L. latine 341.  >
À Johann Georg Volckamer,
le 13 février 1665

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[Ms BIU Santé 2007, fo 184 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, à Nuremberg. [a][1]

Aujourd’hui, j’ai reçu votre lettre qui en contenait une autre de M. Rolfinck ; [2] je vous réponds brièvement. Dans le paquet que j’ai envoyé à Lyon pour M. Richter, [3] vous trouverez deux opuscules chirurgicaux de Jacques de Marque. [4] S’ils se présentent, vous aurez les autres livres que vous avez nommés dans votre liste ; mais à leur sujet, je voudrais vous avertir que : L’Anatomie française de Gelée [5] est un fort misérable abrégé tiré d’André Du Laurens [6] et de la première édition de Jean Riolan, [7] cousu il y a 54 ans, et dont on ne fait volontairement aucun cas ici ; [1] je vous l’enverrai pourtant si vous en avez besoin. La Chirurgie française de Daléchamps[8] in‑4o, ne se trouve plus ; néanmoins, si elle me tombe [Ms BIU Santé 2007, fo 185 ro | LAT | IMG] sous la main, je la saisirai et vous l’enverrai. Ce livre, entièrement en français, est la traduction du texte grec de Paul d’Égine, sur la chirurgie ; [9] il s’y trouve les annotations de Jacques Daléchamps sur un chapitre, et d’autres annotations anonymes d’un très savant homme, docteur en médecine de Paris, qui était Simon Piètre, [10] qui mourut ici en l’an 1618 ; [2] je vous ai déjà expédié le double traité de Jacques de Marque ; je chercherai le Chirurgien opérateur de Joseph Couillard, [3][11] puis vous le mettrai avec les autres ; je n’ai absolument jamais vu ni entendu parler des Dubitationes Gourmeleni super Opera Chirurgica Parei[12] Je connais pourtant fort bien ces deux auteurs : la Chirurgie d’Ambroise Paré a pour auteur Jean Haultin, [13] docteur en médecine de Paris qui mourut ici en 1616 ; Étienne Gourmelen, [14] contemporain de Paré, docteur en médecine de Paris qui est mort ici en 1593, a été doyen de la Faculté de médecine et très savant professeur royal. [4] J’ai connu deux de ses fils, peu intelligents et fort différents de leur docte père. Votre lettre cite en dernier : M. Jacques Roy, chirurgien du roi, Chirurgie ; je n’entends rien à ces mots, sans doute s’y cache-t-il une erreur, revoyez-en donc le titre. [5][15] Ce que vous appelez du cachou [6][16] se vend ici partout chez les épiciers : c’est un suc d’Inde durci que les gens de la cour utilisent après les repas, pour aider, disent-ils, la digestion et obtenir une haleine agréable ; si vous voulez, je vous en expédierai facilement en passant par notre ami M. Johann Daniel Horst de Francfort, [17] qui m’a même récemment écrit à votre propos ; quand il l’aura reçu il vous le fera volontiers parvenir ; ce sera gratuit si vous l’acceptez de bon cœur. Les Hollandais l’apportent des Indes et l’envoient à Paris, les épiciers en composent des trochisques contre l’enrouement, etc. [7][18] Nous avons ici le Fragmentum Petronii[19] que je ne comprends ni n’agrée : je ne doute pas qu’il s’agisse de quelque texte frelaté et factice : Longe aliter olent catuli quam sues[8][20][21] Je vous ai répondu plus haut pour les livres que le très distingué M. Rolfinck a demandés ; je le salue de tout cœur, il ne faut pas qu’il se soucie de leur prix. Puissent tous les Turcs souffrir de la fièvre hongroise et pestilente qui suffoquerait tous ceux qui nous haïssent. [9][22][23][24][25][26] L’édition du livre français sur la Regum nostrotum Historia par M. de Mézeray, progresse de jour en jour ; [10][27] si vous la voulez, je vous l’enverrai une fois qu’elle sera achevée, mais je vous préviens dès maintenant que ce ne sera pas avant trois mois. Dieu fasse que je puisse avoir la disputation que le très distingué Rolfinck de Usu diaphoreticorum a présidée à Iéna. [11][28][29] J’attendrai patiemment le paquet que vous me promettez, mais joignez-y votre facture, pour que j’en rembourse la dépense à M. Picques. [30] Nous n’avons ici rien de nouveau en nos affaires politiques. On édite à Lyon un opuscule sur la dernière comète, dont l’auteur est un membre de la famille de Loyola. [12][31][32] Indiquez-moi, je vous prie, l’âge qu’ont MM. les très distingués Dilherr, [33] Felwinger [34] et Rolfinck. L’un des nôtres, qui avait cherché la notoriété par divers stratagèmes, vient de mourir ici : [35] expert dans le délire insensé de la chimie, [36] il a tué bien des gens par son antimoine ; [37] à la fin, il est devenu la proie d’un calcul dans la vessie et une cystotomie l’en a libéré [38] (car nos chimistes ne détiennent pas de secrets qui dissolvent la pierre, bien que ceux d’autres pays en promettent) ; ensuite, il est tombé malade d’une fièvre quarte, [39] qui a provoqué une hydropisie ; [40] devenue létale, elle a emporté cet arrogant charlatan [41] et ce vaurien polypharmaque [42] s’en est allé illuc unde negant redire quemquam[13][43] Dans Galien, [44] les empiriques sont polypharmaques. [14][45] Mon défunt collègue n’a pas seulement usé, mais abusé de l’antimoine, de la pierre de Butler, [46] des yeux d’écrevisse, [47] du laudanum opiacé, [48] de la poudre du Pérou, [49] de l’élatérium, [50] de la gomme-gutte, [51] et autres poisons. [15] Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, le 13e de février 1665.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Georg Volckamer, le 13 février 1665

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(Consulté le 25.08.2019)