Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 6 manuscrit, note 49.
Note [49]

Le commentaire du Borboniana portait sur un vers de Virgile (Bucoliques, églogue iv, 61) que voici, avec celui qui le précède :

Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem :
Matri longa decem dederunt fastidia menses.

Petit enfant, commence par connaître ta mère à son sourire !
Tes dix mois {a} ont donné de longs dégoûts à ta mère.


  1. De grossesse, v. infra.

Servius (Maurus Servius Honoratus), grammairien latin du ive s., a été le premier à éditer et commenter les œuvres complètes de Virgile. Dans ce vers, au lieu du verbe dederunt [ont donné], écrit dans le Borboniana, il a employé tulerunt [ont procuré], et cela a été suivi par toutes les éditions ultérieures que j’ai consultées. Servius s’en est justifié dans cette note : {a}

Tulerunt. Aliis, abstulerint legunt ; ut sit : Si riseris, abstulerint decem lenses matri tuæ longa fastidia ; matri enim decem menses attulerunt longa fastidia, quia prægnantes solent fastidia pati. Decem menses : quia mares in decimo nascuntur mense, fœminæ vero in nono.

[Tulerunt. D’autres lisent abstulerint, soit : « Si tu ris, c’est que de longs dégoûts ont soustrait dix mois à ta mère » ; en effet, dix mois ont procuré de longs dégoûts à la mère, parce que les femmes enceintes pâtissent ordinairement de dégoûts. Dix mois : les garçons naissent au dixième mois, mais les filles au neuvième]. {b}


  1. P. Virgilii Maronis Opera, cum integris commentariis Servii… [Œuvres de Virgile, avec tous les commentaires de Servius…], par Pancratius Masvicius (Maaswyck), Leeuwarden (Frise), Franciscus Halma, 1717, 2 tomes in‑4o, tome i, page 45.

  2. Dans une édition bien antérieure des commentaires de Servius par Maffeo Vegio (sans lieu ni nom, 1484, in‑fo), tulerint est remplacé par tulerunt [auront procuré] et le commentaire (note c) ne contient pas l’avis sur la durée différente de la grossesse pour les garçons et pour les filles (page b iii vo).

Toutefois, la remarque du Borboniana ne portait pas sur le changement du verbe, mais sur la durée de la gestation, avec une référence (ajoutée dans la marge du manuscrit) : « Voyez l’Anatomie de Du Laurens ».

Dans l’édition des Opera omnia [Œuvres complètes] publiée par Guy Patin (Paris, 1628, v. note [3], lettre 13) de Dans l’Historia anatomica [Anatomie] d’André i Du Laurens (Laurentius), {a} Quot et quæ sint humani partus tempora [Quelles peuvent être les diverses dates de l’accouchement humain] est la question xxx, chapitre ix, Infantis exclusio, seu partus [L’expulsion de l’enfant ou accouchement], du livre viii(pages 512‑517). Il y est raisonnablement dit (page 513) que l’accouchement peut survenir entre le 7e et le 11e mois, mais que la durée ordinaire et optimale de la grossesse est de 9 mois ; quant aux différences selon le sexe de l’enfant, Du Laurens développe les propos d’Aristote (Histoire des animaux, livre vii, chapitre iv) :

Mas, quia celerius conformatur, movetur et perficitur in Utero, si septimo mense prodeat, vitalis erit. Femina autem, cum eam proportionem, quæ ad τυπωσιν, motum et partum requiritur, non servet, si septimo exeat mense vitalis quidem erit, sed non diu superstes.

[Parce que, dans l’utérus, le garçon se forme, bouge et atteint sa maturité plus rapidement, il sera vivant s’il sort au septième mois ; la fille requérant une plus longue durée pour sa formation, son mouvement et sa capacité à être accouchée, elle sera donc certes vivante si elle naît au septième mois, mais elle ne survivra pas longtemps].

Suit cette judicieuse remarque de Du Laurens :

Adde quod in numero mensium sæpe decipiuntur Mulieres, ita ut octavo mense videantur parere, cum pariant nono. Sunt enim, quibus secundo post Conceptum fluunt menstrua, putant hæ, non concepisse, cum tamen conceperint.

[Ajoutez à cela que les femmes se trompent souvent dans le compte des mois, si bien qu’elles semblent accoucher au 8e mois, alors qu’il s’agit du 9e. Certaines ont en effet des règles au 2e mois qui suit la conception, et pensent alors qu’elles ne sont pas enceintes, tandis qu’elles le sont bel et bien].


  1. Opera omnia [Œuvres complètes] éditées par Guy Patin (Paris, 1628).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 6 manuscrit, note 49.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8207&cln=49

(Consulté le 01/03/2024)

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