L. latine 422.  >
À Heinrich Meibomius,
le 18 février 1667

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[Ms BIU Santé 2007, fo 214 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Heinrich Meibomius, docteur et professeur à Helmstedt. [a][1]

Ô que votre lettre m’a été douce et aimable ! Elle m’assure de votre bonne santé et de votre affection pour moi, bien que je n’aie jamais douté de l’une ni de l’autre ; je vous en sais donc profondément gré. J’avais déjà appris la mort de votre protecteur, prince et mécène des savants ; [2] utinam colligetur anima ejus in fasciculo viventium[1][3] et y reçoive la récompense qu’il a très justement méritée pour son amour envers les savants. Je souhaite que nous arrivent sous de bons auspices et fausto pede [2][4] vos jeunes compatriotes qui pensent venir à Paris et m’y apporter vos présents académiques. Que Dieu fasse réussir leur voyage et leur évite de tomber dans les mains des soldats espagnols qui pillent la Flandre tout entière. Je recevrai certainement avec reconnaissance ce que vous aurez envoyé, mais n’omettez pas de m’en indiquer le prix, je vous le rembourserai sur-le-champ, soit par l’intermédiaire de M. Bec, [5] soit par celui de quelque marchand de Hambourg qui vous le rendra ; ou bien alors, je le verserai à ces jeunes gens qui m’auront apporté votre paquet. Je n’ai pas encore vu votre Georg Engelbert car j’étais absent quand il a déposé votre lettre chez moi ; ne doutez pas qu’à cause de vous, il obtiendra tout ce qu’il me demandera. Il visitera quand il voudra les bibliothèques de nos illustres personnages et je lui serai utile par tout autre moyen en mon pouvoir. Je salue votre collègue Rolfinck, [6] il m’a écrit il y a peu de temps et je lui répondrai plus tard. Je me réjouis fort que Marten Schoock [7] soit en vie et se porte bien, mais Dieu fasse qu’il ne se ruine pas la santé avec tant de labeurs accablants et quasi herculéens. Puisse-t-il vivre encore longtemps pour achever heureusement les travaux qu’il a entrepris, et enfin faire paraître la seconde édition de son livre de Cervisia, qu’il m’a promise. [3][8] Vous me faites grand plaisir en m’annonçant la nouvelle édition du Josephus par Johannes Bosius, professeur à Iéna ; [4][9][10] Joseph Scaliger avait jadis songé à faire de même, s’il avait encore vécu trois ans de plus, mais le destin a mis fin à de si grands projets. [5][11] Samuel Petit, théologien de Nîmes, avait eu la même idée en tête ; pour s’être trop opiniâtré à étudier, il est mort phtisique en Occitanie il y a 20 ans. [6][12][13] Ce savant homme de Normandie, ami de notre Bigot, [14] est Samuel Bochart, qui a écrit de Geographia sacra et qui a publié, voici trois ans en Angleterre, un grand ouvrage de Animantibus sacræ Scripturæ ; [15] j’ignore pourtant ce qu’il nous prépare désormais, tant en raison de son grand âge que du curieux opuscule qu’il a en mains de Paradiso terrestri, qu’il fait depuis longtemps espérer à tous les érudits. [7] Vous connaissez l’adage des Hébreux, cité par notre de Thou, [16] Iuvenes mori possunt, senes diu vivere non possunt[8] Je me réjouis qu’on imprime [Ms BIU Santé 2007, fo 214 vo | LAT | IMG] le livre de Cervisia de votre très distingué père ; Dieu fasse qu’il paraisse vite. [9][17][18] Mes fils vous saluent, [19][20] ainsi que le petit garçon de mon aîné, mon petit-fils, [21] que vous avez vu ici, et que nos trois épouses. [22][23][24] Je salue la vôtre en retour et vous souhaite toute prospérité, à vous et à votre famille. [10][25][26] Nous ne savons rien d’assuré sur notre guerre contre l’Anglais, [27] non plus que sur le Danois, [28] le Suédois [29] et les Hollandais ; [30] et encore bien moins sur la paix avec les Britanniques, comme sur la guerre du printemps prochain aux Pays-Bas espagnols ; [31] quoi que puissent marmonner et murmurer certains des nôtres, qui sont avides de nouvelles, désirent la guerre, et haïssent l’état présent et pacifié de notre nation, qu’ils voudraient tant voir troublée et bouleversée. Quelques politiques spéculatifs, pour ne pas manquer de quoi gazouiller et babiller, imaginent qu’une nouvelle guerre aura lieu l’été prochain dans le royaume de Pologne, pour l’empereur [32] et contre le tsar ; [33] mais je ne les crois pas. [11] M. Hannibal Sehested, [34] ambassadeur du Danemark, est ici mort subitement il y a cinq mois, αποο της φιλολαγνιης ; dignus morte perit qui mortua vivus adorat ; merito suspecta libido est Quæ Venerem affectat sine viribus : Turpe senex, miles, turpe senilis amor ! [12][35][36][37] On publie à Francfort-sur-le-Main [38] de nouveaux traités médicaux de Caspar Hofmann, [39] Doctor incomparabilis, mais je n’en sais encore rien de certain. Pour les livres d’ici, il n’y a rien, hormis les fables auxquelles sont habitués les marchands du Palais, des romans du Palais[13] Si parmi les livres de votre père, vous avez quelque chose contre la thériaque, [40] écrivez-m’en je vous prie. Si vous connaissez un médecin de Lübeck nommé Georg Friedrich Lorenz, [41] vous le saluerez, s’il vous plaît, de ma part. Vivez et portez-vous bien, et aimez-moi.

De Paris, le 18e de février 1667.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Heinrich Meibomius, le 18 février 1667

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(Consulté le 14.11.2019)