L. 1002.  >
À André Falconet,
le 2 juin 1671

Codes couleur
Citer cette lettre
Imprimer cette lettre
Imprimer cette lettre avec ses notes

 

Monsieur, [a][1]

Il n’y a rien de nouveau à Paris, ni morts, ni malades, c’est une espèce de proverbe ; jamais le peuple ne fut si sain par le moyen de la sobriété que la Chambre de justice [2] y a introduite. On dit qu’il y a eu du bruit entre le pape [3] et la République de Gênes. [4] Il menace cette République d’excommunication, [5] mais c’est une marchandise qui n’a plus de crédit ; terriculamentum puerorum, brutum fulmen [1] qui ne fait du mal que lorsqu’on s’en épouvante mal à propos. Si j’en étais en peine, je m’en rapporterais à ce qu’en pense la République de Venise : [6] ses sentiments durant la guerre de son interdit en l’an 1605 ont ouvert les yeux à bien du monde, [2] et cet exemple devrait bien retenir la Cour romaine de semblables attentats. M. Vallot [7] n’est guère bien, mais il craint si fort que le roi [8] ne fasse prendre sa place à un autre qu’il a mieux aimé hasarder et entreprendre le voyage de Flandre [9] avec lui, comme il a fait depuis huit jours. Dieu soit loué de tout, je souhaite cette place à celui qui l’aura, mais à la charge qu’il s’en acquittera en homme de bien et au profit du maître, à qui je souhaite les années de Nestor. [3][10]

Jamais Paris ne fut si sec ni si avare. Le désordre va jusqu’à la gueuserie : les marchands se plaignent du commerce et des manufactures ; les officiers, du peu d’argent et de la paulette ; [11] le peuple se plaint toujours tant il est bête, omne querulum natura infirmum est[4][12] Une colique bilieuse [13] a retenu pour quelques jours M. Colbert, [14] comme il était en chemin d’aller trouver le roi à Dunkerque. [5][15] On en a demandé ici quelques consultes à divers médecins, [16] mais il n’a pas été nommé ; chaque médecin a eu un louis d’or. On dit que si M. Colbert vient à mourir, il faut dire adieu à toutes les manufactures qu’il a fait établir en France, tant pour les tapisseries et bas de soie que pour ceux d’estame [17] qui se font en plusieurs lieux de France, ce qui fait travailler beaucoup ce petit peuple en diverses provinces. Pour moi, j’ai un intérêt particulier à sa convalescence : outre qu’il a souvent dit du bien de moi et qu’il a augmenté mes gages de professeur royal, [18][19] c’est que j’en attends la liberté de mon fils Carolus [20] car, parce que beaucoup de gens ont cru que c’était lui qui l’a fait persécuter, il a dit quelquefois, même de son propre mouvement, que ce n’était pas lui. Ainsi nous sommes réduits à n’en savoir ni l’accusation, ni l’accusateur ; mais comme je vous ai dit, j’ai bonne espérance que ce grand ministre contribuera à notre bonheur malgré les sollicitations contraires de nos ennemis. [6] Vale.

De Paris, ce 2d de juin 1671.


Écrire à l'éditeur
Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.
Une réalisation
de la BIU Santé
×
     [1] [2]   Appel de note
    [a] [b]   Sources de la lettre
    [1] [2]   Entrée d'index
    Gouverneur   Entrée de glossaire

× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 2 juin 1671

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1002

(Consulté le 16.10.2019)