L. reçue 8.  >
De Hugues de Salins,
le 3 mars 1657

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Monsieur, [a][1][2]

J’ai reçu vos deux lettres, celle que vous aviez donnée à M. de La Ville [3] et l’autre que vous aviez jointe au beau livre dont vous m’avez fait présent et pour lequel je vous remercie de très grand cœur, aussi bien que pour les belles thèses qui le couvraient et sans lesquelles il aurait été tout à fait gâté, la malle ayant été plus de deux ou trois heures dans l’eau en venant en ces quartiers, ce qui avait fait que les thèses et la moitié de la couverture du livre étaient tout à fait garnies de boue que j’ai si bien ôtée qu’il n’y paraît quasi plus ; [4] et ce qui est le meilleur, c’est que les feuilles et le dedans du livre n’ont été aucunement intéressés de ce déluge, si bien que le livre est presque aussi beau qu’il était quand il sortit de vos mains. Je vous en remercie donc un million de fois et vous en remercierai tant que j’aurai des yeux pour le lire. J’ai été ravi d’y avoir trouvé votre nom accompagné de beaux mots et d’éloge que vous méritiez plus que justement. [1] Je trouve ce livre merveilleusement serré et fort rempli d’une grande variété de doctrine. Je ne refuse point l’offre que vous me faites de m’envoyer les thèses qui auront été soutenues en vos Écoles depuis celles que j’ai reçues avec votre beau livre. J’en ferai mon profit le mieux que je pourrai et vous en aurai une particulière obligation.

Pour le livre des Préadamites[5] nous l’avons en ces quartiers et je l’ai lu tout entier avec grande satisfaction. C’est pourquoi je vous prie de ne vous pas donner la peine de me le faire avoir. [6] Je lis à présent une certaine réponse à ce livre d’Eusebius Romanus [7] qui n’est pas grande chose. [2] Je vous prie toujours de vous souvenir pour moi de Decas medica Porti et d’Henrici Smetii Miscellanea medica[3][8][9] Il me semble que le premier se trouvera plus facilement que le second. Si vous en trouvez l’un ou l’autre, obligez-moi s’il vous plaît de me l’acheter et me faire savoir ce qu’il aura coûté afin que je vous le fasse rendre par celui à qui je vous prierai de le délivrer. Je vous prie d’excuser la liberté avec laquelle je vous donne tant de peine.

J’ai été prié par une personne de considération de cette ville de vous demander ce que l’on pourra faire à une goutte crampe [10] qui lui arrive fort souvent et principalement la nuit, tantôt à la hanche, tantôt en l’aine, quelquefois au milieu de la cuisse, tantôt au genou et quelquefois au gras de la jambe et d’autres fois au malléole interne. [4] Cela l’oblige à se lever la nuit et à courir par sa chambre pour s’échauffer ; cela ne se fait-il pas a spiritu flatulento ? [5] Je vous prie de m’en mander votre sentiment, ce qu’il y faut faire et si quelqu’un a traité de ces gouttes crampes-là. Quand les auteurs disent qu’auparavant que purger [11] les humeurs, il les faut préparer si elles ont besoin de préparation, les inciser et atténuer si elles sont crasses et lentes. Êtes-vous d’avis que l’on fasse cela par apozèmes [12] apéritifs, [13] ou bien cela se doit-il faire d’autre façon que par apozèmes ? Peut-on en une fièvre continue [14] purger le malade au quatrième ou au sixième jour comme font quelques-uns par une potion qu’ils appellent minorative, [15] en attendant qu’on le puisse purger plus fortement sur la fin de cette fièvre ?

Apprenez-moi s’il vous plaît quelles sont les meilleures pilules [16] et celles que vous mettez le plus souvent en usage et en quelles maladies, car les praticiens en apportent de tant de sortes que je ne crois pas qu’il y en ait le quart qui soit employé par vous autres Messieurs de Paris. Je commence aujourd’hui, sous vos auspices et suivant votre bonne conduite, à lire le cinquième livre de la Pathologie de Fernel [17] après avoir lu les quatre premiers avec autant de soin que j’ai pu. Après cette Pathologie, ne faudra-t-il pas lire les sept livres de la Méthode [18] tout entiers ? [6] La vie de ce grand homme ne se trouve-t-elle aucune part amplement décrite par feu M. Moreau [19] ou quelque autre ? Je n’en sais rien que ce que vous m’en avez appris et ce qui s’en lit chez M. de Sainte-Marthe. [20] Qu’est-ce que Plantius [21] était à Fernel ? [7]

Je vous prie de me mander en quel endroit de Matthieu Paris [22] se trouve ce qu’il écrit de Frédéric Barberousse [23] touchant le livre De tribus Impostoribus, je l’ai cherché dans le livre mais je ne l’ai pu trouver. Un de nos curieux a acheté nouvellement ce livre in‑fo impression de Paris apud Guillelmum père est-ce la bonne édition ? Il lui a coûté 10 francs[8]

Ma femme vous remercie de votre bon souvenir, elle vous fait ses très humbles baisemains, et à Mlle Patin que je prends aussi la liberté de saluer ; j’en fais autant à tous Messieurs vos fils. Mon père et mon frère vous baisent très humblement les mains et vous sont très acquis, comme je suis, en qualité, Monsieur, de votre très humble et très obéissant serviteur et écolier,

H. De Salins puîné.

À Beaune, le 3e de mars, jour de la Saint-Guy suivant mon almanach, 1657.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Hugues de Salins, le 3 mars 1657

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(Consulté le 20.10.2019)