L. 881.  >
À André Falconet,
le 18 octobre 1666

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Monsieur, [a][1]

Permettez-moi de vous témoigner la joie que j’ai de votre convalescence, je prie Dieu qu’il vous rende bientôt une santé parfaite. On parle ici d’une chose qui me semble bien étrange, c’est de remettre sus le procès de M. Fouquet [2] et de le faire revenir de deçà pour le juger de nouveau sur des lettres que l’on a recouvrées. Je ne sais si cela s’est jamais fait ; il est vrai qu’un huguenot [3] a autrefois fait un livre intitulé Révision du concile de Trente[1][4] On dit que le roi [5] va demeurer à Saint-Germain-en-Laye [6] pour un mois, c’est-à-dire jusqu’à ce que le gros pavillon des Tuileries soit achevé, auquel on travaille jour et nuit, fêtes et dimanches. [7] On parle ici d’une forêt qui brûle depuis trois semaines près de Bellême-au-Perche, [8] et personne ne peut deviner d’où vient ce feu. [9] Le roi n’a point encore pourvu à la charge de lieutenant civil. Il y a apparence que ce sera M. d’Ormesson, [10] maître des requêtes, fils du défunt. [11] D’autres la donnent à un parent de M. Colbert. [12] Mais qui que ce soit qui l’ait, je crois qu’on ne la donnera jamais avec tant d’autorité qu’elle en a eue jusqu’à présent, car on parle d’établir une Chambre de police à laquelle présideront plusieurs maîtres des requêtes. [2] On parle aussi d’ôter toutes les fontaines des particuliers et de faire établir une si bonne garde toute la nuit par toutes les rues qu’il ne s’y fasse plus de vols ni de massacres. J’ai vu aujourd’hui une maladie qui est assez commune dans les hôpitaux mais qui est bien rare chez les bourgeois, c’est le scorbut, [13] duquel tant d’Allemands ont écrit : Eugalenus, [14] Ronsseus, [15] Horstius, [16] Sennertus, [17] Salomon Albertus, [18] etc. [3] Celle-ci n’en échappera non plus que les autres : morbus est a tota substantia, et vere immedicabilis propter vitium impressum variis partibus ; [4] mais tous les scorbutiques ne sont pas si malades. Quand ils sont confirmés par beaucoup de temps et que le corps en est abattu, je les tiens incurables. [5] Je vous supplie que l’incluse soit au plus tôt et sûrement rendue à M. Anisson. J’attends impatiemment des nouvelles de votre bonne santé et parfaite convalescence. Utinam hoc ipsum optatissimum, cito et per te, propriaque tua manu resciam[6] Je salue toute votre famille et tous nos amis, principalement M. Spon, notre bon ami, et M. Garnier, et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 18e d’octobre 1666.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 18 octobre 1666

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(Consulté le 22.08.2019)