L. 7.  >
À Claude II Belin,
le 4 novembre 1631

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Monsieur, [a][1]

J’ai reçu la vôtre, belle et longue, de laquelle je vous remercie bien humblement, comme aussi de la thèse de M. Du Chemin, [1][2][3] de laquelle je vous ferai faire copie et vous l’enverrai, pour rendre à M. Du Chemin [4] l’apothicaire à qui je baise les mains ; duquel je vous prie savoir s’il n’en a point d’autres, de l’assurer aussi que, quand il aura affaire de celle de deçà[2] laquelle il me veut bien céder par votre moyen, je lui renverrai aussi. Ma pensée de votre colère était fondée sur ces mots, Numquam sus Minervam docebit[3][5] lesquels me semblaient injurieux en quelque façon, quocumque sensu acciperentur ; [4] mais je vois bien, et l’ai bien cru par ci-devant, que ce n’était non plus votre dessein que mon désir. C’est pourquoi, à cela près, nous demeurerons, s‘il vous plaît, en bonne intelligence, amoto omni fuco et omni subdola cavillatione[5] J’avais peur que vous ne trouvassiez pas bon ce que je vous avais mandé assez librement et brièvement de mon avis en ma première lettre, où je vous répondais de peste et contagio ; [6][6] mais n’y pensons plus, je vous prie. Ma terreur a été en cela panique et ombrageuse, suivant de près mon naturel, < moi > qui n’ai toujours peur d’offenser ou de n’honorer assez les gens de mérite qui m’obligent de les aimer, comme vous êtes et me faites. Quant à Fernel, [7] mon opinion a été de ce grand personnage, depuis que je l’ai pu connaître, qu’il mérite le premier lieu entre les modernes ; sed homo fuit, nec humani ab eo alienum nihil fuisse existimare debemus, præsertim in suis morbis formæ, quos primus voluit constituere, et quorum potissima ponebat remedia ab occultis qualitatib. agentia, quæ tamen vana sunt ac irrita : quib. in locis manifeste admodum in Galeni reprehensionem incurrit, dum cuivis rationem quærenti nihil aliud reponit quam ignotas voces, aut abditas qualitates. Et utinam minus leviter in hoc peccasset vir tantus, abindeque causam non præbuisset tot ciniflonibus ex fanatici Paracelsi grege in plebem sævientib. qui tanti viri nomine, crassam suam inscitiam turpiter tuentur atque defendunt[7][8][9][10][11][12] Pour la thèse [13] que je vous ai envoyée de la peste, [14] je l’estime beaucoup et vous prie de croire que je n’en donne qu’à mes amis. [8] M. Hieraulme [15] est mort dès l’an 1628, le 26e de juillet, et cette année, nous en sont morts six, savoir MM. Robin, [16] Bonier, [9][17] Charles, [10][18][19] Complainville, [20] Quiquebœuf [21] l’aîné, [11] que pouvez avoir connu, et M. Frey, [22] qui est mort de sept charbons de peste. [12][23] Quant aux Institutions de Sennertus, [13][24] n’en donnez point, si voulez, la peine à Monsieur votre frère. [14][25] Mandez-moi seulement de quelle impression vous les voulez : ou d’Allemagne, qui est plus belle et plus chère, ou de Paris, qui coûtera quelque peu moins. Je suis tout prêt de vous l’envoyer sans que d’autres en aient de la peine, puisque je puis faire cela. Le Paré des dernières impressions, bien relié, vaut huit livres, sans rien rabattre[15][26] Il est augmenté, en cette dernière, d’un nouveau traité des fièvres, qui a été ajouté sur la fin du livre, et fait par un médecin, intus et in cute mihi nosco[16][27][28][29] sans y avoir mis son nom ; lequel est très bon. Le dernier La Framboisière, [30] qui est aussi bien augmenté, et de bonnes choses, vaut au dernier mot 6 livres 10 sols[17] Pour Vallambert, de variolis[18][31] je l’ai reçu et vous en remercie ; il n’est pas mon homme. On fait ici une paix fourrée avec les apothicaires, [19][32] de laquelle il s’imprimera quelque chose que je vous enverrai aussitôt avec un catalogue des docteurs vivants. [20][33] Pour < la > copie de vos ordonnances, vous m’obligerez de me la donner. Pour le Prosper Martianus, [34] médecin de Rome qui a commenté l’Hippocrate, [21][35] c’est un livre assez bon, mais bien plus rare ici que nécessaire, vu qu’il fait le docteur en l’explication de certains textes où il n’a entendu que le haut allemand. [22] Je crois qu’il n’a jamais été guère employé à la pratique, vu qu’il fait le subtil en la découverte de certains remèdes qui sont peu de chose. Je prise bien davantage les petits commentaires de Foesius, [36][37] qui sont remplis d’une mâle et solide doctrine, tant en théorie qu’en pratique. [23] Néanmoins, je ne veux mépriser Martianus, ex voto laudandum censeo[24] et en userai librement jusqu’à ce qu’il en soit venu un autre qui ait mieux fait que lui, comme feraient une vingtaine de vieux chirons que nous avons ici, [25] desquels les principaux sont MM. Seguin, [38] les deux Cousinot, [26][39][40][41][42] M. Nic. Piètre, [43][44] qui en a lui seul plus oublié que jamais Martianus n’en a su, MM. Bazin, [27][45][46] Guérin, [47] Du Chemin, qui est une bonne tête et de présent près de la reine mère, [28][48][49][50] en Flandres, [29][51] en qualité de premier médecin, [52] MM. Chartier, [53] Des Gorris, [54] La Vigne, [55][56] Barralis, [57] M. Moreau, [58] notre doyen, savant homme et forte tête, qui litteratam multorum senectutem evicerat adhuc adolescens, et annorum cursum animo præverterat[30] Au reste, j’ai à vous prier d’avoir pour recommandé un honnête homme de cette ville, malade à Troyes, [59] nommé M. Tisserand, [60] si par hasard c’est vous qui le traitez. Il est beau-père d’un honnête homme de peintre qui est logé céans avec moi, nommé M. Quesnel, [31] lequel tient les deux chambres où vous m’avez fait l’honneur de venir une fois pour y être mal reçu. [32][62][63] J’ai de présent tout le logis, savoir, le premier étage, la salle et une grande étude tout joignant, à votre service, comme aussi tout ce qu’il y a dedans. Le peintre tient tout le reste que je n’ai pu occuper. Je vous prie de me recommander à M. Du Chemin l’apothicaire [64] et à ses autres thèses. Vive, vale, et nostri memor esto, dum [65][66]

   Capitoli immobile saxum
Accolet, imperiumque pater Romanus habebit
[33][67]

Je suis et serai toujours, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur,

Patin.

Ce 4e de novembre 1631.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 4 novembre 1631

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(Consulté le 21.09.2019)