L. 811.  >
À André Falconet,
le 13 février 1665

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Monsieur, [a][1]

Ce 7e de février. Je vous envoyai hier de nos nouvelles par M. Julien, [2] qui est un bon enfant, Parisien demeurant à Lyon, homme tout plein d’affection et de bonne volonté.

Ce 8e de février. On ne parle ici que du nouveau commerce des Indes Orientales, [3] que le roi [4] veut établir, mais il y a bien des gens qui s’excusent d’y mettre leur argent. [1] Je soupai hier chez M. le premier président [5] où il en fut parlé amplement. M. le président de Blancmesnil, [6] son beau-frère (c’est pour lui qu’on fit les barricades [7] avec M. de Broussel, [8] l’an 1648), y survint. Il me fit promettre que j’irais aujourd’hui dîner chez lui, ce que j’ai fait avec mon fils Charles [9] qui est fort en ses bonnes grâces. J’ai été longtemps avec lui, mais il ne goûte point ce nouveau commerce des Indes Orientales et dit qu’il n’y mettra jamais d’argent. La reine mère [10] maigrit, qui est un signe comminatoire et de fâcheux pronostic. [2] Je serais bien fâché qu’elle mourût car elle est bien intentionnée. Elle a bien permis du mal en sa vie, mais elle ne le laissait pas faire, Mazarin abusait rudement de sa facilité. Je prie Dieu qu’elle vive encore longtemps.

Ce 12e de février. M. de Roquesante, [11] conseiller d’Aix [12] à la Chambre de justice, [13] qui parla fort hardiment pour M. Fouquet, [14] reçut hier commandement du roi, par une lettre de cachet, [15] de sortir de Paris et se retirer à Quimper-Corentin, [16] qui est en Basse-Bretagne. [3] Voilà qui ne s’est jamais vu, un commissaire exilé ! Il est pourtant parti, quelque temps qu’il fasse. M. Berryer [17] travaille à terminer les taxes des partisans et de leurs héritiers, qui sont aussi étonnés que des fondeurs de cloches. [4] Le roi veut supprimer la charge d’amiral [18] et donner en récompense le duché de Ponthieu [19] avec le gouvernement de Guyenne. [5][20]

Le bonhomme M. d’Ormesson, [6][21][22] âgé de 89 ans, fut hier taillé [23] pour la pierre. [7] Il a dormi toute la nuit et on espère qu’il en guérira encore. Il le mérite par son extrême probité et sainteté de vie, qui vaut mieux que celle de nos moines. [24] Je vous baise les mains, sans oublier le R.P. Bertet, M. Spon, notre bon ami, et M. Boissat, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 13e de février 1665.

On dit que la reine mère a de cuisantes douleurs, que le cancer [25] est fort ouvert et qu’il en coule du pus abondamment. On a fait venir un médecin de Bar-le-Duc [26] nommé Alliot, [27] qui est un grand charlatan [28] et disciple de Van Helmont ; [29] qualis pater, talis filius[8] mais il n’y a point de Saint-Esprit.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 13 février 1665

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(Consulté le 18.09.2019)