À André Falconet, le 18 septembre 1665

Note [5]

« La cause de la maladie vénérienne est le honteux dévergondage, vagabond et indistinct, et un tel dévergondage s’est pratiqué de tout temps ».

La question n’est toujours pas tranchée, mais Guy Patin redisait ici sa conviction sur l’antiquité de la syphilis en Europe (v. note [52], lettre 219), contre ceux qui la prétendaient venue du Nouveau Monde avec les caravelles de Christophe Colomb. Les références de Patin à Hippocrate ne renvoient à rien de réellement convaincant car toutes les maladies vénériennes ne sont pas de nature syphilitique.

« Deux choses prouvent, à mon avis, que nous devons la vérole à l’Amérique : la première est la foule des auteurs, des médecins et des chirurgiens du xvie s. qui attestent cette vérité ; la seconde est le silence de tous les médecins et de tous les poètes de l’Antiquité, qui n’ont jamais connu cette maladie et qui n’ont jamais prononcé son nom. Je regarde ici le silence des médecins et des poètes comme une preuve également démonstrative. Les premiers, à commencer par Hippocrate, n’auraient pas manqué de décrire cette maladie, de la caractériser, de lui donner un nom, de chercher quelques remèdes. Les poètes, aussi malins que les médecins sont laborieux, auraient parlé, dans leurs satires, de la chaude-pisse, du chancre, du poulain, de tout ce qui précède ce mal affreux, et de toutes ses suites : vous ne trouvez pas un seul vers dans Horace, dans Catulle, dans Martial, dans Juvénal, qui ait le moindre rapport à la vérole, tandis qu’ils s’étendent tous avec tant de complaisance sur tous les effets de la débauche » (Voltaire, Dictionnaire philosophique).

Quoi qu’en ait dit Voltaire, l’antiquité de la syphilis est une question insoluble car jusqu’au xixe s., ni les anciens ni les modernes ne se sont clairement entendus ni exprimés sur ce qu’étaient les manifestations spécifiques de la vérole (syphilis, infection à tréponème pâle dont le nom a été inventé par Fracastor, v. note [2], lettre 6), comme le chancre à cicatrisation rapide ou le collier de Vénus, parmi l’ensemble des maladies vénériennes (lues venereæ) qui demeura confus tant qu’on n’eut pas découvert leurs causes microbiennes.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à André Falconet, le 18 septembre 1665, note 5.
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(Consulté le 25.10.2020)

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