Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644
Note [70]

Isaac et Eusèbe Renaudot (v. note [16], lettre 104), aîné et troisième fils de Théophraste, tous deux licenciés, étaient en attente de leur doctorat de la Faculté de médecine de Paris, qu’ils n’obtinrent qu’en 1648. Guy Patin visait ce passage (pages 34‑35) de la Réponse de Renaudot à René Moreau (v. supra note [17]) :

« Mais encore que je ne fouette cet homme {a} que sous la custode, {b} ou masque, comme on fait en Espagne, si est-ce que je prie {c} ceux qui le connaîtront à ses livrées {d} d’admirer ici derechef son effronterie à nier que son École ait censuré ceux de son Corps qui se trouvaient à nos consultations charitables, {e} vu que leurs décrets font foi du contraire. Et si cela est, pourquoi donc n’ont-ils pas continué d’y venir, et pourquoi ne s’y trouve-t-il pas lui-même ? Voire, pourquoi ont-ils eu intention de chasser de leur Corps deux de mes enfants qui en font partie, autrefois de mon consentement, mais aujourd’hui à mon grand regret tant qu’ils auront pour compagnon l’auteur de ce libelle ; et ce tant seulement pource qu’ils sont enfants de celui qui exerce la charité ; que ce Timon {f} entreprend non seulement d’appeler une faute, mais sa folie dégénérant tout soudain en manie, il allègue à ce propos, par l’autorité, dit-il, d’un grand homme d’État qu’il n’ose nommer, parentum scelera filiorum pœnis lui ; {g} et comme si secourir les pauvres malades pour l’honneur de Dieu était faire la guerre à sa patrie, dit que sans le respect qu’ils portent à Son Éminence, {h} ils auraient droit de fermer à mes enfants la porte de leurs Écoles, Non tam ulciscendi causa, quam ut et in præsens scelerati cives ab impugnanda patria deterreantur, et in posterum documentum statuatur ne quis talem amentiam velit <sic pour vellet> imitari : {i} paroles qui suffisent pour montrer le tort que cette École se ferait d’avouer {j} la plume de ce furieux et la lui laisser entre les mains, et quelle sagesse on doit attendre de la bile échauffée dans ce frénétique cerveau qui appelle crime la charité, criminels et traîtres à leur pays ceux qui l’exercent, et qui veut châtier exemplairement leurs enfants pour empêcher les autres d’en faire autant. Tout cela écrit et dédié à Son Éminence, au mépris des lois divines et humaines par lesquelles elle prit la peine de censurer de vive voix cette injustice pédantesque. »


  1. René Moreau.

  2. La custode est principalement le voile qui couvre le ciboire où sont conservées les hosties consacrées. « On dit aussi, ajoute Furetière, donner le fouet sous la custode, c’est-à-dire en secret et dans la prison, sub custodia, pour épargner au criminel la honte du supplice public. »

  3. « je prie tout de même ».

  4. Livrée : « couleur qu’une personne aime et dont elle se sert pour se distinguer des autres » (Furetière).

  5. J’ai vainement cherché ce propos dans la Défense de la Faculté de médecine… de René Moreau (v. supra note [17]).

  6. Timon d’Athènes, dit le misanthrope.

  7. « la solidarité du crime est passée du père aux enfants » (Cicéron, Lettres à Brutus, livre i, xii, § 2).

  8. Le cardinal de Richelieu : ce passage est aux pages 16‑17 de la Défense de Moreau.

  9. « Non tant dans un esprit de vengeance que pour dissuader aujourd’hui des citoyens criminels d’attaquer la patrie et pour établir une règle, afin que demain nul ne veuille imiter une telle folie » (id. et ibid. § 10, avec variantes).

  10. Reconnaître pour sienne.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644. Note 70

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8008&cln=70

(Consulté le 13.07.2020)

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