M. Morus [58] est natif de Castres [59] en Languedoc, si je ne me trompe. Il parle bien et agréablement ; du reste, je crois qu’on pourrait dire de lui ce qu’on a dit d’Origène : [60] Ubi bene, nemo melius, ubi male, nemo pejus[16][61] Il aime fort sur tout les femmes, ce qui fait que je l’appelle Morus le féminin. [17] Partout où il va, il sème des enfants, un peu comme ce valet de Térence qui, ne pouvant rien taire, disait plenus sum rimarum, « je suis un panier percé » ; celui-ci est de même à un autre égard. [18][62]

  • Le livre de Campanella intitulé Civitas solis est l’idée d’une république telle qu’est l’Atlantis de Verul. < Verulam > [19][63]

  • Plusieurs hommes savants n’ont pas facilité de s’exprimer en latin comme ils voudraient, tels ont été Fracastor et Sigonius [64] en Italie, quoique doctissimi[20] On en dit autant de M. de Thou qui a fait une si belle Histoire en cinq volumes en latin, [65] et qui a été très savant. On dit que les Allemands et les Anglais l’ayant entendu chez lui parler si mal, quærebant Thuanum in Thuano[21] et ne voulaient pas croire que ce fût lui qui eût fait cette belle Histoire. On en dit aujourd’hui autant de M. Rigault [66] et de M. de Saumaise, [67] quos nemo non novit eruditissimos et quasi sui sæculi phœnices ; [22] si ce n’est le P. Petau [68] qui, superbia tumens[23] dit que M. de Saumaise n’est qu’un ignorant et qu’un âne.

  • Cornelius à Lapide [69] était un jésuite flamand qui est mort à Rome l’an 1637. Il a commenté presque toute la sainte Écriture ; le commentaire qu’il a fait sur les Épîtres de saint Paul [70] est passable, le reste est peu de chose. Dans le commentaire qu’il a fait sur L’Ecclésiaste, part. 2, page 223, sur ce passage, Non des potestatem super te in vita tua, etc.[71] il blâme fort les rois et les princes qui se laissent gouverner. Je voudrais bien qu’il eût commenté Job[24][72]

  • Andræas Cæsalpinus [73] était un médecin, professeur de la Sapience à Rome, [74] qui écrivait fort bien et enseignait fort mal.

  • Bossulus [75] était un savant homme, fils d’un moine de Saint-Denis. [76] Il a enseigné à Paris avec grande réputation, puis fut en Espagne, où il fut précepteur du fils aîné de Philippe second, [77] Don Carlos, [78] que son père fit étrangler l’an 1568. Étant revenu d’Espagne à Paris, il acheta une abbaye en laquelle il fut tué par ses moines. [25] On dit qu’un gentilhomme nommé le baron de Grisse, [79] se lassant d’entendre Bossulus dans sa classe, branla la tête et s’en alla ; les écoliers, voyant cela, le sifflèrent ; de quoi ayant du dépit, il fit sur-le-champ ces deux vers et les envoya à Bossulus par le portier :

    Bossule non abij docta cum mente doceres
    Sed cum verba dares, Bossule tunc abij
    .

    Bossulus lui répondit sur l’heure les deux vers qui suivent :

    Verba dedi fateor, tu nobis terga dedisti
    Sit dare terga tuum, sit dare verba meum.
     [26]

    Ce baron de Grisse s’appelait en son nom Louis de la Forest, Auvergnat. Grisse est une petite terre en Poitou. Il était fort savant et brave de sa personne ; il fut tué pendant la Ligue [80] au service du roi ; sa mère était de la Maison de Rocheposay. Joseph Scaliger scribit Gricæo suo. Epist. 182. lib. 2. p. 380[27][81]

  • Le pape Clément vii [82] était un grand mangeur de melons [83] et de champignons, [84] de sorte qu’il en devint fort incommodé de sa santé ; mais tâchant de réparer ces brèches, et conserver longtemps sa personne et son individu, il prit un nouveau médecin, nommé Matthæus Curtius, [85] qui lui changea toute sa façon de vivre, et il mourut bientôt après. Ceux de Rome le voyant mort et se réjouissant bien fort de cette perte, firent faire le portrait de ce médecin et mirent au-dessous du tableau ces mots : Ecce agnus Dei, ecce qui tollit peccata mundi[86] comme s’il avait été la cause de sa mort. [28]

  • Pompeius Caimus [87] était le concurrent de Cesare La Galla [88] à Rome, puis fut appelé à Padoue avec quinze cents écus de gages ; petit homme, ennemi mortel de Crémonin, [89] il était professeur en médecine. Scripsit de calido innato[29] in‑4o, en 1626.

  • M. Gassendi [90] était un Provençal d’un mérite infini, honnête homme, savant dans les belles-lettres et dans la philosophie des Anciens. Il était d’une complexion si délicate qu’il n’osait boire de vin, [91] ce qui fait que je lui appliquai ce ver d’Ovide : [92]

    Vina fugit, gaudetque meris abstemius undis[30]

    Il mourut morte Philosophorum[93] regretté de tous les gens de bien. Voici un épitaphe qui vient de M. Spon : [94][95]

    Gassendus moritur,
    Sophiæ lugent,
    Ingemit orbis,
    Sponius in lutu est,
    Solus Olympus ovat
    [31]

  • M. Tarin, dont j’ai parlé ci-dessus, est un abîme de science et un des savants hommes du monde. Je n’ai jamais vu un tel prodige. Il avait été précepteur de M. de Thou, [96] qui fut exécuté à Lyon l’an 1642. [32]

  • Un apothicaire [97] est, selon moi, Animal bene faciens partes et lucrans mirabiliter[33][98]

  • Ulisses Aldrovandus [99] mourut l’an 1605, non pas pauvre, comme on dit, mais riche, et d’honneur, et de biens, et de réputation. Il est vrai qu’il avait fait de grandes dépenses en ses voyages, et en faisant graver tant de planches chez lui. Il laissa du bien et son beau cabinet à la ville de Bologne, [100] à la charge que ces Messieurs feraient achever l’impression des manuscrits qu’il leur laissait ; ce qu’ils font tous les jours, et montrent aux curieux ce cabinet à Bologne ; il est beau par excellence. Ejus operum Catalogum tam editorum quam endendorum et ms. omnium amplissimum subjecit Joannes Imperialis in suo Musæo cum icone et elogio authoris[34][101]

  • Bragadin [102] était un imposteur qui se vantait d’avoir la pierre philosophale ; [103] son imposture étant découverte, le duc de Bavière [104][105] le fit mourir l’an 1591. [35][106]

  • M. Quillet [107] est un médecin de Chinon [108] qui a quitté le pays pour avoir trop hardiment, mais véritablement parlé contre la possession des religieuses de Loudun : [109] c’étaient des maux de mère [110] qui renversèrent la cervelle de ces pauvres filles et qui firent qu’elles s’imaginèrent avoir le diable dans le corps. Incidunt in delirium melancholicum, sentientes aculeum carnis, et revera carneo remedio indigent ad perfectam curationem [36] car, comme dit le poète Cornelius Gallus : [111]

    Carnis ad officium carnea membra valent[37]

    Il était médecin du maréchal d’Estrées [112] à Rome. Il a fait quantité de vers latins contre la prétendue possession de ces religieuses, et les a fait imprimer. Il en a fait aussi contre le cardinal Mazarin [113] dans un poème intitulé Læti Callipædia, voyez Menagiana, tome 2, pages 136‑137. [38]

  • Daniel L’Ermite [114] était né à Anvers. Il s’en alla voyager en Italie, où il fut secrétaire du grand-duc. [115][116][117] Il mourut de la vérole [118] à Livourne [119] l’an 1613. Cette maladie l’avait dégoûté des femmes entièrement, mais il n’en valait pas mieux pour cela. [39]

  • Le cardinal de Richelieu [120] se voyant en grand crédit tant auprès du roi qu’en cour de Rome, voulut faire cardinal son frère, le chartreux appelé Dom Alphonse, [121] mais il ne put obtenir du pape [122] cette faveur qu’il n’eût promis d’envoyer à Rome la rétractation de M. Edmond Richer, [123] docteur de Sorbonne, par laquelle il soumettait au jugement du pape son livre de Ecclesiastica et Politica potestate, fait en 1611, qui avait tant causé de trouble en Sorbonne [124] pendant cette année. [125] Le bonhomme Richer refusa plusieurs fois de signer, mais le cardinal, abusant de l’autorité du roi, [126] lui dit que Sa Majesté l’entendait ainsi ; sinon, qu’il fallait sur-le-champ aller à la Bastille. [127] Le bonhomme, intimidé, tout vieux et prêt d’être taillé, [128] signa pour éviter les disgrâces d’une prison honteuse. Le cardinal avait deux hommes qui le servirent beaucoup dans cette affaire, savoir le P. Joseph, [129] capucin[130] et M. Talon, [131] docteur de Sorbonne, curé de Saint-Gervais, [132] qui, pour avoir les bonnes grâces du cardinal, mena ce bonhomme au Palais-Cardinal, [133] sous prétexte que Son Éminence le voulait voir. [40] Son livre de Eccles. et Polit. potestate a été réimprimé en 1650. Hanc Edmundi Richerii declarationem a Cardinali extortam et coram Coustart [134] et Jutet [135] Notarijs Parisiensibus in præsentia Caroli Talon et Josephi Capucini ab eodem Richerio subsignatam die 7. Decembris anno 1629. vide in appendice ejus testamenti editi Parisiis anno 1630. pag. 3. 4. cum aliis authoris tractatibus quos prius ediderat an. 1622. in‑4o, contra And. Vallium collegam suum Sorbonicum[41][136]

  • Avicenne [137] est un auteur qui n’a rien qui ne soit tiré des autres. Les uns disent que c’était un prince, les autres un grand seigneur, d’autres un philosophe. Le P. Du Breul, [138] moine de Saint-Germain, [139] dans sa préface sur saint Isidore, [140] dit que : Opus Medicum Avicennæ n’est qu’une traduction en arabe d’un livre de médecine que ce saint avait fait. [42] Pour moi, je crois qu’il n’a jamais été médecin, car il y a des opinions très dangereuses : de quo vide apologiam Renati Moreau [141] in Brissotum, [142] p. 13, et Petrum Castellanum in Vitis medicorum, p. 136[43]

  • Lucas Holstenius [143] est natif de Hambourg, [144] fils d’un teinturier. Il était autrefois luthérien,  puis s’est fait catholique. [145] Multa scripsit edita et non edita[44]

  • Claudius Puteanus [146] était un conseiller au Parlement de Paris, homme d’honneur et savant. C’était le père de Messieurs Dupuy, [147][148] bibliothécaires du roi. Il mourut de la pierre l’an 1594. Morbo studiosis fatali correptus, ingenti calculorum strue velut rupe in renibus nata, quæ meatibus interclusis ventriculum subvertit. Vide Thuan tom. 5 p. 457[45][149]

  • M. Silhon[150] en la p. 30 de sa grande préface qu’il a mise au devant de son livre de l’Immortalité de l’âme[151] qu’il a fait l’an 1634, impose bien des crimes aux Espagnols et je crois, ma foi, qu’il dit vrai ; mais je suis en peine de savoir ce qu’il entend par ces mots : et ils sont soupçonnés de quelque chose de pis, dont je ne veux point parler et que je ne veux pas croire. On avait interprété ce passage de la stérilité de la reine, [152] qu’on les accusait d’avoir causée par des breuvages avant qu’elle partît d’Espagne ; mais ayant eu des enfants après vingt ans, cela ne peut plus être entendu. Il faut donc l’entendre d’autres crimes ; et, preuve de cela, vous ne voyez autre chose que des Espagnols s’employer à balayer l’Église de Rome [153] pour pénitence de ces crimes. [46]

  • Picatrix [154] est le nom d’un charlatan [155] espagnol qui a écrit de la magie [156] il y a plus de deux cents ans. Son livre n’est que manuscrit, Agrippa [157] s’en est servi. [47]

  • Les turcs se connaissent à Rome par le turban qu’ils portent sur la tête et par les cheveux ras. [158] Le cardinal Barberin [159] en a à son service ; ils ne boivent pas de vin ; mais si d’aventure quelqu’un d’eux se fait chrétien, [160] ce qui arrive rarement, ils deviennent de grands ivrognes. [161] J’en ai vu un que l’on fit jacobin [162] pour le faire jeûner à cause qu’il buvait trop. Je ne sais si le remède n’était pas pire que le mal.
    Postel[163] en son livre de Orbis terræ concordia, fait grand état des Turcs et prise leur politique. Il est imprimé à Cologne. [48]

  • M. de Verdun, premier président au Parlement de Paris, [164][165] et qui auparavant l’avait été à Toulouse, avait la bouche toute tortue et, à cause de cela, on disait qu’il était si savant en droit qu’il avait la bouche faite en paragraphe. M. Servin, [166] avocat général, se moquant de lui comme d’un homme qui faisait trop le fanfaron et qui était grand bigot, commença un jour une harangue au parlement par ces mots : Judex habens os distortum condemnabitur. Verduno apud Tholosates fama ingens, minus Lutetiæ nomen fuit per majus officium, quod mirandum ! Omnium consensu meruerat eam dignitatem antequam obtineret, postquam obtinuit minus fama valuit. Gramondus in Hist. Gall. lib. i. p. 19[49][167][168]

  • De tous les ouvrages de Lipse[169] le meilleur est de Constantia, puis ce qu’il a écrit de politique. [50]

  • Je ne crois pas la guérison des écrouelles [170] impossible car nous voyons des Espagnols s’en retourner guéris de France, par le seul changement d’air, d’eau et de régime de vie. [51][171]

  • Phlegon Trallianus [172] qui Imperatoris Adriani fuit libertus a fait un livre de Mirabilibus, traduit par Xylander [173] et imprimé à Bâle, grec et latin, in‑8o l’an 1568. C’est un pur roman que ce livre, d’autant qu’il est tout tissu et composé de contes fabuleux et de fausses narrations. [52] Je mets en ce même rang Albert le Grand [174] de Natura animalium, et même le livre d’Élien [175] de Animalibus[53]

  • Calvin [176] était fort savant homme et mérite de l’honneur eo nomine[54][177] mais il a bien causé du mal : son ambition a pensé tout renverser ; pene concussit orbem terrarum[55] Il était méchant et vindicatif : il fit faire le procès à Michel Servet, [178] Espagnol, et le fit mourir cruellement au nom d’une religion chrétienne et par des gens qui font profession d’une mansuétude évangélique. [56]

  • François Draque [179] était un capitaine anglais qui a fait merveille sur mer. C’est lui qui, le premier après Sébastien Cano, [180] Vénitien, entreprit de faire le tour de la terre, comme il a fait en deux ans et huit mois, étant parti le 13e de décembre 1577, et étant de retour le 3e de novembre 1580. [57] Voici des vers qui furent faits sur ce voyage de Draque :

    Plus ultra, Herculis inscribas, Drace, columnis
    Et magno dicas Hercule major ero.
    Drace, pererrati quem novit terminus orbis
    Quemque simul mundi vidit uterque polus.
    Si taceant homines, facient te sidera notum
    Sol nescit comitis non memor esse sui
    .

    Voyez Camden [181] dans l’Hist. d’Élisab. p. 326. [58][182][183]

  • Alemannus[184] qui a fait imprimer l’Histoire secrète de Procope, [185] est un bibliothécaire du Vatican. [186] In illa Arcana historia multa habentur adversus Justinianum ; [59][187] et néanmoins, on a beaucoup retranché en l’édition qui s’est faite à Rome. Depuis, on a tout ramassé, et a été envoyé par Holstenius en Hollande, où l’on le va imprimer plus beau que jamais ; il y a bien des choses secrètes contre Justinien, et contre les adultères et les impudicités de sa méchante femme, Theodora. [60][188] Il y a eu des modernes qui ont écrit pour la défense de Justinien contre ce livre, comme un certain Anglais nommé Rivius, [189] par un in‑12, et M. Trivoire, [190] professeur en droit à Paris, par un in‑4o imprimé au même endroit l’an 1631, intitulé Trivorij observatio Apologetica adversus quosdam J.C. et Procopij Anecdota, et de vera Francorum origine[61]

  • Cardan avoue que son fils aîné avait empoisonné sa femme ; [191] d’autres disent qu’il fut pendu, mais je ne l’ai point vu. Ce malheur lui a donné lieu de composer un livre qui est intitulé de Utilitate ex adversis capienda[62] On dit qu’il est très beau.

  • Mademoiselle de G**[192] fille d’honneur de la reine Anne d’Autriche, fut chassée d’auprès de cette princesse parce qu’on l’accusa d’entretenir un commerce de galanteries avec un jeune seigneur de la cour. [193] La suite de cette intrigue lui fut funeste car elle se servit d’une sage-femme [194] qui, voulant lui procurer un avortement, la fit mourir. [195] C’est sur cette aventure qu’Hesnault [196] a fait ce sonnet de l’Avorton :

    « Toi qui meurs avant que de naître,
    Assemblage confus du néant et de l’être,
    Triste avorton, informe enfant,
    Rebut du néant et de l’être ;

    Toi que l’amour fit par un crime,
    Et que l’honneur défait par un crime à son tour,
    Funeste ouvrage de l’amour,
    De l’honneur funeste victime ;

    Laisse-moi calmer mon ennui,
    Et du fond du néant où tu rentres aujourd’hui,
    N’entretiens point l’horreur dont ma faute est punie.

    Deux tyrans opposés ont décidé ton sort,
    L’amour malgré l’honneur t’a fait donner la vie,
    L’honneur malgré l’amour t’a fait donner la mort. » [63]

  • Baranzanus [197] était un Savoyard barnabite [198] de grand esprit, et qui a prêché à Paris dans plusieurs paroisses. Il demeurait à la place Maubert [199] et tâchait d’instituer un couvent de son Ordre. Il était novateur dans la philosophie d’Aristote [200] et intime ami du chancelier Bacon. Il était grand scolastique, [201] astrologue et diable en procès, esprit sublime et métaphysique, hardi et résolu. Il mourut de la fièvre l’an < 1623, âgé de 33 ans, à Montargis, [202] en une maison de son Ordre. > [64]

  • L’embrasement du mont Vésuve est une chose étrange en la nature, et bien extraordinaire. Il causa bien des maux en Italie en l’an 1631. [203] Il y avait cent ans qu’il n’avait été vu. Alzarius Crucius [204] en a écrit ; Santorellus, [205] Naudæus, médecins et autres savants ont fait la même chose. [65]

  • Augustinus Niphus Suessanus [206] était de Sessa, [207] au royaume de Naples. Il vivait du temps de Charles Quint. [208] Cet empereur l’ayant voulu voir alla chez lui ; Niphus le fit entrer dans sa chambre, où il n’y avait qu’une chaise, sur laquelle il s’assit, disant à l’empereur qu’il était assez grand seigneur pour en faire apporter une autre pour lui. Niphus dit aussi à Charles Quint : « Je suis empereur des lettres comme vous êtes l’empereur des soldats. » Il fut marié deux fois et dansa tant à ses secondes noces qu’il y prit la maladie dont il mourut. Augustini Niphi opuscula moralia edita sunt Parisiis apud Roletum le Duc, an. 1645[66]

  • Ocellus Lucanus [209] était un philosophe de Calabre, magnæ Græciæ[67][210] il était de la secte de Pythagore. [211] Nous avons un petit livre de lui in‑8o, grec et latin, commenté par Nogarola, [212] qui est fort estimé. [68] Il est le plus ancien philosophe que nous ayons, car il vivait avant Aristote.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Patiniana I-2 (1701)

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