L. 32.  >
À Claude II Belin,
le 16 novembre 1636

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Monsieur, [a][1]

J’ai jusqu’ici attendu de faire réponse aux deux vôtres pour vous mander la reddition de Corbie, [2] de laquelle on vient de nous assurer et pour laquelle on chantera demain sans faute le Te Deum à Notre-Dame. [1][3][4] On continue le livre de M. Martin, [5] duquel je vous donnerai avis quand il sera fait. [2] Je vous prie de croire que quand je prise ce vieux Martin, c’est à cause de son mérite premièrement ; et puis après, par une obligation particulière que j’ai à sa mémoire, laquelle votre bonne affection envers moi me permettra de vous dire : feu mon père [6] étant en cette ville député pour notre pays, y tomba malade, l’an 1601, d’une fièvre continue [7] et échut à avoir M. Martin pour médecin ; lequel ne voulut prendre de lui aucune récompense restituta valetudine[3] lui disant qu’il ne prenait jamais d’argent de plus pauvres que lui quand ils étaient gens de bien, comme il le tenait pour tel. Cela lui acquit une rente d’un pâté de venaison qui lui a été payé tous les ans jusqu’à sa mort ; mais cela n’empêche pas que je ne prise fort vestratem Martinum, in cuius iactura [4][8] j’ai perdu un bon ami, et qui m’aimait extrêmement. Je l’ai quelquefois gouverné assez particulièrement et ai consulté quelquefois avec lui. [5][9][10] Huit jours avant le malheur fatal qui lui ôta la vie, je lui avais fait signer une consultation [11] pour un gentilhomme qui avait la pierre ; [12] et lui donnant un écu d’or que j’avais reçu pour lui, il me témoigna tant de ressentiment d’affection et d’amitié pour moi que je l’ai toujours extrêmement regretté ; ce que je ne ferais pas moins quand je ne l’aurais pas connu particulièrement, vu qu’au jugement de tous nos anciens, il était le premier de l’École entre ceux de son âge. M. Piètre [13] même, notre ancien, [14] que je tiens comme un oracle, et qui de soi est parcus laudator[6] me l’a maintes fois haut loué et fort extollé. Quiescat igitur uterque Martinus, quorum memoriam apud me nulla ætas, nulla unquam delebit oblivio[7] Pour Monsieur votre beau-frère, [8][15][16] il m’est extrêmement recommandé, comme me sera aussi tout ce qui me sera adressé de votre part. Je l’en ai assuré et lui confirmerai quand il voudra. Je vous prie d’en assurer M. Sorel, [17] son père, et de le remercier à mon nom de la peine qu’il a prise de m’écrire ; auquel je fais aussi un petit mot de réponse pour l’assurer que son fils m’est fort recommandé et qu’il a tout pouvoir sur moi. M. Mégard [18] m’a adressé cette semaine passée une consultation pro epileptico adolescente Trecensi, dicto Michelin[9][19] Je lui ai fait ample réponse ; je vous prie pourtant de ne lui en rien dire s’il ne vous en parle le premier, vu qu’il ne m’a nullement parlé de vous. Ex eius epistola et consilio, facile suspicor atque coniicio eum esse virum bonum, minime malum[10] Je vous baise très humblement les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

Ce 16e de novembre 1636.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 16 novembre 1636

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(Consulté le 03.04.2020)