L. 427.  >
À Hugues de Salins,
le 25 novembre 1655

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Monsieur, [a][1]

Ce 20e de novembre. Pour faire réponse à la vôtre datée du 6e de novembre et que je n’ai reçue que depuis deux jours, je vous dirai que je vous ai écrit il n’y a pas longtemps, et ut mihi constat ex indice meo[1] du 5e de novembre. [2] Je ne lairrai pourtant pas de vous répondre. Votre garçon apothicaire me rendit votre lettre et m’employai pour le placer ; ce que j’eusse fait pour lui à cause de vous s’il fût retourné, mais je ne l’ai point vu depuis. Vos raisons sont toutes bonnes contre les lavements [3] d’oxycrat : [4] adde quod est semper suspectus aceti usus, propter medicationem qua pollet, adversus intestina et alias partes membranosas ; [2] et même les vinaigriers nous gâtent le vinaigre, [5] en le faisant trop chaud et trop fort, acetum enim nostrum valde distat ab aceto Galeni[3][6] Scorbut est vox Danica, est morbus lienis a forti obstructione cum oris fœtore, gengivarum corruptione, et ulceribus crurum ; [4][7] c’est le scélotyrbe [8] et le stomacacé [9] d’Hippocrate, [5][10][11] Sennert [12] en a fort bien écrit. [6] On ne voit guère ce mal que là où se boivent de mauvaises eaux, ex aquarum bonitate incolarum salubritatem coniiciebat Plato ; [7][13] on n’en voit point ici, aussi l’eau de Seine [14] est-elle fort saine. Plures Germani de eo scripserunt : Wierus, Reusnerus, Ronsseus, Eugalenus, Martinus, Brucæus, Sal. Albertus, Langius, Horstius, et alii : sufficiat tibi Sennertus[8][15][16][17][18][19][20][21][22][23]

Si morbos nosce volueris, lege diligenter Fernelium, lib. 5 et 6 Pathol ; [9][24] et à mesure qu’il s’en présentera quelqu’une in operibus artis[10] relisez-la dans la Méthode particulière de M. Riolan [25] le père, dans Houllier, [26] dans le troisième livre des Institutions de Hofmann, [27] dans Sennert. [11] Laur. Hofmannus, de vero usu et fero abusu medic. Chymic. [12][28] n’est pas mauvais, sed ipse author nihil habet ex quo accedat ad Casp. nostrum Hofmannum, virum πολυμαθεσατον. [13] Fernel a le mieux écrit que pas un de luis veneræ natura[14] et surtout de ses signes, hormis qu’il haïssait le mercure, [29] quem usus tandem probavit[15][30] Fallope [31] est bon aussi. [16] Faites des lieux communs en une main de papier et y écrivez peu de chaque chose en renvoyant toujours à l’auteur qui en a le mieux écrit. Le grand Sennert est un bon indice de lieux communs. Le conseil de Heurnius [32] n’est pas mauvais. [17]

Je me souviendrai du Decas medica Porti [33] pour vous s’il se rencontre. [18] On n’a rien fait en notre Faculté depuis le livre de M. Perreau contre l’antimoine [34][35] qui a été trouvé fort bon ; [19] mais M. Riolan [36] a fait un in‑8o contre Pecquet et Pecquetianos [37] qui est très excellent, et le meilleur qu’il ait jamais fait. [20] Les antimoniaux ont le nez cassé et leur poison < est > tout à fait décrié, même ils en sont honteux et en ont de la vergogne.

Qu’est devenu votre M. de La Curne ? [38] M. Gassendi [39] est ici mort le 24e d’octobre. Le même mois nous avons perdu deux des nôtres, savoir MM. Des François [40] et Chasles. [41]

Je baise très humblement les mains à Messieurs vos père et frère, comme aussi à mademoiselle votre femme.

Le roi [42] est ici venu une fois voir la reine sa mère, [43] et deux jours après s’en retourna. Cinq jours après, le Mazarin [44] y est venu, il en partit dimanche dernier, 21e de novembre, et le roi y est arrivé le mardi 23e de novembre. [21] Ces petites et fréquentes visites font croire qu’il y a quelque défiance, qui est un commencement à plus grands désordres : aliquod negotium perambulans in tenebris, inter secreta Principis annumerandum. Arcanus Regis non licet scrutari : si rimeris, frustra erit, nec ideo assequeris. Dii illius principatum dedere, nobis obsequii gloria relicta est. Nos viles pulli, nati infelicibus ovis, etc[22][45][46][47]

Ce 24e de novembre. On dit que le roi s’en va demain à Compiègne [48] y trouver le Mazarin qui l’y attend. L’affaire de M. d’Hocquincourt [49] n’est pas accordée, il demeure dans sa félonie. Je ne sais s’il en sera bon marchand, il fait dangereux de se jouer à son maître. [23] On parle ici de faire transférer l’Assemblée du Clergé [50] hors de Paris et de l’envoyer à Soissons [51] ou à Senlis. [52] J’ai depuis peu traité ici un jeune homme de 18 ans, de fort bonne maison, il a 400 000 livres de beau bien et est orphelin ; [53][54] il eut la fièvre cum vomitu et affectu soporoso ; prædixi variolas, ad quarum eruptionem promovendam[24] il fut saigné [55] cinq fois ; inter eruptionem[25] trois fois, et encore quatre fois post eruptionem, propter febrim perseverantem ; [26] il a été ensuite bien purgé[56] tandem convaluit[27] J’en ai eu 20 louis d’or, mais il n’a pris ni bézoard, [57] ni eaux cordiales, [58] ni confection d’alkermès [59] ni d’hyacinthe, [60] ni aucune drogue arabesque. [61] L’apothicaire n’en a demandé que 15 livres pour ses parties : bel exemple pour ceux qui putant in tali morbo non esse secandam venam ; ne sistatur Naturæ conatus, et retrocedat impura illa materia ab habitu corporis ad centrum[28]

Je me recommande à vos bonnes grâces et à celles de tous nos bons amis de par delà, et suis de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Guy Patin.

De Paris, ce jeudi 25e de novembre 1655.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 25 novembre 1655

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(Consulté le 08.12.2019)