L. 466.  >
À Hugues de Salins,
le 2 mars 1657

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Monsieur, [a][1]

Je vous ai par ci-devant écrit et puis après, je vous ai envoyé le livre de M. Vander Linden [2] comme chose nouvelle et curieuse. [1] Maintenant je vous écris pour vous dire que nous avons perdu le bonhomme M. Riolan [3] le lundi 19e de février, âgé de 77 ans, d’une suppression d’urine. [4] Il est mort accablé de regret quod non potuerit nequissimum quemdam filium ad meliorem frugem revocare[2][5] Il y a aujourd’hui procès en sa famille. Quand il y aura quelque règlement là-dessus, nous saurons s’il a laissé quelque ordre pour ses livres et pour [ses] écrits. Pour son Encheiridium anat. et pathol.[6] il faut le réimprimer, le libraire n’en a plus. [3] Il avait apprêté quelques augmentations pour les y mettre ; quand le scellé sera levé, nous verrons ce que c’est.

Le même jour qu’il mourut, fut ici mariée Mlle de Mancini, [7] nièce de Son Éminence, [8] avec le prince Eugène, [9] fils du défunt prince Thomas. [10] Ce prince Eugène est aujourd’hui nommé le comte de Soissons. Ce même jour-là, mourut ici la duchesse de Lorraine [11] avec l’antimoine [12] que Guénault [13] lui donna.

Ce 27e de février. Il mourut hier ici un intendant des finances nommé M. Gargant. [14] Il avait jadis été grand partisan et y était devenu fort riche ; il aimait le jeu, [15] il a perdu un million tout d’un coup ; inde contracto mærore contabuit, cum ictero et marcore universi corporis ; [4][16] et même Vallot [17] lui a donné du vin émétique ; [18] voyez si ce ne sont point là de belles indications ! Il y a eu depuis peu un grand tremblement de terre in agro Turonensi[5][19] qui a fait tomber des maisons, et dont la chute a même accablé quelques chrétiens. Le Parlement continue de travailler au procès de M. de Chenailles, [20] conseiller de la Cour. On apprête la tour carrée de la Conciergerie [21] pour l’y mettre en le tirant de la Bastille. [22] On parle ici d’un petit livre intitulé Anti-Aurelius, Aurelianus[6] fait par quelque jésuite [23] contre le grand et beau livre de Petrus Aurelius. [24] On dit que les Moscovites donnent du secours aux Vénitiens en attaquant le Turc, [25] et les Persans pareillement en assiégeant Babylone ; [7][26] et que le Turc veut venir faire la guerre contre eux en Dalmatie, mais que l’empereur [27] refuse de donner passage sur ses terres à cette armée de Turcs. [8] Et voilà ce qui est ici de nouveau. Je me recommande à vos bonnes grâces et à Mlle Marguerite de Bonamour, [28] votre chère femme, à Monsieur votre père et à Monsieur votre frère, et je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 2d de mars 1657.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 2 mars 1657

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(Consulté le 24.10.2019)