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À Hugues II de Salins, le 2 mars 1657

Monsieur, [a][1]

Je vous ai par ci-devant écrit et puis après, je vous ai envoyé le livre de M. Vander Linden [2] comme chose nouvelle et curieuse. [1] Maintenant je vous écris pour vous dire que nous avons perdu le bonhomme M. Riolan [3] le lundi 19e de février, âgé de 77 ans, d’une suppression d’urine. [4] Il est mort accablé de regret quod non potuerit nequissimum quemdam filium ad meliorem frugem revocare[2][5] Il y a aujourd’hui procès en sa famille. Quand il y aura quelque règlement là-dessus, nous saurons s’il a laissé quelque ordre pour ses livres et pour [ses] écrits. Pour son Encheiridium anat. et pathol.[6] il faut le réimprimer, le libraire n’en a plus. [3] Il avait apprêté quelques augmentations pour les y mettre ; quand le scellé sera levé, nous verrons ce que c’est.

Le même jour qu’il mourut, fut ici mariée Mlle de Mancini, [7] nièce de Son Éminence, [8] avec le prince Eugène, [9] fils du défunt prince Thomas. [10] Ce prince Eugène est aujourd’hui nommé le comte de Soissons. Ce même jour-là, mourut ici la duchesse de Lorraine [11] avec l’antimoine [12] que Guénault [13] lui donna.

Ce 27e de février. Il mourut hier ici un intendant des finances nommé M. Gargant. [14] Il avait jadis été grand partisan et y était devenu fort riche ; il aimait le jeu, [15] il a perdu un million tout d’un coup ; inde contracto mærore contabuit, cum ictero et marcore universi corporis ; [4][16] et même Vallot [17] lui a donné du vin émétique ; [18] voyez si ce ne sont point là de belles indications ! Il y a eu depuis peu un grand tremblement de terre in agro Turonensi[5][19] qui a fait tomber des maisons, et dont la chute a même accablé quelques chrétiens. Le Parlement continue de travailler au procès de M. de Chenailles, [20] conseiller de la Cour. On apprête la tour carrée de la Conciergerie [21] pour l’y mettre en le tirant de la Bastille. [22] On parle ici d’un petit livre intitulé Anti-Aurelius, Aurelianus[6] fait par quelque jésuite [23] contre le grand et beau livre de Petrus Aurelius. [24] On dit que les Moscovites donnent du secours aux Vénitiens en attaquant le Turc, [25] et les Persans pareillement en assiégeant Babylone ; [7][26] et que le Turc veut venir faire la guerre contre eux en Dalmatie, mais que l’empereur [27] refuse de donner passage sur ses terres à cette armée de Turcs[8] Et voilà ce qui est ici de nouveau. Je me recommande à vos bonnes grâces et à Mlle Marguerite de Bonamour, [28] votre chère femme, à monsieur votre père et à monsieur votre frère, et je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 2d de mars 1657.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Hugues II de Salins à Guy Patin, le 2 mars 1657.
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(Consulté le 05.10.2022)

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