À Charles Spon, le 2 mars 1655
Note [20]

« Danès, Turnèbe, [Jacques] Charpentier, les deux Duret [Louis et Jean] ».

Pierre Danès (Danesius, Paris 1497-ibid. 1577), élève de Guillaume Budé et de Jean Lascaris, fut le premier qui occupa la chaire de grec au Collège royal (1530-1535). En 1546, il fut envoyé par François ier au concile de Trente (v. note [4], lettre 430) et y fit un discours qui eut un grand succès. Henri ii le nomma évêque de Lavaur en 1557 et précepteur du dauphin (G.D.U. xixe s.).

Adrien Turnèbe (Turnebus, originellement Tournebœuf ; Les Andelys, Normandie 1512-Paris 1565) fut l’un des plus ardents promoteurs de la Renaissance. Après avoir terminé ses études à Paris, il devint professeur à l’Université de Toulouse, grâce à la protection de son ami Odet de Châtillon, alors archevêque de ce lieu. Appelé à Paris en 1547, il fut successivement titulaire des chaires de littérature grecque (1547), puis d’éloquence (ou philosophie) grecque et latine (1561) au Collège de France. En 1552, il avait reçu le titre d’imprimeur du roi pour le grec. Montaigne, qui avait suivi ses leçons, lui a rendu ce beau témoignage (Essais, livre 1, chapitre xxv) :

« C’était l’âme la plus polie du monde. Je l’ai souvent à mon escient jeté sur propos éloignés de son usage. Il y voyait si clair, d’une appréhension si prompte, d’un jugement si sain, qu’il semblait qu’il n’eût jamais fait d’autre métier que la guerre et les affaires d’État. Ce sont natures belles et fortes. »

Turnèbe fut un adversaire des jésuites naissants, dont il disait : « Ils refusent l’obole de l’écolier, mais ils savent capter des milliers d’écus ; ils refusent un salaire légitime, mais ils dépouillent les pauvres ; ils courent après les grosses pièces et voilà pourquoi ils méprisent les petites. » Turnèbe a surtout rendu service aux lettres, en formant de nombreux disciples par ses leçons et en aplanissant par ses commentaires et par ses traductions les difficultés que présente l’étude des auteurs de l’Antiquité. Ses commentaires et ses traductions, publiés d’abord séparément, ont été réunis dans un recueil qui contient, avec ses Adversaria (v. note [2], lettre 1019), tout ce qu’il a écrit (G.D.U. xixe s.).

V. notes :

  • [50] du Borboniana 3 manuscrit pour pour les Adriani Turnebii Opera [Œuvres d’Adrien Turnèbe] (Strasbourg, 1600), publiées par son fils Étienne, conseiller au Parlement de Paris ;

  • [59][60] du Faux Patiniana II‑4 pour un complément biographique et bibliographique sur Turnèbe.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 2 mars 1655. Note 20

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(Consulté le 02.10.2022)

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