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Paris, 1701, pages 1‑31 [1]

  • Leo Allatius [2] est un fort bon homme, Grec de nation, qui demeure à Rome, gentilhomme du cardinal Barberin [3] à dix écus par mois et, de plus, scribe en grec de la Bibliothèque vaticane. [4] Il est natif de Chio, [5] d’où il fait venir Homère ; [6] il est très savant en grec et en humanités. Il a fait un livre de Patria Homeri, dans lequel (page 72) il appelle Jules Scaliger [7] Decoctor, en haine de ce que ce savant haïssait les auteurs grecs, et particulièrement Homère, qu’il avait trop rabaissé au-dessous de Virgile. [1][8] S’il avait un imprimeur à sa dévotion, il ferait imprimer plus de livres grecs que n’a fait Meursius. [2][9] C’est le plus savant qui soit à Rome. Il a environ cinquante-six ans.
    Grégoire xv [10] l’avait envoyé en Allemagne pour faire amener la Bibliothèque d’Heidelberg [11][12] à Rome, ce qu’il fit. Il lui avait promis pour récompense un canonicat : quand il revint, il trouva ce pape mort, si bien qu’il n’a rien eu ; au contraire, il fut mis en prison, accusé d’avoir distrait les meilleurs livres de la Bibliothèque. Scioppius [13] était son principal accusateur, mais il se défendit si bien qu’il en sortit. Il y en avait à Rome qui avaient bien envie qu’il fût pendu, mais c’eût été dommage. Il perdit l’espérance de son canonicat en sauvant sa vie. [3]

  • Scipio Claramontius [14] est un gentilhomme de Césène, [15] âgé de quatre-vingts ans, fort savant, grand philosophe et mathématicien. Il a fait plusieurs ouvrages de l’une et l’autre sciences. Il est marié à une jeune et fort belle femme dont il se sert encore fort bien, car il est de complexion fort amoureuse : est enim libidinosus et salacissimus, bien qu’il soit vieux, sed cruda viro viridisque senectus[4][16] Dans le privilège de son livre de Atra bile quoad mores, on le qualifie médecin du pape, mais il ne le fut jamais. Il est grand philosophe, homme fort moral ; c’est en quoi il excelle. [5]

  • Feu M. le cardinal Bagni [17] me demanda un jour quel était le meilleur de tous les livres. Je lui dis qu’après la Bible, il me semblait que c’était La Sagesse de Charron. [18] Il me marqua du regret de ne pas connaître ce livre, et il ajouta que le meilleur à son gré était La Rhétorique d’Aristote, [19] pour la quantité des bonnes choses qu’il contient. Ce bon cardinal avait raison car ce livre est tout plein de bons préceptes. [6]

  • Castelvetro[20] gentilhomme modénois de grand esprit et d’une profonde érudition, eut querelle avec Annibal Caro, [21] et ils en vinrent a verbis ad verbera[7] Il fit bien battre son antagoniste puis se sauva à Bâle. La Mesnardière [22] en a presque tout fripé sa Poétique[8]

  • Campanella [23] fit son livre de Monarchia Hispanica, dans lequel il donne au roi d’Espagne [24] le moyen de devenir maître de l’Europe, pendant qu’il était prisonnier à Naples, où il resta vingt-huit ans. [9] En France, il fit plusieurs actes d’astrologue ; [25] consulté par le cardinal de Richelieu [26] si Monsieur [27] monterait sur le trône, il lui répondit : Imperium non gustabit in æternum[10]

  • Scipion de Gramont[28] vir salacissimus ; et talis esse creditur quia natura est τριορχηζ, a pluralitate testium. Tales fuere falsus rex Æthiopiæ, Philelphus, Fernel, médecin de Paris, Philippe Landgrave de Hesse-Cassel mort en 1567. [11][29][30][31][32][33]

  • Benedictus Theocrenus[34] précepteur des enfants de François ier[35] Génois, évêque de Grasse, excellait en vers lyriques. [12][36]

  • Hieronymus Borro[37] professeur de philosophie à Pise, [38] était fort chéri du grand-duc. [39][40] C’était un athée parfait, [41] il n’a pas été brûlé, mais il le méritait bien. Il avait dit un jour que supra octavam sphæram nihil est[13] L’inquisiteur [42] le voulut obliger de se dédire ; il monta en chaire le lendemain et dit à ses auditeurs : « Messieurs, je vous ai maintenu et prouvé que supra octavam sphæram nihil est ; on veut que je me dédise ; je vous assure que s’il y a autre chose, ce ne peut être qu’un plat de macarons pour M. l’inquisiteur. » Quo dicto se fuga proripiens saluti consuluit[14] Il eût été brûlé plusieurs fois sans le grand-duc qui l’aimait ; il est pourtant mort en fuite.
    L’Italie est pleine et abonde en ces sortes de gens qui pénètrent le plus avant qu’il leur est possible dans la nature, et ne croient rien plus. Pour trouver Dieu dans le désordre qui est aujourd’hui dans le monde, il faut avoir de la modestie et de l’humilité, il faut soumettre son esprit aux sacrés mystères de la religion, captivantes intellectum in obsequium fidei, dit saint Paul. [15][43]

  • On voit en Italie grande quantité de vieillards, et plus qu’en France ; on pourrait en rapporter la cause à la bonté de leur air ; mais je n’en reconnais point de plus puissante que leur sobriété ; et je crois que c’est par ce moyen qu’on y voit tant de gens qui ont passé quatre-vingts ans.

  • Machiavel [44] était un secrétaire de la République de Florence. Il n’était pas fort savant, mais il avait un esprit excellent et prodigieux. Il était d’une bonne famille, ils sont parents du pape Urbain viii ; [45] et même, en la dernière promotion, il y a eu un cardinal de ce nom, qui ne l’a été qu’à cause de la parenté. [16][46] L’esprit et les écrits de Machiavel sont fort prisés en Italie. Scioppius a fait un livre pour la défense de Machiavel, imprimé à Rome. M. Grotius [47] dit que c’est le meilleur livre qu’ait jamais fait auteur. [17] Ce Gaspard Scioppius est ennemi des jésuites ; [48] il a écrit contre eux, mais il est si vieux qu’il radote.

  • Les Italiens font grand état de M. l’évêque de Belley[49] ils traduisent ses livres et admirent la fécondité de son esprit, d’en faire tant et de si bons et si promptement. Ils sont un temps infini à faire un roman, et se donnent bien de la peine et du mal de tête pour y réussir ; mais lui, tout de suite, en fait un beau en quinze jours. Ils prisent fort aussi ce qu’il a fait contre les moines. [18][50]

  • Casaubon [51] est estimé à Rome comme un homme très savant et un grand critique. Il a dit dans ses Épîtres : Si Atheus essem, Romæ essem[19] et je pense qu’il dit vrai ; mais il ne sera jamais le premier, il y en a bien d’autres avant lui, et il y en aura encore après. Ejusmodi Theodorum maximus est proventus in Italia[20] Si le bonhomme fût allé à Rome, comme il y était invité, il eût pu s’y gâter et s’y perdre comme beaucoup d’autres ont fait in illa negotiosa otiosorum matre. [52] Obiit Londini Kalend. Julij ann. 1624. Filium habuit Augustinum Ordine Capucinum pietate et doctrina insignem qui ante paucos annos Calesij nefario quorundam scelere Venenatus interiit, ut narrat Ogerius in Itinere Danico anni 1635. p. 12[21][53][54][55]

  • Augustinus Mascardus[56] professeur d’humanités à Rome, camérier d’honneur, la meilleure plume, ou plutôt le Balzac [57] d’Italie, quand il écrivait dans sa langue ; mais au reste fort vicieux et débauché. [22]

  • Janus Nycius Erythræus, vulgo Victor Rossi[58] est un gentilhomme romain fort savant. Il a fait des épîtres et des dialogues ; il n’est point marié, à la mode des Italiens, et principalement de ceux de Rome, auxquels ce sacrement ne plaît pas beaucoup. [23]

  • Antonius de Dominis [59] avait été jésuite, il avait fait imprimer de fluxu et refluxu Maris[60] Il était très savant, se fit huguenot par dépit, puis se refit catholique et revint à Rome, s’imaginant qu’il deviendrait cardinal. Il rentra dans Rome avec un grand faste dans un carrosse à six chevaux, puis, se voyant frustré de son espérance, il fut vraiment relaps et fut remis en prison, où il mourut et puis fut traîné à la voirie. [24][61] Son maître d’hôtel, moine renié, fut pendu à Rome pour avoir volé huit cents écus à Abraham Bzovius, jacobin polonais qui a continué Baronius [25][62] et qui était logé dans le Vatican, où il fit ce vol après avoir tué son valet.

  • Hugo Grotius est en fort grande estime à Rome pour son savoir et son mérite personnel. Le cardinal Barberin en fait grand état, et le servirait s’il pouvait ; il en fait plus d’état que de Saumaise, [63] dont la réputation y est bien moindre.

  • Le duc d’Ossone[64] vice-roi de Naples, [65] était un excellent esprit, grand politique, qui eut un dessein sur Venise, [66] et peu s’en fallut qu’elle ne fût prise. Il pensa aussi à se faire roi de Naples, et d’en chasser le roi d’Espagne, mais il n’en put venir à bout. M. de Luynes [67] et le Conseil de France lui manqua (Videl, [68] dans son Histoire du connétable de Lesdiguières). [69] Il se voit un livre intitulé Conjuratio Ossuniana, Bartol. Tortoletti. [26][70]

  • Pisces non habent collum neque pulmonem ; reptilia non habent pulmonem. Nullum animal habet pulmonem quod non habent collum, atqui aves illæ maritimæ fulicarum de genere quæ vulgo dicuntur macreuses, habent pulmonem, ergo non sunt pisces[27][71]

  • Cardan naquit à Milan l’an 1501. [72] Il a été fort grand esprit, qui a tout su et tout voulu savoir. Sed quia multa sunt hominum generi impervia et incognita, multis in locis nugatus est, nec solum ibi humanæ imbecillitatis, sed etiam propriæ inconstantiæ luculenta testimonia edidit[28] Mais on ne peut nier qu’il n’ait eu un esprit prodigieusement grand et savant ; même les Italiens disent de lui : plura scripsit quam legit ; plura docuit quam didicit. Senex, naturæ legibus satisfecit, Romæ anno 1576[29] où il avait été appelé pour être médecin de Grégoire xiii[73] ætatis 76. Multa anecdota reliquit, inprimis librum de Arcanis æternitatis[30] que Thomassin [74] dit avoir vu à Rome ; je l’ai vu aussi en la bibliothèque du cardinal Pio ; [75] c’est un excellent livre, et des meilleurs qu’il ait fait. [31]
    Scaliger, dans son livre de Subtilitate adversus Cardanum ejus inæqualitatem ubique diligenter notat, et ait in quibusdam plus homine eum sapere, interdum minus pueris intelligere[32] Je ne sais que vous dire de sa religion, c’était un esprit si inconstant qu’il ne savait pas lui-même ce qu’il était ; et néanmoins, c’était un homme qui n’était pas trop chargé et qui n’avait pas l’esprit trop embarrassé des articles de notre foi ni des mystères de la religion chrétienne. Tout ce qu’on dit de Dieu, du paradis, du purgatoire, [76] des enfers, de l’immortalité de l’âme, [77] de statu animarum post mortem[33] lui étaient des choses fort problématiques, aussi bien qu’elles l’ont été depuis à beaucoup d’autres.
    Le livre que Cardan a fait de la Sagesse, et celui de Charron sont fort bons ; celui de Charron n’est que la théorie, dont celui de Cardan est la pratique. [34]
    Le traité du même Cardan sur l’immortalité de l’âme est la théorie dont son Proxeneta, sive de Prudentia civili est la pratique ; [35] ceci marque l’ordre dans lequel il faut lire ces livres.
    Quand je fus à Milan, je m’enquis de la postérité de Cardan : on me dit qu’il n’y en avait plus qu’un certain bonnetier, lequel disait que Cardan avait été à Rome en intention d’y devenir cardinal, et qu’il y avait été empoisonné.

  • Cœlius Rhodiginus [78] était de Rovigo, [79] il a professé à Padoue. [80] Bonifacius, [81] jurisconsulte de ce pays-là a fait une oraison latine, que j’ai vue imprimée, dans laquelle il a tâché à persuader à ceux de Rovigo de dresser une statue à ce grand homme. [36]

  • Augustinus Origius[82]cardinal, était fils d’un maçon de Sainte-Sophie de Romagne : [83] il avait demandé l’aumône ; il avait un frère, garçon d’un potier, qui le retirait le soir et le faisait dormir en sa boutique sur le banc sur lequel il travaillait le jour ; il étudia un peu, puis fut précepteur dans diverses maisons, puis devint chanoine de Spolète ; [84] ensuite, fut aumônier du pape Urbain viii qui, étant évêque de Spolète, l’avait pris pour être précepteur de ses neveux, [85][86] et le fit enfin cardinal. Il n’avait pas d’esprit et ne pouvait dire un mot à propos. Il est mort en son archevêché de Bénévent. [87] Le pape l’aimait parce qu’il le croyait grand théologien. Multa scripsit[37] Tout a été imprimé à Rome en un volume. Il a tourné en latin la vie de Jean Vincent Pinelli, [88] imprimée en 1608, in‑<4o>, que Paulus Gualdus avait originairement faite en italien. [38][89]

  • Laurentius Pignorius [90] était un curé de Saint-Laurent de Padoue, fort savant en humanités, antiquaire d’importance, qui multa scripsit[39] grand ami de Domenico Molino, [91] provéditeur de la République de Venise, qui était son mécène comme à beaucoup d’autres. [40]

  • Galileo Galilei [92] est mort à Florence le 7 janvier, âgé de 80 ans, sans avoir été marié ; grand personnage aux mathématiques, et qui croyait cette opinion de Copernic : [93] solem stare et terram moveri[41] laquelle a été condamnée à Rome ; et néanmoins, la plupart des grands hommes la tiennent pour vraie.

  • Bartholomæus Tortoletus a aujourd’hui 75 ans, il a été secrétaire du cardinal Pio plus de 20 ans, il est clerc de Saint-Pierre, il est fort savant, et multa scripsit[42]

  • Le cardinal Scipio Cobelluccius [94] était fils d’un apothicaire de Viterbe ; [95] il était secrétaire des brefs sous Paul v[96] Il était bon, sage, savant, et aimait les savants ; il aimait bien Barclay [97] et lui donnait souvent des poignées de pistoles. Il est mort l’an 1626. Il avait envie d’être pape. Ce fut lui qui fit faire à Grégoire xv la bulle de eligendo Pontifice[43][98] par le moyen de laquelle il espérait devenir pape à l’exclusion des autres, espérant que sibi soli competeret congeries illa [44] de toutes les conditions qu’il requérait en ce bref.

  • Le cardinal Peretti [99] est romain, âgé de 45 ans. Il est de la famille de Sixte v[100][101] Il est tout espagnol d’inclination, aussi a-t-il été fait cardinal par cette voie, mais on ne lui a pas donné son bonnet pour rien : il l’a bien acheté des Espagnols. [45]

  • Le cardinal Baronius [102] était fils d’un paysan, c’est pourquoi Joseph Scaliger, en parlant de lui en ses Épîtres[103] p. 316, l’a appelé de peronato natus patre[46] Il avait été longtemps pauvre prêtre. Sa naissance ne lui avait donné aucun avantage, mais son savoir lui en a donné beaucoup.
    Il a fait en ses Annales tant qu’il a pu pour le pape, c’est pourquoi on dit de lui ce passage de Térence : [104] id sibi negotii credidit solum dari, Papæ ut placerent quas fecisset fabulas[47] En récompense de tant de peines, le pape Clément viii [105] le fit cardinal. Les centuriateurs de Magdebourg lui ont montré le chemin pour faire les Annales ecclésiastiques, il s’est heureusement servi de leurs centuries en tenant toujours pour le pape lorsqu’ils soutenaient le parti contraire. [48][106] Baronius in Summum Pontificem fuisset assumptus an. 1605, procurante Cardinali Perronio, nisi Hispani obicem potuissent ob ea, quæ scripsit in Annalibus de Siciliæ Regno[49][107][108][109]

  • Quand le pape fait un cardinal, il lui donne 1 200 écus de pension ordinairement, et 3 000 écus, une fois payés, pour s’accommoder ; [50] mais il n’y a que les moines qui prennent cette pension parce qu’ils sortent de leurs couvents pauvres et dénués ; les cardinaux séculiers ne prennent point cette pension parce qu’ordinairement ils sont riches, ou de patrimoine, ou de bénéfices.

  • Averroès [110] était arabe, [111] mahométan [112] et grand philosophe péripatéticien. [113] Il a dit moriatur anima mea morte Philosophorum[51] comme s’il fallait, pour être bon philosophe, ne rien croire, être franc athée, comme il était, et surtout tenir pour une fable tout ce qu’on dit de l’immortalité de l’âme. C’est lui-même qui a dit qu’il n’y avait pas de pire religion que la chrétienne.
    Voilà d’étranges impiétés, tamen latent sub pallio hypocrito Philosophorum qui, ut ait Tertullianus, libro advers. Hermog. fuerunt Patriarchæ hæreticorum[52][114][115][116]

  • Federicus Bonaventura [117] est un gentilhomme d’Urbin [118] qui n’est pas médecin, bien que très savant en médecine. Il a fait un livre de Partu et plusieurs autres, et un gros livre de fluxu et refluxu maris[53]

  • Theophilus Folengius [119] était le propre nom du magnifique Docteur Merlin Coccaye qui a été le vrai prototype de Rabelais, [120] et qui a écrit le premier en style macaronique, auquel il a fait quantité de livres, la plupart desquels sont fort rares. Folengius erat patria Mantuanus, Monachus Bendictus, Auctor Poëmat. Macaronici. Obiit anno 1543, plano quinquagenarius[54][121] On mit, l’an 1609, ces deux vers sur son tombeau :

    Græcia quid Latio vix unum ostendis Homerum ?
    Una duos numerat Mantua Mæonidas
    [55]

  • Si notre cardinal Bagni [6] ne fût pas mort l’an passé, 1641, j’avais commencé à écrire quelque chose de lui en italien, et de ses œuvres, que peut-être j’achèverai quelque jour. [56]

  • Fracastor [122] vint au monde sans bouche, il n’avait qu’une petite fente, c’est-à-dire que ses lèvres se tenaient. Un chirurgien les sépara avec un rasoir. Sur quoi Jules Scaliger a fait ces vers :

    Os Fracastorio nascenti defuit, ergo
    Sedulus attenta finxit Apollo manu.
    Inde Hauri, Medicusque ingens, ingensque Poeta
    Et magno facies omnia plena Deo
    [57][123][124][125][126]

    Un jour que sa mère se promenait dans un jardin, tenant Fracastor entre ses bras, elle fut écrasée par le tonnerre sans que le petit enfant en fût aucunement blessé. [58] Du depuis, il fut habile médecin, il exerçait même sa profession gratuitement. Son poème de Syphilide, de la vérole, est incomparable. [127] Il a composé un autre poème sur les aventures du patriarche Joseph, [128] mais son feu l’avait abandonné et Fracastor fit moins d’honneur à ce saint homme qu’il n’avait fait à la vérole. [59]

  • Jacobus Mazonius [129] était un gentilhomme de Césène, [130] qui enseigna la philosophie à Pise, chez lequel le cardinal avait été pensionnaire pendant deux ans. C’était un des savants hommes qui fût jamais : lui et François Patrice [131] ont été les deux plus savants de leur temps. Mazonius a été le seul qui a tenu tête, en Italie, à ce Jacques Criton, Écossais qui se vantait de pouvoir répondre, à l’âge de vingt ans, de omni scibili[60][132] Il a donné au public de bons et excellents livres, comme : la Défense de Dante en italien, in‑4o, l’an 1587 ; [133] de tiplici hominum vita, in‑4o, en 1577, il y a dans ce livre 5 197 conclusions ; et un in‑fo imprimé à Venise en 1597, de comparatione Platonis et Aristotelis ; sans oublier un autre in‑4o de vita contemplativa. Il n’a laissé qu’une fille, mariée à un Martinelli, gentilhomme de Césène, [134] qui a fait son oraison funèbre, dans laquelle on trouve plusieurs particularités de sa vie. [61]

  • Andreas Argolus [135] est un professeur de mathématiques à Padoue, qui multa scripsit præsertim Ephemerides[62] Il gagne sa vie à faire des horoscopes et est âgé de soixante-six ans.

  • Cassianus a Puteo [136] est un chevalier piémontais qui demeure à Rome, âgé de quarante-huit ans. Il a six mille livres de rente et est neveu d’un archevêque de Pise qui portait ce nom, [137] et est fort versé aux choses naturelles. Il nourrit quantité d’animaux étrangers et entretient commerce avec plusieurs savants. [63]

  • Le Vatican est une grande Maison joignant et qui tient à Saint-Pierre de Rome, [138] où loge le pape. Le Capitole est l’hôtel de ville. [64][139]
    Quand le christianisme commença à se répandre par tout le monde, les plus savants écrivirent contre cette nouvelle religion qui leur choquait le sens commun et qui renversait tous leurs principes : quorum opera omnia perierunt[65] Néanmoins, un Italien en a ramassé force fragments et les a assemblés en un livre intitulé Dominici Mellinii, Guidonis filii, in veteres quosdam scriptores malevolos Christiani nominis obtrectatores[66][140]

  • Petrus Pomponatius [141] était professeur de philosophie à Padoue du temps de Léon x[142] On lui voulut faire son procès et il fut en grand danger d’être brûlé ; mais le cardinal Petrus Bembus le sauva. [143] Javellus, jacobin fort savant, [144] était son ennemi capital. Pomponatius fit une Apologie pour son livre qui était pire que le livre même. Je n’ai jamais vu philosophe qui n’ait loué Pomponace, quoi qu’il eût écrit contre lui : c’est signe qu’il était bon homme. Il n’était ni prêtre ni marié ; erat Mantuanus, petit homme vif et fort savant. Il a enseigné à Bologne animas post mortem corporis interituras, ex sententia Aristotelis. Vide Iovium in elogiis[67][145][146] Il mourut à Bologne âgé de soixante-trois ans d’une rétention d’urine, [147] et fut rapporté à Mantoue, où il est enterré. Personne n’a encore repris ses livres de fausseté et n’a pu renverser ses raisons.

  • Gaspard de Simeonibus [148] est un gentilhomme d’Aquila qui était secrétaire du feu cardinal J***. [149] Il a quarante-six ans et est fort savant homme ; multa scripsit[68]

  • Æmilius Parisanus [150] est romain, qui exerce la chirurgie à Venise. Il est fort âgé et très habile en sa profession. C’est un petit vieillard fort riche, qui aime à disputer contre tout le monde, multa scripsit[69] Il est grand ennemi de M. Riolan [151] et a écrit contre lui.

  • Eustachius Rudius [152] était professeur à Padoue, de grande réputation pour le pronostic, de sorte qu’on dit encore dans l’Italie : Dieu te garde du pronostic de Rudius. J’ai ouï dire autrefois la même chose de M. Simon Piètre, [153] qui mourut l’an 1618, car personne ne pouvait guérir celui qu’il avait une fois condamné à la mort. [70]

  • Apollonius Tyanæus[154] infailliblement, a vécu et a été quelque grand personnage ; mais on a fait de sa vie un roman. V. mon Apolog. des gr. hom., pag. 293. [71][155]

  • Le livre intitulé Cyclopædia Anticlaudiani, seu de Officio viri boni Libri ix Heroico Carmine conscripti, imprimé à Anvers l’an 1611, [156][157] a été fait par un auteur anglais nommé Alanus[158] qui a fait un autre livre, qui est manuscrit et qui est néanmoins commun dans les bibliothèques, intitulé : de Planctu naturæ adversus Sodomitas[72][159]

  • Antonius Quærengus [160] était un Padouan fort savant. C’était un monseigneur qui allait par Rome vêtu d’une étoffe de gros de Naples toute de soie, couleur de bleu turquin. Multa scripsit[73]

  • Machiavel et Cardan ont dit que Grégoire vii [161] avait fait brûler la plupart des bons livres des Anciens. Ce fut lui qui fit brûler toutes les œuvres de Varron, [162] qui fuit Romanorum togatorum doctissimus, ne ex ejus libris plagii reus posset insimulari Divus Augustinus qui suos libros de Civitate Dei totos ex Varrone descripserat. Aliqui negant factum ; [74][163] mais cela n’est pas aisé à croire. Ce pape en avait bien fait et entrepris d’autres.

  • Pasqualinus [164] était un bénéficier de Sainte-Marie-Majeure. [165] C’est lui qui a fait l’Index perpetuus sur les Métamorphoses d’Ovide. [75][166]


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