L. 33.  >
À Claude II Belin,
le 18 janvier 1637

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Monsieur, [a][1]

Je ne sais par où je dois commencer cette lettre : ou à vous remercier de votre beau pâté, [2] ou à me réjouir avec vous et vous congratuler de la nouvelle amie qu’avez faite. [3][4] Utrique vestrum omnia læta faustaque precor. Si tu gaudes et ego tecum gaudeo. Erit mihi tecum hæc congratulatio κοινη ut παντα τα των φιλων. Gaudeo tibi contigisse quod paucis contigit, ut bonam bonis prognatam, divitem, formosam sis nactus. Quare unum tum beatiorum potes dicere : itaque hoc unum enixe cupio, [5]

Omnis ut tecum meritis pro talibus annos
Exigat, et pulchra faciat te prole parentem
[1]

Je voudrais bien savoir quelque bonne nouvelle de ce pays pour vous mander, mais nous ne sommes pas si heureux que d’en savoir. Le jeudi 8e de ce mois, on joua ici à l’hôtel de Richelieu une comédie qui coûta 100 000 écus, quod notandum in ista qua versamur temporum difficultate ; [2][6] et le lendemain, vendredi 9e, entre sept et huit < heure  > du matin, la rigueur de la saison joua une rude tragédie sur l’eau, qui fit enfoncer plus de cent bateaux [7] de la Grève, [3][8] chargés de vin, de blé, d’avoine, de poisson, de bois et de charbon, qui est un malheureux désastre pour les pauvres marchands. On met ici de nouveaux impôts [9][10][11][12] sur ce qu’on peut, entre autres sur le sel, le vin et le bois. J’ai peur qu’enfin on n’en mette sur les gueux qui se chaufferont au soleil et sur ceux qui pisseront dans la rue, comme fit Vespasien. [4][13] On dit ici qu’il y a eu sédition à Marseille, [14] et quelques maisons pillées. Dii meliora[5][15] Le commentaire de feu M. Martin [16] sur l’Hippocrate avance fort ; [6] j’espère que nous l’aurons ce carême. On s’en va ici imprimer de nouveau les préfaces et les poésies de M. Jean Passerat, [17] qui olim fuit vestros, nimirum Trecensis, vere nobilis, flos delibatus populi Suadæque medulla[7][18]

Toutes ses préfaces sont extrêmement bonnes, mais j’en prise particulièrement deux, savoir celle de Ridiculis, et de Cæcitate[8] dans la première desquelles graphice depictus legitur grex Loyoliticus[9][19] On parle ici d’un emprunt que veut faire le roi [20] sur toutes les bonnes villes de France, et que Paris y est taxé pour sa part à douze cent mille livres, et les autres à moins, chacune selon son pouvoir ; mais il me semble que ce n’est point argent prêt, tant pour les villes de la campagne que pour Paris même, quelque richesse qui semble y avoir ; car c’est chose horrible de savoir l’incommodité et la pauvreté qui se rencontrent partout ; et plût à Dieu que le roi sût par la bouche d’un homme de bien le malheureux état de son royaume et la disette de son peuple ; il y donnerait infailliblement tout autre ordre qu’il ne fait. Il y a quelques mois que M. Duret, sieur de Chevry, [21] président des comptes, qui était fils de Louis Duret, [22] qui a commenté les Coaques d’Hippocrate, [10][23] mourut en cette ville, le troisième jour après avoir été taillé de la pierre ; [11][24][25] pour lequel on a fait l’épitaphe que verrez au dos de la présente. [12] Je vous baise très humblement les mains, et à Madame votre femme, et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 18e de janvier 1637.

Épitaphe du président de Chevry

Ci-gît qui fuyait le repos,
Qui fut nourri dès la mamelle
De tributs, tailles, [26] impôts,
De subsides et de gabelle ;
Qui mêlait dans ses aliments

Du jus de dédommagements,
De l’essence du sol pour livre. [27]
Passant, songe à te mieux nourrir,
Car si la taille l’a fait vivre
La taille aussi l’a fait mourir !


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 janvier 1637

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(Consulté le 13.11.2019)