Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 5

Note [3]

Cassii Iatrosophistæ Naturales et medicinales quæstiones lxxxiiii, circa hominis naturam et morbos aliquot, Conrado Gesnero medico Tigurino interprete, nunc primum editæ. Eædem Græce, longe quam antehac castigatiores, cum Scholiis quibusdam… [Soixante-quatorze questions naturelles et médicales de Cassius l’Iatrosophiste sur la nature de l’homme et quelques maladies. Publiées pour la première fois dans la traduction de Conrad Gesner, médecin de Zurich (v. note [7], lettre 9). Les mêmes en grec, plus correctes qu’auparavant, avec quelques notes…] (sans lieu [Zurich], ni nom [Jacobus Gesnerus], ni date [1562], in‑8o, latin et grec, e-rara, Zentralbibliothek Zürich ; première édition à Paris, 1541). Cassius l’Iatrosophiste est un « philosophe médecin » gréco-romain d’identité incertaine, décrit comme contemporain de Celse (ier s. de notre ère). Il est parfois confondu à tort avec Cassius Felix, écrivain du ve s., originaire de Numidie, probablement médecin, et l’auteur d’un abrégé en latin des savoirs médicaux grecs antiques concernant les maladies et leurs traitements, intitulé De Medicina, dont Anne Fraisse a procuré une édition (Les Belles Lettres, Paris, 2002), avec mes remerciements à Jacqueline Vons (v. note [4], lettre latine 474) qui m’a procuré ce renseignement.

Le problème xxx de Cassius l’Iatrosophiste (dont le livre pourrait être apocryphe) se trouve pages 13 vo‑14 ro :

Cur in declinationibus gravium morborum magna ex parte fiunt parotides, quas et Dioscoros vocant aliqui, [a fausto nimirum indicio] quod solutio ægritudinum instet ? Notum est in gravibus morbis appetitionem intercipi. Roborati vero iam ægri magis appetere incipiunt, et cum alimento copiosius utantur, maxillæ moventur, ex quarum motu dum cibum dividunt et mandunt, inflammatio nascitur, et eius impetuoso retro aures illapsu parotides efficiuntur.

[Pourquoi certains appellent-ils Dioscures les parotides qui apparaissent principalement au cours des maladies graves, disant (par heureux présage) qu’elles annonceraient la résolution du mal ? Il est notoire que les affections graves ôtent l’appétit ; mais quand les patients reprennent des forces, ils retrouvent l’envie de manger ; et comme ils s’alimentent plus copieusement, ils remuent les mâchoires pour couper et mastiquer la nourriture ; il en découle une vive inflammation dont la localisation, derrière les oreilles, provoque les parotides].

La scholia [note] de Gesner (pages 61 vo‑62 ro) porte sur Dioscuros vocant [appellent-ils Dioscures], disant des parotides :

Ab eo scilicet, quod morbi solutionem instare significent, sicut et Castores seu Dioscuri dictæ stellæ cum geminæ apparent, in aliqua navis parte, prosperi cursus prænunciæ habentur, etc. Vide Plinium lib. 2. cap. 37 vel nostrum de rebus noctu lucentibus libellum.

[La raison de leur survenue est qu’elles indiquent le début de la résolution de la maladie ; comme, quand apparaissent, en quelque endroit d’un navire, Castor et Pollux, {a} ou les étoiles jumelles qu’on appelle les Dioscures, on les tient pour les présages d’une heureuse traversée, etc. Voyez Pline, livre ii, chapitre xxxvii, {b} ou notre petit livre de rebus noctu lucentibus]. {c}


  1. Un feu Saint-Elme (v. supra note [2]).

  2. V. infra note [4].

  3. Chapitre intitulé De Stellis Castoribus [Les étoiles de Castor], pages 6‑10 de l’opuscule de Gesner « sur les choses qui brillent la nuit » (Zurich, 1555, v. note [11], lettre 322) ; attestant de la perplexité alors suscitée par les phénomènes électromagnétiques, on y lit, à propos du feu Saint-Elme (page 7) :

    Fit autem hic ignis in infima aeris regione, ex fumo pinguiore ac inflammabili, qui frigiditate aeris nocturni cogitur atque densatur. Incenditur autem ex concursu duarum contrarium qualitatum, quæ inter se pugnant. Vapor enim calidus est, et aer nocturnus frigidus. Concurrunt autem tantisper, donec hac agitatione vapor incendatur. Figitur autem pilis antennis ve navium propter ejus gravitatem, ubi tantisper hæret, donec incendii materia fuerit absumpta, Hæc Milichius. Quod si (ut ipse opino, et eruditorum plerique) per antiperistatin hæ flammæ ardent, non ex concursu duarum qualitatum, eas oriri proprie dicemus : neque enim inter sese utrinque obviæ tanquam aperto Marte concurrunt : sed fugit ceditque intra se altera, minus minusque loci subinde occupans, urgente undiquaque et obsidente eam foris altera tanquam hoste. Sic erinaceus non concurrit cum vulpe, quo se infirmiorem sentiat, sed in globum contractus suis munitur aculeis. Et exhalatio inclusa, sua iam densitudine tutior est. Inflammatur vero motu externo, ut ferrum impulsum ad silicem licet quiescentem, scintillas elicit.

    [Ce feu provient d’une vapeur fort épaisse et inflammable, que la froidure de l’air nocturne accumule et condense dans la couche inférieure de l’air. L’éclair est provoqué par la rencontre de deux qualités contraires qui s’affrontent : la brume qui est chaude, et l’air de la nuit qui est froid. L’une et l’autre s’entrechoquent jusqu’à ce que cette agitation enflamme la vapeur. Sa pesanteur l’attire sur les pointes des javelots ou sur les vergues des navires, où elle stagne jusqu’à s’y embraser, comme a dit Milichius (Jacob Milich, 1501-1559, naturaliste allemand). Si, comme il le pense, ainsi que de nombreux savants, ces flammes s’allumaient par antipéristase (antagonisme de deux actions), et non par la rencontre de deux qualités, nous dirions qu’elles naissent d’elles-mêmes, à proprement parler : elles ne seraient pas le fruit d’une lutte ouverte où elles s’affrontent l’une l’autre ; mais il s’agirait d’une poursuite, où l’une fuit l’autre, en occupant de moins en moins d’espace, l’une pressant et acculant l’autre de toutes parts comme un ennemi ; tout comme le hérisson n’affronte pas le renard, parce qu’il se sait moins fort que lui, mais se met en boule pour se protéger de ses piquants, échappant à la mort en se ramassant sur lui-même. En vérité, c’est un mouvement externe qui donne naissance au feu, comme le fer qui, bien qu’inerte, engendre une étincelle quand il est frappé par le silex].


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 5, note 3.
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(Consulté le 10.05.2021)

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