Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-4, note 8.
Note [8]

L’anecdote est tirée des Déipnosophistes (livre ix, chapitre ix) : {a}

« Polémon, dans le 5e livre de ses Commentaires, {b} qu’il adresse à Antigonus, dit que le porphyrion ne s’apprivoise jamais quand on le nourrit à sa maison ; {c} mais qu’au reste, il y observe avec tant de sévérité et de vigilance l’honnêteté des femmes de ceux chez qui il est élevé que, si quelqu’une vient à la violer et qu’il s’en soit aperçu, il le fait connaître à son maître autant qu’il peut, et finit sa vie avec le licol <. Cet oiseau, ajoute Polémon, ne prend aucune nourriture, qu’après s’être promené, cherchant un lieu qui lui convienne > ; {d} et après sa promenade, quand il s’est roulé dans la poussière et qu’il s’est lavé, alors il recommence à manger. Aristote écrit qu’il a les pieds fendus, que son plumage tire sur le bleu, que les jambes sont longues, que son bec est étroitement attaché à sa tête, de couleur Phinceonne, ou de tige de palme, de la grandeur d’un coq ; que ce qu’il prend entre les doigts de ses pieds, n’est que de petits morceaux de quelque chose pour manger, afin de montrer sa frugalité ; {e} qu’il boit avidement ce qu’il boit, comme quelque chose qu’il mangerait ; {f} qu’il a cinq doigts à chacun de ses pieds, et que celui du milieu est plus long que les autres. Alexandre Myndie, dans son 2e liv. de l’Histoire des oiseaux, {g} raconte que c’est un oiseau de Libye, lequel est consacré aux dieux du pays. Callimaque, dans son livre des oiseaux, {h} tient que le porphyris, qui est chez nous la passe solitaire bleue, {i} est différent du porphyrion, et de telle sorte qu’il fait mention de l’un et de l’autre séparément, et dit que le porphyrion, quand il mange, ne souffre point d’être vu par qui que ce soit, et qu’il est toujours en colère contre ceux qui s’approchent de sa pâture. »


  1. Pages 589‑590 des :

    Quinze livres des Déipnosophistes d’Athénée, de la ville de Naucrate d’Égypte, {i} écrivain d’une érudition consommée, et presque le plus savant des Grecs. Ouvrage délicieux, agréablement diversifié et rempli de narrations savantes sur toutes sortes de matières et de sujets. Traduit pour la première fois en français, {ii} sans l’avoir jamais été en quelque langue vulgaire que ce soit, sur le grec original, après les versions latines de Natalis Comes {iii} de Padoue et de Jacques Daléchamps {iv} de Caen, médecin fameux. {v}

    1. V. note [17], lettre de Charles Spon, datée du 6 avril 1657.

    2. Par Michel de Marolles, abbé de Villeloin, v. note [72], lettre 183.

    3. Natale Conti (vers 1520-1582) littérateur italien, premier traducteur d’Athénée en latin.

    4. V. note [17], lettre de Charles Spon, datée du 6 avril 1657, pour l’édition grecque et latine d’Athénée par Jacques Daléchamps (Lyon, 1657).

    5. Paris, Jacques Langlois, 1680, in‑4o de 1 090 pages.

  2. Polémon d’Ilion, dit le Périégète, est un philosophe et géographe grec du iiie s. av. J.‑C., dont les ouvrages ne subsistent que par les citations qu’en ont données d’autres auteurs (comme ici, Athénée).

  3. De nombreux auteurs, antiques et modernes (comme les rédacteurs de L’Esprit de Guy Patin) ont interprété et exploité ce mythe aviaire du porphyrion, tel que l’a relaté Athénée. Il dérive son nom de la couleur pourpre de son plumage, identique à celle du porphyre.

  4. Pour rendre le propos compréhensible, j’ai emprunté ce passage entre chevrons à d’autres traductions. Celle de 1680, sans changer de phrase, laisse en effet entendre qu’après s’être pendu, le porphyrion reste « quelque temps sans vouloir prendre de pâture, qu’il n’ait trouvé quelque lieu commode pour se promener », ce qui est absurde.

    Il me semble qu’en écrivant « il se pend ou se laisse mourir de faim », L’Esprit de Guy Patin trahit sa source, dont il a mal interprété la lacune.

  5. Explication que les autres traductions, plus littérales, remplacent par « parce qu’il a l’œsophage étroit ».

  6. Autres traductions : « quant à l’eau, il la saisit comme en mordant, et l’avale ».

  7. Alexandre de Mynde n’est apparemment connu que par les citations qu’en a données Athénée.

  8. Ouvrage perdu de Callimaque de Cyrène, poète grec d’Alexandrie au iiie s. av. J.‑C.

  9. Cette incise n’est pas dans le texte d’Athénée. La « passe solitaire bleue » correspond à l’oiseau réel que Trévoux a décrit sous le nom de porphyrion :

    « Le porphyrion a le champ de son pennage de couleur bleue ; la moitié de sa queue jusqu’à son extrémité est d’un cendré blanchâtre ; ses yeux sont noirs ; son bec et ses jambes sont de couleur de pourpre très éclatante ; il a quatre doigts disposés comme ceux des pies. Cet oiseau est rare ; on en voit aux environs de Narbonne, ville d’Espagne [?], où on lui donne le nom de calamon. Pline parlant de cet oiseau, dit qu’il vient des îles Baléares, qu’il est d’une très grande beauté, et qu’il est de la grandeur d’un coq. L’on observe qu’il boit l’eau en mordant, et qu’il trempe sa mangeaille dans l’eau, la portant à son bec avec le pied pour la manger. Il était défendu aux juifs d’en manger par leur Loi. Élien rapporte que les Grecs et les Romains s’abstenaient aussi d’en manger dans leurs festins. »

    Ce portrait correspond à l’oiseau qui porte plus communément le nom de talève sultane (Porphyrio porphyrio), qui n’a de pourpre que le bec, la crête et les pattes.


Guy Patin aurait pu lire cette fable dans une édition latine des Déipnosophistes, mais serait-il tombé dans le piège de la lacune (notule {d} supra) ? Les rédacteurs de L’Esprit de Guy Patin l’ont beaucoup plus probablement prélevée dans leur première traduction française de 1680.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-4, note 8.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8217&cln=8

(Consulté le 19/04/2024)

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