L. 414.  >
À André Falconet,
le 30 août 1655

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Monsieur, [a][1]

Je vous remercie de votre dernière et de la continuation de votre amitié. Le livre de M. Riolan [2] contre Pecquet [3] sera bientôt achevé. [1] On dit que Pecquet menace de dire bien des injures à M. Riolan, c’est signe qu’il n’aura guère de raisons de reste. [2] Je montrai votre lettre à M. Guillemeau. [4] M. Riolan s’en va faire une nouvelle édition de son Encheiridium anatomicum et pathologicum in‑8o [5] augmenté d’une quatrième partie, et même de plus si sa santé le lui permet, et cela sera fort bon. [3] La peste [6] continue d’être bien forte à Leyde. [7] Comment se porte M. Choulier [8] le jeune, que vous a-t-il dit de moi, putasne perventurum ad bonam frugem, tam mollem, adeo despondentem adolescentem ? [4]

Je vous remercie du quatrain de Nostradamus, [9] que plusieurs m’avaient ici montré. Ce n’est pas d’aujourd’hui que les fous prophétisent, sans ce qu’ils feront ci-après. Tout ce qu’a fait ce Nostradamus ne sont que des rêveries et des rébus de Provence. Je trouve fort bon ce distique que vous m’avez cité contre lui, mais il est un peu autrement dans le recueil des vers du propre auteur, et meilleur ce me semble :

Nostra damus, cum verba damus, nam fallere nostrum est :
Et cum verba damus, nil nisi nostra damus
[5]

Qui pensez-vous être l’auteur de ce quatrain ? Les huguenots, [10] entre autres Frid. Spanheim [11] in Dubiis evangelicis[6] qui est un très bon et curieux livre, l’attribuent à Théodore de Bèze, [12] mais cela n’est pas ; le vrai auteur en est un Carolus Utenovius, [13] des poèmes duquel on trouve un petit recueil que j’ai céans. C’est le même nom de celui à qui le grand Buchanan [14] a dédié son Franciscanus et fratres fraterrimi[7]

Nous attendons ici des nouvelles de Pavie, [15] mais on dit qu’elles ne seront pas à notre avantage. Des Anglais et de la flotte d’Espagne dans l’Amérique [16] septentrionale, il n’y a encore rien de certain. On dit que le roi [17] doit aujourd’hui aller à La Fère [18] y revoir la reine [19] pour se réjouir de ses nouvelles conquêtes avec elle et entre autres, des prises de Condé [20] et de Saint-Ghislain ; [21] que delà, il ira à Compiègne [22] où le duc de Mantoue [23][24] se rendra et où l’on fera de belles comédies. [8] Le désordre est grand en Pologne où trois provinces se sont révoltées, et le roi de Suède [25] y est entré avec 50 000 hommes. [26] Toto sævit Mars impius orbe[9][27] Je vous baise mille fois les mains et suis de toute mon âme, Monsieur, etc.

De Paris, ce 30e d’août 1655.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 30 août 1655

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(Consulté le 20.11.2019)