À André Falconet, le 30 août 1655, note 7.
Note [7]

  • V. note [11], lettre 65, pour George Buchanan (mort en 1582) et ses deux poèmes contre les moines : Franciscanus [Le cordelier] et Fratres fraterrimi [Les frères très fraternels].

  • Carolus Utenhovius (Karel van Utenhove, Gand 1536-Cologne 1600), humaniste flamand, protestant et polyglotte, a séjourné dans divers pays (Flandres, France, Allemagne, Angleterre, Suisse). Il a publié quelques ouvrages, dont les :

    Caroli Utenhovii F. patricii Gandavensis, Xenia, seu ad illustrium aliquot Europæ hominum nomina, Allusionum, (intertextis alicubi Ioach. Bellaii eiusdem argumenti versibus) Liber primus. Ad Elizabetham Sereniss. Angl. Franc. Hib. etc. Reginam.

    [Offrandes de Carolus Utenhovius, le fils, {a} gentilhomme Gantois, ou premier livre de distractions sur les noms de quelques illustres personnages d’Europe (auxquelles ont été mêlés ici et là aux vers de Joachim Du Bellay portant le même titre). {b} Dédié à Élisabeth, sérénissime reine d’Angleterre, de France, d’Irlande, etc.] {c}


    1. Son père portait le même prénom que lui.

    2. Paris, 1569, v. note [40] du Borboniana 10 manuscrit.

    3. Sans lieu ni nom ni date, in‑8o, dédicace à la reine datée de Bâle, le 1er janvier 1568.

    Les poèmes de ce recueil sont principalement latins, mais aussi grecs et hébreux ; le distique intitulé Mich. Nostradamus y figure à la page 108. Ces Xenia ont été reliés avec le Franciscanus et fratres de Buchanan (édition de Bâle, Thomas Guarinus, 1568, in‑8o), en même temps que les Variorum poematum Silvæ [Silves de divers poèmes] d’Adrien Turnèbe (v. note [20], lettre 392) et de Michel de L’Hospital (v. note [3], lettre 102), et les Varia carmina [Poèmes divers] de Jean Dorat (v. note [30] du Borboniana 7 manuscrit).

  • Les Franciscanus et fratres de Buchanan sont dédiés à Carolo Utenhovio F. [Carolus Utenhovius, le fils] :

    Censor meorum carminum Uthenovi, meos
    Commendo fratres hos tibi,
    Fratres quidem fraterrimos : hoc est malos,
    Crassos, ineptos, garrulos.
    Tu necte, plecte, cæde, fac gemant suis
    Variata terga funibus.
    Sin pectus illis non sit insanabile,
    Medentis ut ferant manum,
    Unus mederi poteris, artes cui suas
    Indulsit uni Delius,
    Sic ut profunda conditum caligine,
    Ab usque lethæis vadis
    Nonnum evocaris, graviter iratis sua
    Parcis retexi stamina :
    Et jus Latinæ civitatis et togæ
    Resuscitato indulseris :
    Et qui latebat ante squalidus situs
    Grajisque vix notus suis,
    Cultu Latino nunc superbus ambulans
    Vates vetustos provocat.
    Hunc suscitare qui potueris mortuum,
    Fors et meos fraterculos
    Sanare penitus si minus queas, tamen
    A fauce mortis erues.
    Nec id laboro delicato in ocio
    Ut suaviter curent cutem.
    Satis superque est si maligne victitent,
    Pannis et annis obsiti,
    Laceri flagellis, aridi, famelici,
    Quæ vita digna est fratribus,
    Diuque vivant et pœnas luant diu,
    Mortemque timeant, et velint
    .

    [À toi, le censeur de mes poèmes, cher Utenhove, je recommande mes frères, des frères certes très fraternels, c’est-à-dire méchants, grossiers, idiots, braillards. Attache-les, punis-les, frappe-les, fais que leurs dos bigarrés gémissent sous les coups de leurs propres cordes. Si leur cœur n’est pas incurable, qu’ils endurent la main du médecin, et seul tu pourras soigner. À toi seul en effet Apollon {a} a accordé son art, et tu as ainsi fait sortir jusque des bas fonds infernaux un moine {b} enseveli dans de profondes ténèbres, dont les Parques sérieusement irritées avaient dévidé la quenouille : {c} et tu as rétabli le ressuscité dans le droit de la cité latine et de la toge ; {d} et celui qui gisait crasseux et connaissant à peine le grec, se pavane désormais avec orgueil dans le raffinement latin et défie les antiques poètes. Toi qui as pu ranimer ce trépassé, si tu es capable d’en guérir de moins atteints, peut-être tireras-tu aussi mes petits frères de la gueule de la mort. Dans ma voluptueuse oisiveté je ne travaille guère à les soigner agréablement. C’est bien assez qu’ils survivent chichement, chargés de haillons et d’années, {e} déchirés par les fouets, décharnés, faméliques. Cette existence est digne des frères : qu’ils vivent longtemps ainsi et subissent de longs châtiments ; qu’ils craignent donc la mort et la désirent de tout cœur]. {f}


    1. Ici surnommé Delius (le dieu de Délos), Apollon était maître de la médecine, entre maintes autres attributions ( : v. note [8], lettre 997.

    2. Buchanan passait de ses anciens frères à sa propre personne, car il avait lui-même été « moine » (nonnus). Il en a clairement fait l’aveu dans son autobiographie (Vita ab ipso scripta, v. note [25] du Borboniana 6 manuscrit), rédigée à la troisième personne : {i}

      Inde cum in Galliam ad pristina studia redire cogitaret, a Rege est retentus, ac Iacobo filio notho erudiendo præpositus. Interea pervenit ad Franciscanos elegidion per ocium ab eo fusum, in quo se scribit per somnium a D. Francisco solicitari, ut eius ordini se adiungat : In eo cum unum aut alterum verbum liberius in eos emissum esset, tulerunt id homines mansuetudinem professi aliquanto asperius quam patres tam vulgi opinione pios ob leviculam culpam decere videbatur. Et cum non satis iustas iræ suæ immodicæ causas invenientem, ad commune religionis crimen, quod omnibus quibus male propitii erant intendebant, decurrunt. Et dum impotentiæ suæ indulgent, illum sponte sua sacerdotum licentiæ infensum acrius incendunt, et Lutheranæ causæ minus iniquum reddunt.

      [Ensuite, comme il envisageait de reprendre ses précédentes études à Paris, le roi le retint et l’établit précepteur de son fils bâtard Jacques. {ii} Ce fut alors que parvint aux franciscains la petite élégie qu’il avait composée, où il écrivait que, dans un rêve, saint François l’avait incité à rejoindre son Ordre. {iii} Y étant entré, comme il avait trop librement proféré un ou deux propos à leur encontre, ces hommes, qui professent hautement la mansuétude, prirent cela plus sévèrement que ne semblaient le devoir des pères que la commune opinion tient pour si pieux. Comme il ne trouvait pas de raisons suffisantes pour justifier ses emportements déraisonnable, ils aboutirent à l’accuser de médisance ouverte contre la religion, conformément à leur manière d’attaquer tous ceux qui n’ont pas été bienveillants à leur égard. S’abandonnant à leur impuissance, ils s’enflammèrent tout naturellement contre celui qui s’était attaqué à leur Ordre sacerdotal, et le rendirent moins hostile à la cause luthérienne]. {iv}

      1. Reprise dans les Poemata, pages 6‑7 (Amsterdam, 1641, v. première notule {a}, note [11], lettre 65).

      2. Buchanan, né en 1506, avait étudié à Paris de 1520 à 1522. Il y retourna de 1528 à 1537 pour y mener une brillante carrière universitaire. De retour en Écosse, Jacques v, roi d’Écosse, lui confia l’instruction de son fils naturel, Jacques (James) Stuart (1531-1570), comte de Moray en 1562.

      3. Buchanan pourrait avoir plus tardivement dévoyé son elegidion pour en faire la pièce intitulée Somnium [Le Rêve], qui ridiculise l’image de saint François d’Assise dans les Fratres fraterrimi [Frères très fraternels] (Poemata, page 308).

      4. Ce passage, dont l’authenticité n’est pas contestée, ne laisse planer aucun doute sur l’admission de Buchanan chez les franciscains (même s’il semble ne pas y être resté très longtemps). Il aide en outre à comprendre sa volubile hargne contre les moines : il ne les connaissait que trop bien.

      Buchanan voulait marquer la profonde indigence de son esprit et de ses ressources (bien qu’il fût gradué de l’Université de Paris et précepteur d’un prince écossais…), et dire à Utenhovius sa gratitude de l’avoir aidé à en sortir (en l’aidant notamment à changer de religion).

    3. Promis à une mort prochaine (arrivé au bout de son rouleau) : v. note [31], lettre 216, pour la quenouille des Parques.

    4. L’honneur : la toge était l’habit du citoyen romain.

    5. Térence, L’Eunuque, vers 236.

    6. Ces vers n’ont, à ma connaissance, jamais été traduits en langue moderne : ma version réclame donc la bienveillance des latinistes plus chevronnés que je ne suis.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 30 août 1655, note 7.

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(Consulté le 25/02/2024)

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