L. 836.  >
À André Falconet,
le 25 septembre 1665

Codes couleur
Citer cette lettre
Imprimer cette lettre
Imprimer cette lettre avec ses notes

 

Monsieur, [a][1]

On a tué ici un jeune homme, fils d’un président de Grenoble nommé Lescot ; [2] celui qui l’a tué est en prison. Le premier médecin du roi de Danemark, [3] nommé Simon Pauli, [4] qui a ci-devant fait imprimer divers traités, m’a mandé qu’il fait imprimer un livre de abusu tabaci[1][5][6] qu’il m’a dédié, je le recevrai bientôt. Son fils était ici l’an passé un de mes auditeurs. C’est un effet de pure amitié, de gratitude et comme disent les Italiens, de gentillesse. Il me croit meilleur que je ne suis, tant son fils a dit du bien de moi. La Sorbonne [7] est aujourd’hui fort réunie et tous les sujets loyolitiques [8][9] y sont fort abaissés. Les jansénistes y remontent sur leur bête et les jésuites en sont fort éloignés. La Cour y tient la main et pousse contre la prétendue infaillibilité [10] du pape, qui n’est pas aujourd’hui en état de se relever de cette attaque contre trois puissances adversaires qui sont le roi, le Parlement et la Sorbonne. Le roi [11] parle d’une armée de 15 000 hommes de pied et de 10 000 chevaux qu’il va apprêter pour s’opposer à ceux qui se remuent. On augmente chaque régiment d’un tiers, c’est ce qui fait soupçonner la guerre tout de bon.

On dit que la thèse de Sorbonne, laquelle a excité cette question du purgatoire, [12] eût infailliblement été censurée à Rome si Messieurs du Clergé ne l’eussent approuvée comme ils l’ont fait en recevant favorablement la bénigne interprétation qu’on lui a donnée, telle que vous verrez par l’imprimé que je vous envoie. [2] Il y aura bientôt en Sorbonne une grande assemblée dans laquelle on délibérera de faire un nouveau syndic ou de continuer celui d’aujourd’hui, qui est M. Bréda, [13] curé de Saint-André-des-Arts ; [14] on verra là quel crédit de reste y auront les R.P. jésuites. [3] Le roi est attendu ce soir du retour de son voyage ; dans peu il s’en va au Bois de Vincennes [15] jusqu’à la Toussaint. [4] Le dessein est d’y mener la reine mère, [16] laquelle a souvent de mauvaises nuits et des songes fâcheux. C’est un beau petit traité que celui qu’Hippocrate [17] a fait des songes ; vous y trouverez ce que je pense et que je n’ose vous écrire ; on a nettoyé les fossés du château à ce dessein. [5]

On joue présentement à l’hôtel de Bourgogne [18] L’Amour malade. Tout Paris y va en foule pour voir représenter les médecins de la cour, et principalement Esprit [19] et Guénault, [20] avec des masques faits tout exprès ; on y a ajouté des Fougerais, [21] etc. [6] Ainsi on se moque de ceux qui tuent le monde impunément. [22] Si vous saviez en quel état je suis, vous auriez sans doute pitié de moi : j’ai céans les maçons qui m’ont tantôt fait remuer toute mon étude ; [23][24][25] il n’y a presque que les livres de médecine auxquels il n’a point été besoin de toucher, mais je ne sais ce qu’il en sera à l’avenir. Je me console des plaintes que fait Joseph Scaliger [26] en ses Épîtres lorsqu’il se plaint des imprimeurs [27] qui travaillaient à son Eusèbe[7][28][29] Je vous baise les mains et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, ce 25e de septembre 1665.


Écrire à l'éditeur
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Une réalisation
de la BIU Santé
×
     [1] [2]   Appel de note
    [a] [b]   Sources de la lettre
    [1] [2]   Entrée d'index
    Gouverneur   Entrée de glossaire

× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 25 septembre 1665

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0836

(Consulté le 16.10.2019)