L. latine 102.  >
À N. de Villedon,
le 20 juillet 1658

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[Ms BIU Santé 2007, fo 71 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. de Villedon, médecin de Sancerre.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous dois écrire depuis longtemps et crains fort que vous n’ayez piètre opinion de moi pour un si long délai entre la réception de votre lettre et ma réponse. Les raisons en sont les épidémies qui ont jusqu’alors sévi chez nos Parisiens, un certain enrouement tout à fait inaccoutumé qui m’a affecté pendant un mois tout entier, [2] et aussi d’autres causes, mais surtout mes leçons publiques au Collège de Cambrai, auxquelles je me suis diligemment appliqué étant donné mon très grand nombre d’auditeurs. [3][4] Excusez donc mon retard, et prenez ses motifs en bonne et juste part. J’honore et admire d’autant plus notre ami François Teveneau qu’il m’a fait faire votre connaissance ; [1][5] mais je n’accepte vraiment pas les immenses louanges dont vous m’avez chargé outre mesure dans votre lettre car je reconnais en être plutôt indigne ; il me suffira bien d’être aimé de vous, que j’honorerai et aimerai en retour. Je n’oserai rien vous promettre de mon Manuale medicum, si je ne retrouve du loisir et ne dispose d’une heureuse santé. [2][6] À la vérité, pour la phlébotomie du pied chez les femmes enceintes, [7] nous ne la prisons guère ici et ne la prescrivons presque jamais ; par nature, la saignée de la veine saphène est un remède abortif, [8][9] comme je me souviens l’avoir jadis entendu dire des hommes très distingués qu’ont été Nicolas Piètre et Jean Riolan ; [3][10][11] mais rien n’est éternel en médecine. De fait, la saignée se montre utile dans les derniers mois de la grossesse en cas de maladie aiguë, sans aucun inconvénient pourvu qu’en étant plusieurs fois répétée aux veines basiliques, [12] elle ait désempli les grands vaisseaux, et qu’on ait évacué cette plénitude qui provoque et échauffe la maladie existante. Je me souviens y être parvenu quelquefois, sans mettre en péril l’enfant ni la mère. Pour ce qui regarde la pleurésie, [13] il est certain que la phlébotomie extirpe aisément l’humeur qui afflue au côté ; [14] si les vaisseaux ne la contiennent plus, je nie qu’on puisse faire revenir dans les vaisseaux, d’où elle a jailli, l’humeur enfermée dans la plèvre ; mais elle s’arrache de là si elle ne s’est pas encore déversée au travers de la substance de la plèvre ou du poumon, en revenant sans doute par les petits vaisseaux vers les grandes veines qu’on a coutume de saigner ; car si elle s’est dispersée dans la substance de ces parties et l’envahit, si l’expectoration ne l’en expulse pas rapidement, elle les détruira indubitablement, en raison de la gangrène qui s’ensuit aussitôt. [4][15]

Je ne trouve rien de surprenant ni d’obscur dans ce qui se lit chez Duret sur les Prænotiones Coacæ, page 186 : [5][16][17] Les fécalomes n’évoluent guère vers la suppuration car leur substance tout entière est emportée et évacuée par les voies qui lui sont ouvertes, savoir en passant par la cavité des intestins ; [6][18] il n’en va pas de même pour ceux qui souffrent des hypocondres, [19] parce que l’humeur qui s’est formée autour des viscères et dans les concavités du foie ne dispose pas toujours des mêmes voies et ne trouve pas d’issue. Soit donc la nature ne résiste pas à la suppuration, avec péril imminent si le pus n’en est pas aussitôt extirpé pour laisser intacte la substance des viscères ; soit elle imprime aux viscères eux-mêmes une destruction qu’aucun secours de notre art ne peut résoudre. Voilà en peu de mots, très distingué Monsieur, ce que je vous répondrais. Dieu veuille que cela vous satisfasse. Portez-vous bien et aimez-moi.

Votre Guy Patin de tout cœur.

De Paris, le 20e de juillet 1658.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À N. de Villedon, le 20 juillet 1658

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(Consulté le 13.11.2019)