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Paris, 1701, pages 32‑64 [1]

  • Josephus[2] scriptor Antiquitatum Hæbraicarum et belli Judæorum[1] est un auteur tout falsifié. Les juifs d’aujourd’hui l’ont tout autre que le nôtre, dans lequel il y a bien de la supposition. Joseph Scaliger avait envie d’y travailler s’il ne fût mort. Je voudrais qu’il l’eût fait : Samuel Petitus, [3] qui l’entreprend, ne fera pas si bien que lui ; il ne débute pas, comme Scaliger a fait sur son Eusèbe ; [4] est infelix criticus, il ne cite jamais aucun vers qu’il n’y trouve à reprendre. [2]

  • Julius Cæsar Capacius [5] est un secrétaire de la ville de Naples [6] qui a fait des éloges en latin Illustriorum virorum et fœminarum. Il est mort ; scripsit historiam Neapolitanam et alia multa[3]

  • Joannes Franciscus Stingelandus [7] est un Hollandais, qui est aujourd’hui un des secrétaires du Conseil de Malines. [8] Il a été chanoine de Douai, [9] et auparavant secrétaire des lettres latines du cardinal Bagni [10] lorsqu’il était nonce en Flandre. [4][11]

  • Julius Cæsar Bulengerus[12] professant la rhétorique aux Grassins, [13] fut emprisonné pour de la fausse monnaie. [14] Les amis qu’il avait au Parlement le firent sauver. Il s’enfuit et demanda l’aumône. Étant parvenu en Italie, il alla à Pise, [15] où il fut bien reçu du grand-duc. [16][17] Son Histoire est peu de chose, et presque toutes ses œuvres. Cet homme était extraordinairement inégal : il était savant, prêtre, prédicateur, alchimiste, [18] débauché aux femmes, ivrogne, faux monnayeur. [19] Il avait été jésuite en son jeune âge. [20] Il y est retourné et y est mort. [5]

  • Muretus [21] s’enfuit de France pour avoir tué un homme. Après avoir demeuré quatre ans à Venise, d’où il s’enfuit aussi pour un autre sujet, il vint à Rome, où il fut bien reçu. Il a fait grande fortune et y est mort bien riche. On dit qu’il pleurait toujours en disant la messe. Il a désavoué des Lettres qui ont été imprimées sous son nom avec celles de Lambin [22] et de Ludovicus Regius. [23] Ce désaveu se lit dans les dernières éditions de ses Épîtres. Étant à Rome, il y vécut en fort homme de bien. On ne parla pas de lui comme on avait fait à Toulouse, à Paris et à Venise. Il s’y fit prêtre et y vécut sans scandale, mais il y amassa bien du bien, par la libéralité du pape Grégoire treizième ; [24] et parce qu’il dit que Rome est la ville des propres et des vieillards, il s’y fit propre et il y vieillit avec grande réputation ; mais il n’en pouvait plus lorsque sa vie le quitta. Sa mémoire est encore chérie et honorée à Rome : les Italiens avouent qu’il a écrit partout avec grand jugement, et que rien ne lui manquait de tout ce qui est requis pour un grand personnage. [6]

    Qui rigidæ flammas evaserat ante Tolosæ
    Muretus fumos vendidit ille mihi
    ,

    dit Scaliger, [25] après que Muret lui eut fait passer une de ses épigrammes pour être de quelque Ancien. [7][26]

  • Onuphrius [27] était de Vérone, [28] Heremita Augustinianus [29] vir ad omnes et Romanas et Ecclesiasticas antiquitates e tenebris eruendas natus, obiit Panormi cum duntaxat 39. attigisset. Il était fort savant homme, valde laudatus a Scaligero[8] Il y a encore de lui force manuscrits à Rome qui seraient bons à être imprimés.

  • Vincentius Baronius[30] savant médecin qui exerçait la médecine à Forli, [31] pays de Mercurial, [32] n’était point parent du cardinal de son nom. [33] Il a écrit un livre de Pleuripneumonia[34] imprimé à Forli l’an 1636 et dédié à notre cardinal Bagni. [9]

  • Le cardinal Séraphin [35] mourut à Rome l’an 1609, c’était un excellent homme. L’abbé du Bois [36] lui a fait une oraison funèbre qui est imprimée en Italie. [10]

  • Virgilio Malvezzi [37] est un marquis de Bologne [38] qui a travaillé sur Tacite. [39] Il a fait aussi le Romulo[40] le Tarquinio[41] le David persécuté[42] Il a aussi écrit quelque chose en faveur des Espagnols contre les Français. On m’a dit qu’il travaillait à la vie du comte-duc d’Olivares, [43] qui est aujourd’hui le premier ministre d’Espagne. [11]

  • Melchior Guilandinus Borussus [44] a été un des savants hommes de son temps. Ayant fait dessein de voyager dans les pays étrangers, il s’embarqua sur la mer Méditerranée avec quelques Vénitiens, et passa d’Asie en Afrique, et même fut jusqu’aux Indes ; mais ayant été pris par des pirates, [45][46] il fut cruellement traité. Il resta plusieurs années captif en Barbarie, [47] où il était allé apprendre les médicaments étrangers. [48] Un noble Vénitien [49] le racheta et l’amena à Padoue [50] où il fut fait professeur aux simples et préfet du jardin médicinal ; [51] puis il mourut l’an 1589. Il eut une grosse querelle avec Matthiole, [52] avec Joseph Scaliger, et autres. Multa scripsit[12] Étant ennemi de Scaliger avec Robert Titius, [53] il conseilla à Scioppius [54] d’écrire contre la prétendue principauté de Vérone de Scaliger, et de faire le Scaliger hyperbolimæus, qui fut imprimé l’an 1607 à Mayence. [13][55]

  • Troile Sanelli[56] gentilhomme romain, eut la tête tranchée à Rome, [57] âgé de dix-neuf ans, convaincu de plusieurs crimes : il avait injurié et battu sa mère ; il avait aussi battu le neveu du pape Clément viii[58] s’étant rencontrés ensemble dans un lieu de débauche. [14][59]

  • L’Italie est pleine de libertins, et d’athées et de gens qui ne croient rien ; [60] et néanmoins, le nombre de ceux qui ont écrit de l’immortalité de l’âme [61] est presque infini ; mais je pense que ces mêmes écrivains n’en croient pas plus que les autres, car c’est une maxime que je tiens pour certaine que le doute qu’ils en ont est une des premières causes qui les oblige d’en écrire ; joint que tous leurs écrits sont si faibles que personne n’en peut devenir plus assuré ; mais au contraire, au lieu d’instruire, ils sont propres à faire douter de tout. [15]

  • Julius Cæsar Lagalla[62] Napolitain, professeur de Sapience à Rome, [16][63] était un bon et savant homme, et bien gras. Je pense qu’il était bon catholique, surtout fort crédule. Il avait une grande inclination pour les Français, et disait que ses aïeux étaient descendus de Normandie. Il haïssait les Espagnols et les jésuites. Je ne sais s’il avait quelque bénéfice, mais il disait son bréviaire tous les jours à genoux. Laborat tabe dorsali[17][64][65] de laquelle il est mort. Je ne lui ai jamais entendu dire du mal des Français ; au contraire, il était ravi de joie quand il en entendait dire quelque bonne nouvelle. Il avait commencé un livre de Unguento armario[66] Il a écrit de Immortalitate animæ, de Phænomenis in orbe Lunæ, de Luce et lumine. Il ne fut jamais ni prêtre ni marié, et est enterré aux Chartreux[67] Procellatius < sic pour : Leo Allatius > a fait sa vie, mais on ne veut pas souffrir à Rome qu’elle soit imprimée. [18][68]

  • Ciccus Esculanus, ou d’Ascoli en français, [69] fut un excellent astrologue. [70] Il a commenté la Sphère de Sacrobosco[71] Voyez ce que j’en ai dit en mon Apologie, p. 344 : c’était un drôle qui faisait le magicien. [72] Il a fait une Physique en rimes italiennes. Il vivait en l’an 1320, du temps de Garbo, [73] qui était un médecin de Florence qui le dénonça comme magicien aux inquisiteurs, [74] par arrêt desquels il fut brûlé vif. J’ai vu son procès à Rome dans la bibliothèque du chevalier dal Pozzo. [19][75]

  • Il y a des juifs en toutes les villes d’Italie. [76] Ils y sont tolérés parce qu’ils sont commodes pour les nécessités de la vie. Il leur est défendu d’acquérir des immeubles. Quelques-uns d’entre eux se font chrétiens, et cela arrive assez souvent ; [77] mais si un chrétien se faisait juif, on le brûlerait.
    Le pape prend tribut d’eux ; et outre cela, ils sont obligés de payer le prix que l’on court à Rome les jours de carnaval. [20][78][79][80] Quand un juif se convertit, le parrain, qui est pour l’ordinaire un cardinal, le promène en carrosse par la ville quinze jours durant, habillé de lin blanc ; et quand tout le monde l’a vu et reconnu pour chrétien, il quitte son habit de satin et s’habille comme les autres chrétiens. Une fois la semaine, on prêche à Rome contre eux : c’est un jacobin [81] qui est destiné pour cela ; ils sont obligés d’y envoyer de vingt en vingt maisons. [21] On ne leur fait aucun tort à Rome pourvu qu’ils se contiennent et gardent les lois. Alstedius [82] a quelque part fait mention d’une prophétie, laquelle parle d’une certaine grande conjonction du soleil et de la lune, et que, pour lors, tout le monde deviendra juif, et qu’elle durera mille ans. [22] Les juifs sont les fripiers de l’Italie.
    Autrefois, les papes ne se servaient que de juifs ; mais aujourd’hui, pour quelques causes particulières, peut-être nomine et specie Religionis[23] ils ne s’en servent plus ; mais ils les souffrent à Rome et les conservent chèrement, soit parce que le public en est soulagé par le commerce, soit par des raisons que tout le monde ne sait pas. C’est une chose miraculeuse comme ce peuple, haï de tout le monde, chassé de son pays et qui est maudit de tous, a pu se conserver jusqu’ici en tant d’endroits. Ils ont encore des sacrificateurs qu’ils appellent Rabbi. [83] Les chrétiens vont quelquefois voir leur Temple, leur synagogue et la circoncision. Les moines vont quelquefois disputer contre leurs rabbins sur les principaux points de la religion chrétienne.

  • Le cardinal Spada [84] est de Forli, fils d’un marchand fort riche. Il a été nonce en France. C’est un homme de grande intrigue, dans le conclave et partout. Il est encore trop jeune pour être pape ; il brigue maintenant pour ses amis Rocci [85] et Pamfili, [86] puis après il briguera pour lui-même. [24]

  • Johannes Antonius Maginus [87] était natif de Padoue. Étant fort avancé en ses études, il s’adonna aux mathématiques et, s’y étant acquis grande réputation, il fut appelé à Bologne pour les enseigner. Il a publié un commentaire in librum Hipp. de dieb. criticis et de legitimo Astrologiæ in Medicina usu[25][88] C’était un homme fort gros. Il mourut d’apoplexie [89] l’an 1617, âgé de 61 < ans >. Il n’a laissé qu’un fils qui est jacobin.
    On donna un jour à Magin themata natalita [26] de deux grands princes, et fut prié de faire leurs horoscopes. Quand il les eut vus tous deux, il les rendit et dit que ces deux hommes ne méritaient pas qu’on fît leurs horoscopes, que tous deux n’avaient guère d’esprit et qu’ils feraient de grands malheurs dans le monde, que leur naissance était très malheureuse et qu’il n’y avait rien à dire là-dessus. L’un d’eux n’a pas laissé d’être roi.

  • Cremoninus [90] a été le plus renommé professeur qui ait été en Italie. Il était aussi bien logé et meublé à Padoue qu’un cardinal à Rome. Son palais était magnifique, il avait à son service maître d’hôtel, valets de chambre et autres officiers, et de plus deux carrosses et six beaux chevaux. Il avait quatre cents écoliers et deux mille écus de gages quand il mourut. [27] Il n’y a en toute l’Italie aucun bien ni revenu si assuré que celui-là ; les gages de ces grands personnages sont très considérables en Italie.
    Zabarella [91] et Piccolomini [92] avaient aussi de bonnes pensions. Cujas, [93] qui a été un jurisconsulte incomparable, n’a jamais eu en France plus de dix-sept cents livres. [28]
    Multa scripsit Cremoninus, partim edita partim non edita : de Calido innato et Semine, Apologia de origine et principatu membrorum ; et vidi 4. aut 5. volumina ms. in‑fo ejusdem autoris apud Joannem Dallæum, vulgo Daillé, ministre de Charenton, [94][95] quæ prælum et Mœcenatem expectant anno 1658[29]

  • On obtient aisément à Rome la permission de lire toute sorte de livres défendus. [96] C’est le maître du sacré Palais qui la donne. On défend Calvin, [97] Luther [98] et tous les autres chefs de parti, Machiavel, [99] l’astrologie judiciaire, l’Adone du cavalier Marin, [100] Carolus Molinæus, [101] et quelques autres qui ont écrit contre la puissance du pape. [30] On permet tous les autres.

  • On dit en Italie que Scaliger le père [102] épousa à Agen [103] la fille d’un apothicaire, d’autres disent la bâtarde d’un évêque. [31][104] Son fils Scaliger était visité comme un prince à Leyde. [105] M. de Nevers, [106] allant en Hongrie et passant par la Hollande, le visita et voulut lui faire un grand présent, mais Scaliger le refusa honnêtement. Il faut que Scioppius ait été agité de quelque démon quand il a entrepris un si malheureux livre contre cet homme. Toutefois, quoique M. Rigault [107] reconnaisse que Scaliger a été un grand critique, il dit pourtant que M. de Saumaise est fort au-dessus. [32]

  • Carolus Ferdinandus [108] était un Italien fort savant, mais plein de vaine gloire et grand hâbleur, bon homme au reste. Il n’a pas fait grand-chose, sed multa edenda reliquit[33] Il n’était ni prêtre ni marié, chose rare à gens de lettres en Italie. Quand il abordait quelqu’un, il le prenait par la ceinture et par la basque de son pourpoint, et ne le quittait point qu’il n’en sût tout ce qu’il voulait savoir. [34][109][110][111]

  • Fabius Columna [112] était un médecin de Naples qui a écrit deux volumes des plantes. [35]

  • Daniel Finus [113] était un Ferrarois qui a fait un gros livre en latin, in‑4o en petites lettres, contre les juifs ; je crois qu’il est intitulé Flagellum. Ce livre est fort bon. [36]

  • Cælius Calcagninus [114] était un bâtard savant et bon homme. Notre cardinal Bagni avait marié sa nièce à un marquis Calcagnin [115] qui descendait de cet auteur-là ; il a traduit un des livres d’histoires de l’évêque de Belley ; [116] un autre marquis de Ferrare en a traduit plusieurs autres du même auteur. [37][117]

  • Sannazar [118] était un Napolitain de bonne maison, il fut en faveur près de Frédéric, roi d’Aragon, [119] à la place de Jovianus Pontanus ; [120] il a écrit fort élégamment tant en italien qu’en latin. Il travailla vingt ans à son beau poème de partu Virginis, que M. Colletet a traduit en français. [121] Il vint en France avec Ferdinand, le jeune frère de Frédéric. [122] Il a vécu 72 ans, toujours frais et gaillard, < et > enfin mourut. Son tombeau est au pied du Pausilippe, [123] il est de marbre blanc, d’un bel ouvrage de Santacroce. [124] Lui-même avait fait son épitaphe, mais on l’a trouvée trop gaillarde ; et ainsi, on n’a pas trouvé à propos de la mettre en œuvre ; la voici :

    Actius hic situs est, cineres gaudete sepulti
    Jam vaga post obitus umbra dolore vacat
    [38]

    Il a fait quelques vers satiriques contre quelques papes, Sixte iv[125] Alexandre vi[126] Léon x[127] qui ne se trouvent qu’en l’édition de Lyon ; on les a châtrés en celle de Douai et en celle d’Italie. J’ai vu en Italie un livre qui contenait sa vie séparément, avec son portrait ; il y a aussi des médailles qui le représentent. [39]

  • L’an 1637, le pape [128] envoya le cardinal Ginetti [129] à Cologne [130] pour y traiter de la paix entre la France et l’Espagne. Il n’y avait que trois cardinaux qu’on y pût envoyer car on était convenu de part et d’autre que le cardinal député devait être italien, et qu’il n’aurait pas été nonce ni pensionnaire d’aucun prince. Il n’y en avait que trois qui eussent toutes ces qualités, savoir Ginetti, Magalotti [131] et Saint-Georges. [132] Le premier fut envoyé parce que le pape était en colère contre Magalotti et l’avait envoyé résider en son évêché de Ferrare où il est mort. [133] Pour Saint-Georges, il ne pouvait y aller car il n’était pas de la brigue du pape. Ginetti était ravi d’aller là et, en deux ans qu’il y a été, il a gagné cent cinquante mille écus en faisant, comme légat, tout ce que le pape pouvait faire pour l’Allemagne. Le pape lui donnait, outre cela, dix-huit mille écus par an pour son entretien. [40]

  • Franciscus Vallesius [134] était un médecin espagnol qui supplanta Ludovicus Mercatus, [135] comme le roi d’Espagne, Philippe ii[136] avait la goutte : [137][138] Mercatus ne savait plus que lui faire, Vallesius conseilla au roi, pour apaiser sa douleur, de mettre ses pieds dans un bassin d’eau tiède ; [139] ce qu’ayant fait, il s’en sentit beaucoup soulagé, chassa Mercatus et retint Vallesius. Aucuns se servent aussi d’urine tiède de la même manière. Vallesius a beaucoup écrit, son livre de Methodo medendi est un excellent ouvrage. [41]

  • Guillaume Sirlet [140] était un Calabrais, prêtre déjà avancé en âge, qui vint à Rome avec un bréviaire sous son bras. Il était savant en grec, en latin et en hébreu ; il fit fortune en peu de temps. Fuit eruditorum pauperum patronus : [42] il fut bibliothécaire du Vatican [141] âgé de 71 ans ; il avait été précepteur de saint Charles Borromée, [142] fut fait cardinal et faillit à être pape après la mort de Pie v[143] en l’année 1572. [43]

  • En tout mon voyage en Italie, je n’ai rien appris de nouveau d’Henri Agrippa[144] V. Adamum in vitis illustrium virorum [145] et mon Apologie pour les personnes soupçonnées de magie. Il était né à Cologne l’an 1486 et mourut à Lyon l’an 1534, âgé de 48 ans. [44]

  • La loi de nature est la vraie règle d’un honnête homme, pourvu qu’il pratique ce premier point : quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris[45][146][147] Il y a quelques règles qui conduisent un homme en cette vie, savoir : Epistolæ Senecæ[148] la Sagesse de Cardan, [149] Vita Pomponii Attici[150][151] <les> Essais de Montaigne, les Dialogues sceptiques de La Mothe Le Vayer, [152] Epistolæ Plinii[153] Horace, [154] Juvénal, [155] Officia Ciceronis[156] Marcus Antonius Imperator et Philosophus[46][157]

  • Environ l’an 1637, on fit le procès à Rome à un certain Florentin nommé le marquis Manzoli[158] pour avoir dit et écrit quelque chose contre le pape. Il était athée et de mauvaise vie. [47]

  • Franciscus Philelphus [159] était de Tolentin, ville de la Romagne, [160] son portrait s’y voit à l’hôtel de ville. Il était désireux de savoir la langue grecque ; il fut à Constantinople [161] où il épousa une Grecque, [162] puis revint en Italie où il fut admiré pour son savoir : il fut admiré d’Eugène iv[163] du roi Alphonse [164] et de François Sforza. [165] Il a traduit du grec en latin Xénophon, [166] Plutarque, [167] Hippocrate ; [168] il a vécu 90 ans, mais il est mort à Bologne si pauvre qu’il fallut vendre tous ses meubles pour l’enterrer. Toutes ses œuvres sont imprimées à Bâle. Il était ami des Français, mais grand ennemi de Cosme de Médicis [169][170] et de Pie ii[171] Natus erat die 24. Julii anno 1398. et vixit an. 81. vel ut alii volunt 83[48] Voyez ce que j’en ai dit dans mes Additions à l’histoire de Louis xi, p. 183. [49]

  • Martius Galeotus [172] était un Italien fort savant en toutes choses. Matthias Corvinus [173] l’appela en Hongrie, et delà, Louis xi, roi de France, [174] le fit venir ici où, étant arrivé, pensant mettre pied à terre pour saluer le roi qui lui promettait une grande pension, il tomba et mourut sur-le-champ, étouffé de sa graisse. [175] Voyez ce que j’en ai écrit dans mes Additions à l’histoire de Louis xi, p. 126, 127, 128. [50] Plura scripsit, entre autres De Doctrina promiscua, De Homine, De Dictis Mathiæ Regis. Il en a fait encore deux autres qui n’ont pas été imprimés, De Censura operum Philelphi et De vulgo Incognitis. Ce dernier aurait été imprimé il y a longtemps, n’était qu’il était fort mal écrit. Il se garde dans la Bibliothèque du roi. [176] Il y a un chapitre exprès quo dari probantur Antipodes[177] et c’est sur ce point que Vadianus [178] in Geographia et Theod. Marsilius [179] l’ont cité. [51] Vide Vossium de Historicis Latinis 2. Editionis ann. 1651. p. 659 ubi verba Jovii adducuntur, in quibus parum laudis, sed multum asperitatis erga Galeotum. Vide ibidem lepidum responsum Galeoti nobili cuidam Veneto qui eum vocabat porcum præpinguem : Malo esse porcus præpinguis quam hircus, quod ideo dicebat, quia uxor illius nobilis erat valde impudica. Unde Itali talium uxorum maritos hircos, id est cornutos, vocant. [52][180][181]

  • Christophorus Longolius [182] avait écrit une harangue latine de Laudibus Divi Ludovici Francorum Regis[183] laquelle a été ôtée de ses œuvres et est bien rare aujourd’hui. Il avait dit en cette harangue quelque chose de Rome, à cause de quoi il fut haï. Il mourut âgé de trente-quatre ans, l’an 1522, habillé en capucin[184] comme avaient fait avant lui Picus Mirandulanus et Rodolphus Agricola ; [185][186] partir de ce monde la tête étant ainsi froquée et encapuchonnée, c’est mourir in Domino[53]
    Vide Christoph. Longolii Paris. Orat. de Laudibus D. Ludovici Francorum Regis habit. Pictavii in Cœnobio Frat. Min. anno 1510. Paris. apud Henr. Stephanum [187] et Duchesne [188] dans sa Bibliothèque des historiens de France, p. 45. [54]

  • Trajanus Boccalinus [189] était un Italien fort savant qui a bien écrit en la politique : erat amœni ingenii[55] Son principal emploi était de gouverner de petites villes dont le gouvernement ne dure qu’un an ; mais il gouvernait fort mal et tout le monde s’en plaignait. J’ai vu deux commentaires de lui, manuscrits, sur Corneille Tacite. [56][190]

  • La pierre philosophale [191] n’est qu’une pure folie et un piège pour attraper les sots, et jamais un homme d’esprit n’y sera trompé après qu’il aura lu le dialogue d’Érasme sur cette matière. [57][192]
    M. de La Noüe [193] en a fait un beau chapitre dans ses Discours militaires, au discours 23, où il dit que le pape a trouvé ce secret en changeant le plomb qu’il nous envoie de Rome ; et lorsqu’il nous tire de France presque un million par le plomb et les bulles tous les ans, [194] il en tire encore plus d’Espagne ; l’un et l’autre sans remède, puisque les princes le veulent bien. [58] Adeo verum est illud Thuani quod legitur in vita sua lib. i, p. 12, quodque acceperat a quodam cardinale qui dicere consueverat, Aulæ nostræ maiestas stat tantum fama et patientia hominum[59][195][196]

  • Apollonius Tyanæus [197] n’a jamais été magicien, comme on dit : ce qu’on a écrit de lui est supposé par les païens pour être opposé aux Saints Évangiles et aux Actes des apôtres, qui contiennent les miracles de Jésus-Christ sur lesquels les premiers chrétiens se glorifiaient et, par même moyen, combattaient de nullité toute la religion païenne.
    La vie d’Apollonius Tyanæus, aux dires d’Érasme, Vivès, [198] Scaliger, le P. Petau, [199] et autres savants hommes, n’est qu’un pur roman : elle a été écrite par Philostrate, [200] par le conseil de certains païens, pour opposer quelque chose aux miracles et à la vie de Jésus-Christ. J’avoue bien que cet Apollonius a vécu, mais je nie qu’il ait fait toutes les choses prodigieuses dont il est parlé dans sa vie et ailleurs.
    Néanmoins, quelques modernes n’oseraient nier que tout ce qu’en a écrit Philostrate ne soit vrai, mais ils disent que tout cela n’a été fait que par art magique, qui est probare incertum per incertius[60] Ils ne veulent pas dire autrement à cause de l’autorité des Pères, dans les récits desquels il y a bien d’autres bévues. Ces modernes sont Grotius in Evang., p. 1052, [201][202] Du Moulin in Vatibus, p. 198, [203] et Samuel Maresius de Antichristo, p. 137. [61][204]

  • Je n’ai point vu de manuscrits plus vieux qu’en la Bibliothèque vaticane à Rome. [62][205]

  • Mapheus Vegius Laudanensissic pour Laudensis :  >, [206] qui a heureusement ajouté un xiiie livre à l’Énéide[207] était un savant homme et le meilleur poète de son temps. Il fut en grand crédit sous les papes Martin v[208] Eugène iv et Nicolas v[209] Il a écrit de institutione puerorum un livre fort gentil. Il a été notaire apostolique. [63][210]

  • Il y a dans le Bolonais, en Italie, deux villes, dont l’une s’appelle Imola [211] et l’autre Brisiguelle : [212] ces deux petites villes, pour être voisines, ont souvent de grands débats l’une contre l’autre. Ceux de la dernière ayant l’esprit fort échauffé entendant chanter à la messe ces mots, qui immolatus est pro nobis[64] et croyant qu’il fût parlé de ceux d’Imola, qui pour lors étaient leurs ennemis, ordonnèrent qu’on ne chanterait plus cela à la messe, mais qu’on y dirait qui Brisiguellatus est pro nobis[65] Voilà jusqu’où vont la passion et l’ignorance.

  • Alphonsus Ciccarellus [213] était un médecin de Rome qui fut pendu sous Grégoire xiii pour avoir contrefait beaucoup de contrats. [66]

  • Antonius Campanus [214] était bâtard ainsi que Cardan, Érasme et autres savants hommes. Il naquit dans les jardins sous des lauriers ; il fut, dit-on, caché sous des choux pendant quelque temps ; il était fils d’un prêtre et avait beaucoup d’esprit. On trouve toutes ses œuvres in‑fo d’impression d’Italie, où il y a à la première page une cloche. Il a été archevêque en Italie. Il fut fort aimé de deux papes, Pie ii et Paul ii[215] Il mourut du haut mal. [216] Fernus a fait sa vie. [67][217]

  • Platine [218] était un des savants hommes de son temps. Sa vie est au commencement de son Histoire des papes. Il a fait l’histoire de Mantoue, mais elle n’a jamais été imprimée. [68]

  • Erycius Puteanus [219] a fait un petit livre in‑fo de Gente Puteana[69]

  • Gerardus Vossius [220] était un Liégeois catholique qui demeurait à Rome. Il a travaillé sur saint Bernard : [221] variis lectionibus et scholiis illustravit D. Bernardi tractatum de Consideratione ad Eugenium, et prodiit liber Colonia anno 1605. in‑12, ut habetur in Bib. Belg. 286[70][222][223]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Naudæana 2

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(Consulté le 21.06.2021)