L. 394.  >
À Charles Spon,
le 9 mars 1655

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Monsieur, [a][1]

Ce 6e de mars. Depuis ma dernière laquelle fut du mardi 2d de mars, je vous dirai que le roi [2] est revenu de Saint-Germain. On dit qu’il ira la semaine prochaine au Palais pour divers nouveaux édits, [3] entre autres pour une nouvelle Chambre mi-partie, [1][4] laquelle on mettra en quelque ville du ressort du Parlement de Paris et laquelle sera souveraine, comme un petit parlement nouveau. On dit aussi que le roi ne passera point les fêtes de Pâques à Paris, mais qu’avant icelles il s’en ira à Fontainebleau. [5] Le bonhomme M. Riolan [6] vient de sortir de céans, que je n’avais point vu depuis mardi. Il m’a dit qu’il s’ennuyait de ne m’avoir point vu depuis quatre jours. Il m’a demandé un livre dont il avait besoin, qui est le Proœmium mathematicum Petri Rami[2][7] Il déplore fort l’injustice et l’iniquité du siècle auquel Dieu nous a réservés, et est tout mécontent de tant de désordres qui se commettent aujourd’hui partout. Il m’a dit que pendant Pâques, si sa santé lui permet, il veut composer des mémoires sur la réformation du Collège royal[8] qu’il donnera à M. l’évêque de Coutances [9] afin qu’il s’en serve, et que cela aille selon l’avis des anciens qui en savent plus de nouvelles que lui qui n’est directeur de ce Collège que depuis un an.

On a imprimé en Hollande la vie de Melanchthon, [10] in‑12o[3][11] Je viens de recevoir une grande thèse [12] en placard imprimée à Lyon novissime apud Ant. Galien ; [4] elle a été soutenue par un certain Lud. Gaudefroy [13] d’Orléans, [14] sous M. Meyssonnier. [15] Je crois bien que vous avez vu la thèse, mais je vous prie de me mander quel âge a ce M. Meyssonnier et quelle espérance il y a qu’il devienne jamais sage.

Avez-vous ouï dire que l’on imprime à Genève in‑fo, en trois volumes, toutes les œuvres de Paracelse ? [5][16] Se peut-il faire qu’il y ait des presses au monde pour les misérables œuvres d’un si méchant homme et pour de si misérables livres ?

Voilà que je viens de délivrer au frère de notre M. Moreau [17] le marchand, qui s’en va trafiquer à Lyon, un petit paquet pour vous, dans lequel vous trouverez de la seconde thèse [18] de mon Carolus, [19] cinq exemplaires, pour vous et vos quatre collègues, s’il vous plaît, MM. Gras, Guillemin, Falconet et Garnier ; et un certain libelle intitulé Alethophanes contre les antimoniaux, [20] dans lequel vous trouverez le Pithœgia réimprimé et par après, une défense du même poème, sous le titre de Pithœgia vindicata[6] Je vous avertis que ce livre est si rare que je n’ai vu du tout que celui même que je vous envoie, qu’un docteur de mes amis m’a envoyé, après l’en avoir très intimement prié, afin de vous le faire tenir par cette occasion qui se présente. Je ne doute point que l’on n’en ait fait plusieurs exemplaires qui pourront être distribués, mais on ne les distribue pas encore hardiment propter metum Iudæorum[7] Les commissaires du Châtelet [21] marchent et font des enquêtes par les imprimeries pour découvrir qui en peut être l’auteur. [22] Je suis bien assuré qu’ils ne le sauront point de moi. Surtout, cachez bien le vôtre, habeas tibi [8] et ne le montrez à personne. J’espère qu’il m’en viendra, comme à beaucoup d’autres qui n’en ont pas encore, et qui sommes du bon parti, par la grâce de Dieu. Le temps nous apportera encore autre chose : il y a encore des gens de bien qui travaillent sur le même sujet et à même dessein, contre ce poison et contre l’impudente témérité de ceux qui en ont si notablement abusé qu’il en est, Dieu merci, tout décrié. Nous en aurons quelque jour un beau livre en latin dans lequel sera contenue une très ample révélation de beaucoup de mystères de ceux qui ont voulu mettre ce poison en crédit, et où toute la cabale de Vautier, [23] Guénault, [24] des Fougerais [25] et autres bourreaux antimoniaux sera amplement découverte. On vend ici, et aussi achète-t-on, les charges de la Maison de la reine future, on dit que des Fougerais a traité de celle de premier médecin de ladite dame. [9] Si M. Huguetan l’avocat [26] est à Lyon, je vous prie de lui faire mes très humbles recommandations, j’ai grand regret que je ne lui aie dit adieu. J’espère que ce sera M. Ferrus [27] qui vous rendra la présente. Je me recommande à vos bonnes grâces et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 9e de mars 1655.

Je vous supplie de faire rendre au plus tôt ces deux incluses.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 9 mars 1655

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(Consulté le 06.12.2019)