Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii
Note [5]

Publiant ce texte en 1648, Guy Patin et Charles Guillemeau avaient eu accès à la première édition (Rome, 1628-1630) du Rerum medicinalium novæ Hispaniæ Thesaurus [Trésor des substances médicinales de la Nouvelle-Espagne] de Francisco Hernandez, Nardo Antonio Recchi et Johann Schreck : v. note [6], lettre 279, pour celles de Rome, 1651, où la description détaillée du bézoard mexicain se trouve dans le livre ix chapitre xiv (pages 325‑327), De Mazame, seu Cervis [Des Mazames (cerfs en langue indigène du Mexique), ou cervidés]. Y sont énumérés de nombreux ruminants (cervidés, caprins ou même parfois bovins) dont l’estomac contient fréquemment un bézoard :

Paulatim concrescat, et generetur, multis sensim additis, et cohærescentibus membranulis, quales sunt cæparum, ideo non nisi vetustissimis, et senio pene confectis, lapides hi reperiuntur ; neque ubique, sed certis, statisque locis, ubi ea suppetit materia, qua ratione fieri posset, ut apud Hispanos gentesve alias, non ita facile offendantur. Verum non omnes hi lapides salubres sunt, tuendæve sanitati, aut morbis profligandis apti, sed soli illi, qui depastis herbis saluberrimis producuntur. Unde non solum difficile sit censere, an illæ facultates mirabiles, quæ de eo lapide nostra tempestate iactantur, narrarique et prædicari cæperunt, veræ sint, sed etiam quinam sint eligendi, aut qui utiles, aut inutiles offendantur, quibus de rebus certo quid affirmari nequit. Etsi fama est, venenis venenatisque omnibus subvenire, syncopem, et epilepticas invasiones arcere, digitis applicatos somnum conciliare, augere vires, excitare venerem, facultates omnes roborare, sedare dolorem, renum lapides vessicæque, non solum parva quadam portione devoratos, sed manibus tantum retentos frangere, ac pellere, urinæ destillationi ferre opem, partum iuvare, et procurare conceptionem, denique nulli fere non auxiliari morbo. Adeo ut sint qui solius huius lapidis præsidio, medici sententia sua evaserint consummati, pro talibusque se se impudentes venditarint. Variis eos reperies formis et coloribus. […] Tot vero reperies apud novam hanc Hispaniam, ut iam vili veneant precio, ac vel unico aureo singuli, et interdum etiam bini emi et commutari soleant, cum non paucis ante annis, unicus et mediocris, ducentis, aut amplius aureis extroqueri non posset a mercatoribus. id dictum est a me, atque admonitum, ne deinceps reliquus sit locus ipsis impostoribus ex rapto viventibus, iusque omne, dum rei familiari student quomodolibet augendæ, atque cumulandæ, violantibus ; quibus opus non est in tanta copia, et numerosa redundantia, arte illos aut adulterio parare, quanquam et ad hunc modum non pauci conflati reperiantur.

[Il s’agglomère peu à peu, étant engendré par de nombreuses et fines membranes qui s’ajoutent et s’agglutinent progressivement les unes aux autres, à la manière des oignons. Cela fait que ces pierres se trouvent, sinon chez les très vieux animaux, du moins chez ceux qui ont presque atteint la vieillesse ; non pas n’importe où, mais en certains lieux déterminés où pousse cette plante qui provoque leur formation, laquelle ne croît guère en Espagne ou en d’autres contrées. Toutes ces pierres ne sont pourtant pas salubres et capables de protéger la santé ou de chasser les maladies ; seules celles qui sont produites en paissant ces herbes fort bienfaisantes ont une telle propriété. De là vient qu’il est difficile de décider non seulement si ces admirables facultés qu’on fait aujourd’hui valoir sur ces pierres, et qu’on commence à divulguer et à vanter, sont véritables, mais aussi de faire un choix entre celles qui sont utiles et celles qui sont sans intérêt. C’est un sujet sur lequel on ne saurait rien affirmer de certain. Néanmoins, elles ont la réputation de procurer du secours contre les venins et à ceux qui en sont empoisonnés, d’empêcher la syncope et les crises épileptiques, de permettre le sommeil à ceux qui y appliquent les doigts, d’accroître les forces, d’exciter aux plaisirs de l’amour, de renforcer toutes les facultés corporelles, de soulager la douleur, de briser et d’expulser les calculs des reins et de la vessie, non seulement quand on en absorbe de petits fragments, mais aussi quand on les tient seulement dans les mains, de favoriser l’écoulement de l’urine, d’aider l’accouchement, de favoriser la fertilité, et enfin d’être utiles dans à peu près toutes les maladies ; à tel point que certains médecins limitent leur prescription à cette seule pierre, et s’en vantent impudemment. On trouve des bézoards de formes et de couleurs diverses. (…) Tous proviennent de Nouvelle-Espagne où ils s’achètent à vil prix ; mais on a coutume de les échanger et revendre au prix de l’or, voire parfois au double ; et ainsi, depuis quelques années, on ne pourrait arracher aux marchands un bézoard de taille moyenne sans payer deux cents fois son poids en or, voire plus. Je dis et rappelle cela pour qu’on ne laisse plus agir ces imposteurs qui vivent du vol et qui violent impunément la loi, avec le seul souci de trouver n’importe quel moyen pour entasser de l’argent et augmenter leur fortune personnelle ; ils mettent moins de soin à accumuler de vrais bézoards, jusqu’à la surabondance, qu’à les adultérer, si bien qu’il n’est pas rare d’en trouver qui soient ainsi contrefaits].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii. Note 5

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8160&cln=5

(Consulté le 06.10.2022)

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