L. 557.  >
À Hugues de Salins,
le 18 avril 1659

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Monsieur, [a][1]

Ayant ici la commodité de M. Condaut [2] pour vous faire tenir mes lettres, voilà que je vous écris afin que vous sachiez de mes nouvelles de deçà. On commence à Lyon une nouvelle édition des Annales ecclésiastiques de Baronius en latin : ce sont douze volumes in‑fo que l’on peut relier en six gros tomes. Le Cardan en fera sept, [3] mais il n’est pas encore commencé. On y achève l’Histoire de Savoie en deux tomes in‑fo de M. Guichenon, [4] c’est celui qui a fait l’Histoire de Bresse[1] M. Diodati, [5] savant médecin de Genève, [6] s’en va faire imprimer un tome curieux et élégant Observationum medicarum in‑4o[2] On y a achevé d’imprimer un recueil de Thèses latines de plusieurs ministres de Sedan, [7] savoir de Pierre Du Moulin et Rambour, Cappel, de Beaulieu [8][9][10][11] et autres ; ce livre sera bien curieux et contiendra quantité de bonnes choses. On imprime à Bâle [12] un grand herbier de Gaspard Bauhin [13] qui aura plusieurs tomes, le premier se vend ici. [3] On imprime à Francfort un tome de lettres latines Casp. Hofmanni et Thomæ Reinesii[4][14][15][16] deux habiles hommes. Ce dernier est médecin du duc de Brunswick, [17] qui vescitur aura ætheria, nec adhuc vitalibus occubat umbris[5][18] Ces lettres se répondront les unes aux autres, quæ ideo Græcis dicuntur amœbææ[6] J’ai céans un livre fort savant de ce Th. Reinesius, intitulé Variæ lectiones, in‑4o, qui est fort bon. [7] Iac. Primerosius, [19] médecin français qui demeure en Angleterre, a fait imprimer depuis peu un traité de Febribus in‑4o qui est fort bon. Nous avons déjà de lui plusieurs autres traités, de vulgi Erroribus in medicina, Encheiridium medicum practicum, Ars pharmaceutica, de Morbis mulierum, Disputatio fundamentorum medicinæ Fort. Vospcii Plempii ; mais il en promet en bref beaucoup d’autres, je pense que ce sera une Méthode particulière. [8] M. Melchior Sebizius en fait imprimer une à Strasbourg, [9] laquelle ne sera pas dans l’ordre ni dans la façon ordinaire. On imprime ici la Biblia Maxima[20] laquelle fera 18 volumes in‑fo[10][21] On y a depuis peu achevé les Mémoires de M. de Castelnau de Mauvissière [22] en deux volumes in‑fo, lesquels contiennent plusieurs particularités des temps et du règne de Charles ix[23] de Henri iii [24] et de Catherine de Médicis. [25] Nous aurons à la Saint-Jean l’Histoire du cardinal de Richelieu [26] en trois tomes in‑fo, où il y aura bien du mensonge et de l’imposture. Les trois premiers tomes de l’Histoire de feu M. le président de Thou[27] traduits en français par M. Du Ryer, [28] sont achevés. Ce troisième finit à la mort du roi Charles ix, le reste fera cinq autres tomes, à la version desquels on travaille. M. de Marolles, abbé de Villeloin, [29] a depuis peu fait imprimer son Lucrèce traduit, qu’il a fort changé et amendé ; [11] il avait auparavant donné le Lucain, le Virgile, le Martial, le Plaute, le Catulle, le Tibulle et Properce, l’Horace. Maintenant il fait imprimer le Térence, et Sénèque le Tragique ; après quoi il a dessein de travailler sur l’Ovide (il entend Les Fastes), après quoi il n’y aura plus guère que le Claudian à traduire. Son Juvénal a déjà été imprimé trois fois. Le P. Morin, [30] père de l’Oratoire [31] qui est mort depuis peu per stibium[12] faisait imprimer un grand œuvre in‑fo qui est Disquisitiones biblicæ, dans lequel on verra une histoire fort curieuse de tous les rabins qui ont jamais écrit ; ce sont les docteurs de la loi de Moïse, mais gens ignorants, præter Rabbi Mosem Maimonidem[13][32] L’impression ne peut être achevée qu’au mois d’août prochain. Nous aurons dans peu de temps le deuxième tome des Lettres de M. Costar[33] archidiacre du Mans, qui est un fort savant homme et qui écrit des mieux en français. Nous avons ici M. Merlet, [34] un de nos anciens, qui s’en va faire imprimer un petit livre de Cauteriis et Paradoxum de tussi ; après quoi, il dit qu’il donnera ses Commentaires sur les Histoires épidémiques d’Hippocrate[14][35] On imprime à Rome le Ciaconius de vitis pontificorum Rom. et cardinalium : [15][36] par ci-devant ce n’était qu’un tome in‑fo assez gros, mais cette édition en aura quatre ; c’est un jésuite, qui continue et augmente ce dessein. M. Vander Linden fait imprimer à Leyde Meletemata medica et travaille à l’augmentation de son livre de Scriptis medicis pour en procurer bientôt une nouvelle édition, laquelle sera fort augmentée. [16][37][38] On imprime en Angleterre une Bible latine[39] laquelle contiendra sept tomes in‑fo avec les commentaires de plusieurs et meilleurs théologiens réformés, comme la Biblia Maxima de Paris sera composée des commentaires des meilleurs théologiens catholiques. Ioanus Rhodius Danus[40] qui demeurait à Padoue, [41] nous faisait espérer un Cornelius Celsus [42] de sa façon, avec plusieurs émendations et commentaires sur cet auteur par le moyen des manuscrits qu’il avait trouvés et tirés des bibliothèques d’Italie, mais je pense que nous n’aurons rien et que tout sera perdu : j’ai vu ici depuis peu un homme qui vient de Padoue, lequel m’a dit qu’il l’avait laissé moribond et fort vieux. [17]

Ce 12e d’avril. On parle fort ici de la paix [43] et dit-on, qu’elle est sur le bureau, mais tout en est incertain. Ceux qui ont pouvoir de la faire sont les mêmes qui ont plus d’intérêt à faire et à continuer la guerre, et qui disent comme M. de Guise, [44] qui fut tué à Blois [45] l’an 1588, qui était le chef de la Ligue, [46] Par la guerre nous vient le crédit et le bien[18] Si nous n’avons paix ou trêve dans trois semaines, le roi d’Espagne [47] est mal en ses affaires car sa flotte n’est pas venue, et n’a point d’argent ; les Portugais et les Anglais sont allés au-devant d’icelle avec une grande flotte. Si l’empereur [48] ne lui prête grand secours pour se défendre contre nous en Flandres, [49] il est en danger d’en perdre l’été prochain encore trois ou quatre bonnes villes, et entre autres Ostende ; [50] car en ce cas-là, les Anglais nous aideront encore, comme ils firent l’an passé. Le roi de Suède [51] continue la guerre contre le roi de Danemark [52] et le siège qu’il avait mis devant Copenhague ; [19][53] les Anglais sont pour lui et les Hollandais pour le roi de Danemark, qui tous deux ont envoyé des flottes sur la mer Baltique, chacun pour leur parti. Le pacha d’Alep [54][55] est toujours révolté contre le Grand Turc, [56] son maître, qui en est fort empêché dans Constantinople. [57] Il y a eu entre eux une grande bataille, que ce pacha a gagnée et où 40 000 Turcs sont demeurés sur la place. [20] Si ce pacha continue ses conquêtes, il est à craindre pour le Turc que ce grand État ne se démembre et que chaque gouverneur n’en prenne sa part, comme se fit autrefois dans la division de l’Empire romain. Tempus edax rerum, tuque invidiosa vetustas Omnia destruitis. Mors etiam saxis marmoribusque venit[21][58][59] Les Vénitiens ont quelque trêve avec le Turc par cette grande guerre ; mais ce qui fait croire que l’État du Turc est en grand danger, c’est que le roi de Perse [60] s’est déclaré et a armé contre lui, en faveur de ce pacha d’Alep qui a quant et soi un jeune prince à qui il prétend que l’État du Grand Turc appartient. Entre eux soit le débat.

Je viens de rencontrer MM. Du Prat [61] et Sorbière [62] près du Pont-Neuf. [63] Ce sont deux de mes anciens amis que je ne sais si vous connaissez. M. Sorbière m’a dit qu’il s’en va faire imprimer un gros in‑4o de Lettres françaises, dans lesquelles seront contenues plusieurs curiosités des veines lactées, des vaisseaux lymphatiques, des méats chylifères, de la circulation du sang, de la saignée, laquelle il n’approuve guère ; mais il n’importe, il n’en sera jamais le juge ; et comme autrefois il m’a écrit quelques lettres lorsqu’il demeurait à La Haye [64] en Hollande, il m’a dit qu’il y en aurait quelques-unes à moi en vertu de notre ancienne connaissance. [22][65]

On achève ici en deux tomes in‑4o un beau Voyage de Moscovie et de Perse, qui est une traduction de l’allemand, fait par un certain Olearius. [23][66] M. de Wicquefort [67] en a fait la traduction et de plus, a un grand ouvrage entre ses mains, savoir l’Histoire d’Allemagne en quatre tomes in‑fo[24] On parle ici d’une certaine Histoire de Chalon-sur-Saône faite par un jésuite nommé le P. Perry, [68] in‑fo[25] je ne doute pas qu’il n’en vienne à Paris dès qu’elle sera achevée. On réimprime ici en deux tomes in‑fo toutes les Œuvres de M. de La Mothe Le Vayer[26][69]

On parle ici de la paix ou de la trêve, mais le tout en est incertain : il n’y a que Dieu et ceux qui tiennent sa place en terre qui en sachent ce qui en arrivera. Je vous baise bien humblement les mains, à mademoiselle votre femme, à Monsieur votre père, à Monsieur votre frère, et aliis illis bonis viris qui favent rebus nostris ; [27] et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 18e d’avril 1659.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 18 avril 1659

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(Consulté le 19.10.2019)