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Naudæana 1
Note [23]

Janus Nicius Erythræus (« en italien » Giovanni Vittorio Rossi ; Rome 1577-ibid. 1647) a laissé de nombreux ouvrages d’érudition rédigés en latin. Le plus utile aujourd’hui est sa Pinacotheca imaginum [Galerie de portraits] (Cologne, 1643, v. supra notule {b}, note [22]).

Avec sa remarque sur le célibat (qu’il a lui-même respecté toute sa vie), Gabriel Naudé sous-entendait que Rossi était homosexuel (v. infra note [72]), à l’instar d’Antonio Mascardi et Jean-Louis Guez de Balzac, cités dans la note [22] supra.


Additions et remarques du P. de Vitry
(1702-1703, v. note [12] des Préfaces), pages 146‑149 :

« Janus Nicius Erythræus, Gio. Vittorio Rossi : il a fait plusieurs autres ouvrages dont on peut voir la liste dans la Bibliothèque romaine de Mandosio. {a} Celui qu’il a intitulé Pinacotheca virorum illustrium est le plus considérable, quoiqu’il ne paraisse pas avoir toujours été fort judicieux dans le choix de ses héros. On peut trouver dans le traité auquel il a donné le nom d’Eudemia l’idée d’une république bien policée. {b} Il mourut dans une maison de campagne près de Rome le 13 novembre 1647, {c} âgé de plus de 70 ans. Il prenait les qualités de Civis Romanus Aquæ Marnæ. Comme ce dernier emploi nous est peu connu, il ne sera pas inutile de l’entendre dire lui-même ce qu’il en savait : Ego autem ad meum officium quod attinet, nunquam scivi quænam esset hæc Aqua Marana, unde oriretur, qua flueret, quid utilitatis ex ea Populus Romanus acciperet : tantum audivi extra portam Cœlimontanam non procul ab urbe illam excurrere, molasque aliquot frumentarias suo cursu versare. Sed quoniam hæc officia annuam pecuniam habet adnexam, alia majorem, alia minorem, ideo pro ratione illius pecuniæ, alia carius, vilius alia venduntur. {d} Barth. Nihusius se chargea du soin de faire imprimer toutes les œuvres du Rossi. L’édition s’en fit non < pas > à Cologne, comme le titre le porte, mais à Amsterdam, par Blaeu, ainsi qu’on le découvre par plusieurs lettres d’Erythræus, dans lesquelles il est parlé de ce libraire sous le nom de Cæsius. {e} Tout le monde sait aussi que Fabio Chigi, nonce à Cologne et depuis pape, est le Tyrrhenus à qui sont adressés deux volumes de lettres écrites par le même Erythræus. » {f}


  1. Bibliotheca Romana seu Romanorum scriptorum Centuriæ. Authore Propsero Mandosio, nobili Romano Ordinis Sancti Stephani Equite. Volumen secundum [La Bibliothèque romaine, ou les Centuries des écrivains romains. Par Prospero Mandosio (1643-1724), noble romain, chevalier de l’Ordre de Saint-Étienne. Second volume] (Rome, 1692, Franciscus de Lazaris, in‑4o) : centurie 9, pages 251‑255.

  2. Iani Nicii Erythræi Eudemiæ libri decem [L’Eudemia de Janus Nicius Erythræus, en dix livres] (Cologne, Iodocus Kalcovius et associés, 1645, in‑8o, avec le portrait de l’auteur ; première édition en 8 livres, en 1637). L’Argumentum [Argument] éclaire le propos de l’ouvrage :

    Cum Sejani conjuratio, contra Tiberium inita, palam esset, Flavius Vopiscus Niger, et Paulus Æmilius Verus, ejusdem conjurationis conscii, veriti ne indicarentur, statuunt, fuga sibi consulere ; quamobrem conscenso navigio, quod in Africam solvebat, post longam ac prosperam navigationem, adversa tempestate abrepti, ab eaque diu multumque exagitati, in unam ex insulis Mauritaniæ, Edemia nomine, aliis etiam Mauris incognitam, abstrahuntur ; ubi naufragi et incerti vagantes, a Gallonio, cive Romano, qui quinquennium ante eodem tempestate delatus fuerat, excipiuntur, et partim ab eo, partim suis ipsi oculis, de eorum hominum moribus multa percipiunt.

    [Quand la conjuration de Séjan, fomentée contre Tibère, fut mise au jour, Flavius Vopiscus Niger et Paulus Æmilius Verus, {i} qui en avaient connaissance, dans la crainte d’être dénoncés, se décidèrent à prendre la fuite. Étant donc monté à bord d’un bateau en partance pour l’Afrique, après une longue et heureuse navigation, ils furent assaillis par une fâcheuse tempête qui les malmena longuement et sévèrement, et les entraîna sur une des îles de la Mauritanie, nommée Eudemia, {ii} dont les autres Maures ignoraient même l’existence. En y errant à l’aventure, les naufragés furent accueillis par Gallonius, citoyen romain qu’une semblable mésaventure avait jeté là cinq ans auparavant ; et de lui, comme de leurs propres yeux, ils apprirent quantité de choses sur les mœurs de ces hommes]. {iii}

    1. Ces deux comparses sont imaginaires : la fiction d’Erythræus brode sur les exactions de Séjan, favori de l’empereur Tibère au ier s. (v. note [21], lettre 417).

    2. Erythræus a emprunté le nom de cette île à Pline l’Ancien (Histoire naturelle, livre iv, xxiii), qui ne l’a pas située en Mautitanie (Maghreb), mais dans le golfe Thermaïque (ou de Thessalonique) en mer Égée (Littré Pli, volume 1, page 196).

    3. La fable politique d’Erythræus figure parmi celles que quelques auteurs du xviie s. ont imaginées dans le sillage de l’Utopia de Thomas More (1512) : v. note [19] du Patiniana II‑2.
  3. « Moréri dit le 15, mais c’est une faute. Les ides de novembre, qui sont le jour de sa mort, tombent assurément sur le 13 de ce mois » (note de Vitry) : Grand dictionnaire de Moréri (1698, tome 4, page 292).

  4. « Quant à ma charge, je n’ai jamais su ce qu’était cette Aqua Marana, d’où elle provenait, où elle s’écoulait, quelle utilité en tirait le peuple romain. J’ai seulement ouï dire qu’elle sortait de la ville non loin de la Porte Cælimontane et que son cours faisait tourner quelques moulins à farine ; mais parce qu’une rente annuelle, tantôt élevée, tantôt minime, est annexée à ces charges, elles se vendent plus ou moins cher. »

    Sur le plan de la Rome antique reconstitué par Rodolfo Lanciani (1870), l’Aqua Marana est une petite rivière qui coule d’est en ouest pour se jeter dans le Tibre au sud du centre historique de la ville.

  5. Vitry voulait dire que Bartholdus Nihusius (v. note [4], lettre de Thomas Bartholin, datée du 17 juillet 1647) a édité la plupart des ouvrages d’Erythræus, en les faisant imprimer à Amsterdam par Jan Blaeu (v. note  [13], lettre 428), sous les faux noms de Coloniæ Ubiorum, apud Jodocum Kalcovium et socios [Cologne (Colonie des Ubiens), chez Jodocus Kalcovius et associés].

    Cæsius est le qualificatif latin qui désigne la couleur bleu-vert des yeux pers, et bleu se dit blauw en néerlandais.

  6. Iani Nicii Erythræi Epistolæ ad Tyrrhenum [Lettres de Janus Nicius Erythræus à Tyrrhenus] (Cologne, Jodocus Kalcovius et associés, 1645, in‑8o) et tomus posterior [second tome] (ibid. et id. 1649) ; v. note [3], lettre 399, pour Fabio Chigi, pape de 1655 à 1667 sous le nom d’Alexandre vii.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Naudæana 1. Note 23

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(Consulté le 20.08.2022)

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