L. 796.  >
À André Falconet,
le 14 octobre 1664

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Monsieur, [a][1]

L’électeur de Brandebourg [2] a appelé en son Université de Berlin un savant Hollandais nommé Martinus Schoockius [3] qui a écrit beaucoup de livres. Étant jeune, il enseignait les humanités et ensuite, la philosophie ; il est aussi savant que ces anciens sophistes qui disputaient et écrivaient de tout ce qui se pouvait savoir. Lui et Conringius [4] en Allemagne sont, en cette façon de science et d’écrire, les plus savants hommes de l’Europe. Le P. Théophile Raynaud [5] les passait tous deux car il était jésuite et avait sa théologie romaine et loyolitique en suprême degré dans l’esprit ; mais sans cela et le respect qu’il avait pour ses supérieurs, il était bien capable de s’échapper et d’en faire plus que trois autres en toutes sortes de matières car, outre la doctrine et la merveilleuse mémoire qu’il avait, il donnait à tous ses ouvrages et à tous ses livres un tour de perfection qui n’appartenait qu’à un grand maître. [1]

On fait ici un conte effroyable, et qui me fait peur, d’un certain homme que l’on dit être mort en Hollande depuis environ un an, qui a révélé peu avant que de mourir qu’il était frère de Ravaillac, [6] ce malheureux assassin qui tua notre bon roi Henri iv [7] il y a 54 ans ; [2] que si son frère l’eût manqué, celui-ci était en un autre endroit, qui attendait et cherchait à faire le même coup ; et que ce ne fut point par ressentiment de religion ni par impulsion des Espagnols, mais seulement par vengeance, irrités contre ce roi qui avait débauché leur sœur et qui s’était moqué d’elle ; mais je crois que tout ce récit n’est qu’une pure fable, quoiqu’il soit bien malaisé de savoir au vrai la cause qui avait induit ce malheureux assassin à tuer un si bon prince. J’ai ouï dire autrefois que Ravaillac avait été à Milan où le comte de Fuentès [8] l’avait porté à faire ce parricide. [3] J’en ai encore ouï nommer d’autres à Mathieu de Mourgues, [9] abbé de Saint-Germain, qui tint le parti de la reine [10] contre le cardinal de Richelieu [11] tandis qu’elle était en Flandres. M. de Sully, dans le dernier tome de ses Mémoires[12] fait connaître qu’il avait une autre pensée ; [4] mais tout cela sont lettres closes où l’on ne voit goutte et peut-être que l’on n’y verra jamais, et je doute fort si le feu roi Louis xiii [13] a jamais su un si grand secret. Adieu.

De Paris, ce 13e d’octobre 1664.

Je croyais avoir répondu à votre dernière, mais je trouve que j’ai oublié quelque chose : je crois qu’il n’y a aucun remède antiépileptique ; [14] MM. Seguin, [15] Riolan, [16] La Vigne [17] et Moreau [18] étaient de cet avis ; ceux que Crollius [19] et la nation des chimistes [20] vantent pour tels sont des fictions et de pures fables, je n’en excepte ni le gui de chêne, [21] ni le pied d’élan, [22] ni la racine de pivoine, [23] ni autres semblables bagatelles. [5] La guérison d’une si grande maladie dépend d’un exact régime de vivre, avec l’abstinence des femmes, du vin, de tous aliments chauds et vaporeux ; [24] mais il faut la saignée, [25] et la fréquente purgation [26] qui ne blesse pas le cerveau et ne se fasse pas avec des pilules ou des poudres. [27] Il faut aussi quelquefois faire sortir du pus qui est dans le mésentère, [28] le poumon, la partie cave du foie ou l’utérus ; [6] et les paroxysmes ne cessent pas jusqu’à ce qu’une telle humeur soit tirée hors. Fernel [29] a été un grand homme et a rompu la glace sur plusieurs points, mais il a trop peu vécu pour tout savoir et tout dire, il n’a vécu que 52 ans. Les perles [30] ne servent rien là non plus qu’ailleurs, si ce n’est pour enrichir l’apothicaire. [31] Dans le flux de bouche [32] syphilitique, [33] il ne faut pas purger tandis qu’on le veut entretenir ; [7] mais quand il est trop fort ou qu’il le faut arrêter comme après 16 ou 18 jours, particulièrement si les pustules [34] et les ulcères [35] sont desséchés, la tisane [36] laxative y est fort bonne, ou bien le séné [37] avec le sirop de roses pâles [38] ou de fleurs de pêcher. [39] Le flux d’en bas [40] arrête celui d’en haut, la nature ne peut pas soutenir deux mouvements contraires, ses mouvements sont réglés aussi bien que ses forces : celui qui sonne les cloches ne peut pas aller à la procession, je n’ai jamais vu manquer cette méthode. Vale.

De Paris, ce 14e d’octobre 1664.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 14 octobre 1664

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(Consulté le 19.08.2019)