Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii
Note [5]

Philippe ii, roi d’Espagne, avait demandé au médecin espagnol Francisco Hernandez (Tolède 1514-1587) de se rendre au Mexique (alors appelé Nouvelle-Espagne) pour recueillir les richesses naturelles de ce pays. Surnommé el Plinio de Nuevo Mundo [le Pline du Nouveau Monde], il rédigea ses observations, mais ne parvint pas à en obtenir la publication. Elles parurent après sa mort sous le titre de Cuatro libros de la naturaleza y virtutes medicinales de las plantas y animales de la nueva España [Quatre livres sur la nature et les vertus médicinales des plantes et animaux de Nouvelle-Espagne] (Mexico, 1615, in‑4o), ouvrage devenu introuvable qui a été réédité à par Nicolas Leon (Morelia [ville située au centre du Mexique], José Rosario Bravo, 1888, Internet Archive).

Le médecin napolitain Nardo Antonio Recchi (1540-1595) en a donné une traduction latine en dix livres qui parut d’abord partiellement sous la forme de fragments séparés (auxquels Guy Patin a pu avoir accès), puis complètement sous le titre de : Rerum medicinalium novæ Hispaniæ Thesaurus, seu plantarum, animalium, mineralium Mexicanorum Historia ex Francisci Hernandez Novi Orbis Medici Primarii relationibus in ipsa Mexicana Urbe conscriptis a Nardo Antonio Reccho Monte Corvinate Cath. Maiest. Medico et Neap. Regni Archiatro Generali Jussu Philippi ii. Hisp. Ind. etc. Regis, Collecta ac in ordinem digesta a Ioanne Terrentio Lynceo Constantiense Germano Philosopho ac Medico. Notis illustrata Nunc primum in Naturalium rerum Studiosorum gratiam lucubrationibus Lynceorum publici juris facta. Quibus jam excussis accessere demum alia quorum omnium Synopsis sequenti pagina ponitur. Opus duobus voluminibus divisum, Philippo iiii. Regi Catholico Magno Hipsaniarum utriusque Siciliæ et Indiarum etc. Monarchæ dicatum [Trésor des substances médicinales de la Nouvelle-Espagne, ou Histoire des plantes, animaux et minéraux du Mexique, tirée des relations de Francisco Hernandez, premier médecin du Nouveau Monde. Nardo Antonio Recchi, natif de Montecorvino (province de Salerne), médecin de Sa Majesté catholique et archiatre général du royaume de Naples, les a transcrites à Mexico même, sur l’ordre de Philippe ii, roi d’Espagne, des Indes, etc. Histoire colligée et mise en ordre par Johannes Terrentius Constantinensis (Johann Schreck, Bingen 1576-Pékin 1630, missionnaire et érudit jésuite), Lyncéen (membre de l’Académie romaine des Lyncéens, dite des Lynx, créée en 1603), médecin et philosophe allemand. La voici pour la première fois illustrée de notes pour l’agrément de ceux qui étudient l’histoire naturelle, établie par les travaux nocturnes des Lyncéens titulaires. La page suivante (Iacobus Mascardus typographus lectoris {L’imprimeur Giacoppo Mascardi aux lecteurs}) donne le synopsis de toutes les autres parties qu’ils ont ajoutées à celles qui ont été précédemment imprimées. Ouvrage divisé en deux volumes, dédié à Philippe iv, grand roi catholique, monarque des Espagnes, des deux Siciles et des Indes, etc.] (Rome, 1651, Rome, Vitali Maschardi, 2 volumes in‑fo ; Internet Archive). Dans cette édition, la description détaillée du bézoard mexicain se trouve dans le chapitre xiv, De Mazame, seu Cervis [Des Mazames (cerfs en langue indigène du Mexique), ou cervidés] (pages 325‑327). Y sont énumérés de nombreux ruminants (cervidés, caprins ou même parfois bovins) dont l’estomac contient fréquemment un bézoard :

Paulatim concrescat, et generetur, multis sensim additis, et cohærescentibus membranulis, quales sunt cæparum, ideo non nisi vetustissimis, et senio pene confectis, lapides hi reperiuntur ; neque ubique, sed certis, statisque locis, ubi ea suppetit materia, qua ratione fieri posset, ut apud Hispanos gentesve alias, non ita facile offendantur. Verum non omnes hi lapides salubres sunt, tuendæve sanitati, aut morbis profligandis apti, sed soli illi, qui depastis herbis saluberrimis producuntur. Unde non solum difficile sit censere, an illæ facultates mirabiles, quæ de eo lapide nostra tempestate iactantur, narrarique et prædicari cæperunt, veræ sint, sed etiam quinam sint eligendi, aut qui utiles, aut inutiles offendantur, quibus de rebus certo quid affirmari nequit. Etsi fama est, venenis venenatisque omnibus subvenire, syncopem, et epilepticas invasiones arcere, digitis applicatos somnum conciliare, augere vires, excitare venerem, facultates omnes roborare, sedare dolorem, renum lapides vessicæque, non solum parva quadam portione devoratos, sed manibus tantum retentos frangere, ac pellere, urinæ destillationi ferre opem, partum iuvare, et procurare conceptionem, denique nulli fere non auxiliari morbo. Adeo ut sint qui solius huius lapidis præsidio, medici sententia sua evaserint consummati, pro talibusque se se impudentes venditarint. Variis eos reperies formis et coloribus. […] Tot vero reperies apud novam hanc Hispaniam, ut iam vili veneant precio, ac vel unico aureo singuli, et interdum etiam bini emi et commutari soleant, cum non paucis ante annis, unicus et mediocris, ducentis, aut amplius aureis extroqueri non posset a mercatoribus. id dictum est a me, atque admonitum, ne deinceps reliquus sit locus ipsis impostoribus ex rapto viventibus, iusque omne, dum rei familiari student quomodolibet augendæ, atque cumulandæ, violantibus ; quibus opus non est in tanta copia, et numerosa redundantia, arte illos aut adulterio parare, quanquam et ad hunc modum non pauci conflati reperiantur.

[Il s’agglomère peu à peu, étant engendré par de nombreuses et fines membranes qui s’ajoutent et s’agglutinent progressivement les unes aux autres, à la manière des oignons. Cela fait que ces pierres se trouvent, sinon chez les très vieux animaux, du moins chez ceux qui ont presque atteint la vieillesse ; non pas n’importe où, mais en certains lieux déterminés où pousse cette plante qui provoque leur formation, laquelle ne croît guère en Espagne ou en d’autres contrées. Toutes ces pierres ne sont pourtant pas salubres et capables de protéger la santé ou de chasser les maladies ; seules celles qui sont produites en paissant ces herbes fort bienfaisantes ont une telle propriété. De là vient qu’il est difficile de décider non seulement si ces admirables facultés qu’on fait aujourd’hui valoir sur ces pierres, et qu’on commence à divulguer et à vanter, sont véritables, mais aussi de faire un choix entre celles qui sont utiles et celles qui sont sans intérêt. C’est un sujet sur lequel on ne saurait rien affirmer de certain. Néanmoins, elles ont la réputation de procurer du secours contre les venins et à ceux qui en sont empoisonnés, d’empêcher la syncope et les crises épileptiques, de permettre le sommeil à ceux qui y appliquent les doigts, d’accroître les forces, d’exciter aux plaisirs de l’amour, de renforcer toutes les facultés corporelles, de soulager la douleur, de briser et d’expulser les calculs des reins et de la vessie, non seulement quand on en absorbe de petits fragments, mais aussi quand on les tient seulement dans les mains, de favoriser l’écoulement de l’urine, d’aider l’accouchement, de favoriser la fertilité, et enfin d’être utiles dans à peu près toutes les maladies ; à tel point que certains médecins limitent leur prescription à cette seule pierre, et s’en vantent impudemment. On trouve des bézoards de formes et de couleurs diverses. (…) Tous proviennent de Nouvelle-Espagne où ils s’achètent à vil prix ; mais on a coutume de les échanger et revendre au prix de l’or, voire parfois au double ; et ainsi, depuis quelques années, on ne pourrait arracher aux marchands un bézoard de taille moyenne sans payer deux cents fois son poids en or, voire plus. Je dis et rappelle cela pour qu’on ne laisse plus agir ces imposteurs qui vivent du vol et qui violent impunément la loi, avec le seul souci de trouver n’importe quel moyen pour entasser de l’argent et augmenter leur fortune personnelle ; ils mettent moins de soin à accumuler de vrais bézoards, jusqu’à la surabondance, qu’à les adultérer, si bien qu’il n’est pas rare d’en trouver qui soient ainsi contrefaits].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii. Note 5

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(Consulté le 21.10.2019)

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