À Hugues de Salins, le 15 avril 1660
Note [6]

Défluxion : « jadis la fluxion [congestion d’humeur] qu’on supposait se porter des parties supérieures aux inférieures » (Robin).

Bien que Guy Patin n’y songeât sans doute pas en écrivant cette phrase, elle fait irrésistiblement penser à la consultation de Francion blessé à la tête [Charles Sorel (v. note [2], lettre 74) Histoire comique de Francion (1623), premier livre] :

« Son chirurgien vint le visiter comme on lui allait donner à dîner et voyant qu’on lui apportait du vin, il dit qu’il ne fallait pas qu’il en bût à cause que cela ferait mal à sa tête. Francion ayant ouï cet avis si rigoureux dit : “ Ho Monsieur ! ne me privez point de ce divin breuvage, je vous en prie, c’est lui qui est le seul soutien de mon corps ; toutes les viandes ne sont rien au prix. J’ai connu un jeune gentilhomme qui avait mal aux jambes ; l’on lui défendait le vin comme vous me faites, de peur d’empirer sa douleur. Savez-vous ce qu’il faisait ? Il se couchait tout au contraire des autres et mettait ses pieds au chevet afin que les fumées de Bacchus descendissent à sa tête. Quant à moi qui suis blessé en l’autre extrémité, je suis d’opinion de me lever du lit et me tenir droit, à telle fin que, voyant que le vin que je boirai descendra à mes pieds plutôt que de monter à ma tête, vous ne soyez pas si sévère que de me l’interdire. ” De fait, Francion ayant dit ces paroles, demanda ses chausses à son valet pour se lever. Le chirurgien lui voulant montrer son savoir essaya de lui prouver que les raisons qu’il avait données ne valaient rien du tout et qu’elles étaient plutôt fondées sur des maximes de l’hôtel de Bourgogne [du théâtre] que sur des maximes des écoles de médecine. Là-dessus il vint à lui discourir en termes de son art, barbares et inconnus, pensant être au suprême degré de l’éloquence en les proférant, tant il était blessé de la maladie de plusieurs qui croient bien parler, tant plus ils parlent obscurément, ne considérant pas que le langage n’est que pour faire entendre ses conceptions, et que celui qui n’a pas l’artifice de les expliquer à toutes sortes de personnes est taché d’une ignorance presque brutale. Francion ayant eu la patience de l’écouter, lui dit que tous ses aphorismes n’empêcheraient pas qu’il ne se levât. »

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 15 avril 1660. Note 6

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0603&cln=6

(Consulté le 19.01.2021)

Licence Creative Commons