À Claude II Belin, le 28 octobre 1631
Note [2]

Girolamo Fracastoro, dit Fracastor (Vérone 1483-Caffi, près de Vérone, 1553) avait étudié la physique et les mathématiques, puis la médecine à Padoue. À 19 ans, il y professait la dialectique, lorsque la guerre vint interrompre tout enseignement public. Bartolomeo Alviano, général des troupes de la République de Venise, l’accueillit, et l’attacha à sa fortune. Voulant soustraire Fracastor au tumulte des armées, son mécène lui procura une chaire dans l’Académie de Pordenone qu’il venait de fonder dans le Frioul.

Après la bataille d’Agnadel (14 mai 1509), où les Vénitiens furent complètement défaits par les Français, une épidémie de peste ravagea le pays. Fracastor se retira non loin de Vérone, dans sa maison de Caphi, au pied du mont Baldo, sur la rive du lac de Garde. Il y composa l’ouvrage qui lui a valu l’immortalité :

Syphilis, sive Morbus Gallicus.

[Syphilis, ou le Mal français]. {a}


  1. Rome, Anronius Bladus Asulanus, 1531, in‑4o de 8 feuilles, dédié au cardinal Pietro Bembo (v. remarque 1, note [67] du Naudæana 1) ; Vérone, 1530, in‑4o, pour la toute première édition, sous le titre de Syphilidis, sive de morbo Gallico libri tres [Trois livres de la Syphilide (Histoire de Syphilis), ou du mal français].

    Jacqueline Vons, en collaboration avec Jacques Chevalier, Danielle Gourevitch et Concetta Pennuto, en ont donné une excellente édition bilingue sous le titre de La Syphilis ou le mal français ; Syphilis sive morbus gallicus (Paris, Les Belles Lettres, 2011), qui détaille notamment les corrections apportées par Jules-César Scaliger.


Cette épopée poétique a donné son nom moderne à la vérole : parce qu’il a outragé Apollon (v. note [8], lettre 997), les puissances divines frappent Syphilis, un berger séduisant, d’une maladie douloureuse et hideuse ; à la suite de longues souffrances lui conférant un aspect à la fois repoussant et misérable, Syphilis guérit grâce à un nouveau médicament, le bois de gaïac (v. note [8], lettre 90).

Les mésaventures de Syphilis ne composent qu’une partie de l’ouvrage. On y lit aussi celles d’un jeune Lombard, connu de Fracastor, qui mourut de la maladie : v. note [19] du Borboniana 6 manuscrit. Une lecture attentive du poème ne permet pas de connaître l’opinion exacte de son auteur sur l’antiquité de la syphilis en Europe (v. note [9], lettre 122). Il l’y a néanmoins décrite comme répandue en Italie par les armées françaises.

Fracastor a fort heureusement complété ses allégories poétiques par un extraordinaire traité en prose : De sympathia et antipathia rerum liber unus ; De contagionibus et contagiosis et eorum curatione liber tres [Un livre sur la sympathie et l’antipathie des choses ; Trois livres sur les contagions, et les maladies contagieuses et leur traitement] (Venise, 1546, in‑4o pour la 1re édition). Ce livre capital énonce clairement que la vérole est un mal nouveau (morbum novum, v. note [19] du Borboniana 6 manuscrit), ce qui reste discuté ; mais bien plus et avec une netteté inouïe, il met en avant la contagion comme mécanisme en jeu dans la propagation de ce que Fracastor a le premier appelé des infections : maladies provoquées par la transmission de particulæ minimæ et insensibiles [particules minuscules et imperceptibles] (v. note [6], lettre 7) ; il fut le premier à donner leur sens moderne à ces deux mots et à propager les conceptions nouvelles qu’ils portaient, pour en tirer des recommandations prophylactiques. Voilà ce que Guy Patin tenait pour de ridicules « qualités occultes » prônées par le plus brillant génie médical de la Renaissance. On a malheureusement plus admiré les jolis vers de sa Syphilis que la fécondité de ses observations et de ses déductions pathologiques.

V. notes :

  • [57] du Naudæana 1 pour la douteuse anomalie faciale congénitale (microstomie) qui aurait affecté Fracastor, et pour son amitié avec Jules-César Scaliger ;

  • [19], première notule {d}, du Borboniana 6 manuscrit pour la 3e édition de ses Opera omnia [Œuvres complètes] (Venise, 1584).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 28 octobre 1631. Note 2

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(Consulté le 06.10.2022)

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