Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-1
Note [5]

  • Notre édition ne mentionne aucun Gascon dont les initiales étaient « A.S. ». Guy Patin a toujours marqué du dédain ou de la méfiance à l’égard des gens de Gascogne, le « pays d’Adieusias » (v. note [2], lettre 397).

  • Patin n’a jamais parlé de Torquato Tasso, dit Le Tasse (Sorrente 1544-Rome 1595), célèbre poète italien, surtout connu pour son épopée intitulée La Gerusalemme liberata, « La Jérusalem délivrée ». Il eut une vie fort difficile, marquée par la misère, la mélancolie et la prison, avant d’être reconnu pour l’un des plus grands littérateurs de son siècle.

    L’anecdote relatée (et quelque peu romancée) par L’Esprit de Guy Patin se lit en maints endroits, sans que son origine y soit précisément indiquée. Elle renvoie aux trois dernières strophes d’un sonnet intitulé Alle gatte dello spedale di Sant’Anna [Aux chats de l’hôpital Sainte-Anne (asile d’aliénés de Ferrare, où Le Tasse a séjourné de 1579 à 1586)] (Opere di Torquato Tasso, Pise, Niccolo Capurro, 1822, volume vi, page 216) :

    Così io mi volgo, o bella gatta, in questa
    Fortuna avversa alle tue luci sante,
    E mi sembra due stelle aver davante,
    Che tramontana sia nella tempesta.

    Veggio un’altra gattina, e veder parmi
    L’Orsa maggior colla minore: o gatte,
    Lucerne del mio studio, o gatte amate,

    Se Dio vi guardi dalle bastonate,
    Se ‘l Ciel vi pasca di carme e di latte,
    Fatemi luce a scriver questi carmi
    .

    [Alors, en cette infortune, je me tourne, ô jolie chatte, vers tes saintes lumières, et il me semble y discerner deux étoiles dans la tempête que soulève la tramontane.

    Voici un autre chat, je vois maintenant à la fois la Grande et la Petite Ourse. Ô chats, lueurs de mon étude, ô chats bien-aimés,

    puisse Dieu vous garder du bâton, et le ciel vous nourrir de volaille et de lait ! car vous m’éclairez quand j’écris ces vers]. {a}


    1. En souhaitant les corrections de meilleur italianiste que moi.

    Patin aurait pu tirer sa remarque sur Homère des Dix plaisants Dialogues du satirique italien Nicolo Franco (Lyon, 1579, v. note [60] du Patiniana I‑1), 7e dialogue, entre Éaque, Minos et d’autres (pages 193 ro‑vo) :

    « Éaq. “ On ne sait pas encore en quelle ville de Grèce naquit le poète Homère, qui fut environ cent soixante ans devant la fondation de Rome. Il fut aveugle, et pour cette cause, appelé Homère, pource que, du commencement, on l’appelait Mélésigène. {a} Il s’en alla tout le temps de sa vie mendiant son pain, et chantant. Il chanta de deux Grecs menteurs, {b} et en dit mille bourdes et mensonges. Enfin, il mourut désespéré, pour n’avoir pu < ré>soudre l’énigme des poux que les mariniers lui proposèrent. ” {c}

    Min. “ Je fais doute que véritablement les poux qu’il avait sur son corps ne l’aient fait mourir. {d} Mais puisqu’il fut aveugle quand il vivait, je le condamne maintenant à être encore privé de lumière. ” »


    1. V. note [35] du Borboniana 7 manuscrit pour la cécité d’Homère et son surnom de Mélésigênes.

      Rome a été fondée en l’an 753 av. J.‑C.

    2. Agamemnon et Ulysse, les héros de L’Iliade et L’Odyssée : Éaque ironise.

    3. Selon la légende, Homère serait mort de désespoir pour n’avoir pas su répondre à l’énigme posée par de jeunes pêcheurs rencontrés sur une plage : « Ceux que nous avons pris, nous les avons jetés ; ceux que nous n’avons pas pris, nous les emportons » ; les mariniers oisifs avaient passé leur temps à s’épouiller.

    4. V. note [4], lettre 831, pour les morts infamantes faussement attribuées aux poux (phtiriase).

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-1. Note 5

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8214&cln=5

(Consulté le 19.05.2022)

Licence Creative Commons