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[Ms BIU Santé 2007, fo 246 ro | LAT | IMG]

Cachexie vénérienne
[consultation non datée] [a][1][2][3]

L’affection dont souffre ce noble personnage est considérable et fort dangereuse, et d’autant plus grave que nulle ressource de l’art ne saura probablement jamais restaurer les forces qu’ont brisées et épuisées la longue durée et la malignité de sa maladie, ni lui permettre de reprendre un jour entièrement la bonne gestion de ses affaires. Ce sont les reliquats d’une maladie vénérienne, qu’ont précédée ses émissaires habituels, chancres et gonorrhée purulente. [4][5] Pour les soigner, on a recouru, à maintes reprises et sans modération, aux hidrotiques [6] et aux spécifiques, [7] et une main, qui n’était guère paresseuse, a induit la salivation [8] par la friction mercurielle [9] d’un corps mal tempéré et déjà cacochyme, [10] ce qui a allumé un nouvel incendie dans les viscères. [1][11] C’est de là que, comme d’un cheval de Troie, surgit et pullule aujourd’hui un si grand nombre de symptômes divers ; en particulier une fièvre, authentiquement symptomatique, [12] qui revient chaque jour vers le soir : [13] un suc séreux et atrabilaire [14] l’a engendrée, en se répandant depuis chacune des parties de l’intestin ; elle doit être imputée à leur intempérie ancienne et fixée. La surdité [15] et la gêne à respirer, qui épuisent entièrement sa vigueur, sont les rejetons du mal qui se propage ici et là. Ils vont aussi finir par souiller et détruire les parties les plus éloignées du corps, si l’art et la méthode, Phœbique potentibus herbis[2][16] n’y pourvoient pas, car un monstre à plusieurs têtes se tapit en ce patient ; et il va sous peu piller et dévaster la source et le trésor de sa chaleur innée. [3] Ad cujus belluæ feritatem edormandam[4][17] je pense qu’il faut d’abord avertir le malade qu’il ne lui reste presque aucun espoir de salut, à moins qu’il ne consente à respecter les prescriptions des très doctes médecins qui règlent sa santé. Une fois bien prévenu et mieux disposé à suivre nos avis, je pense qu’il devra se plier à la méthode de traitement que je vais dire ; sinon, dans l’espace d’un trimestre (à partir du moment où j’ai écrit ces conseils que de très savants hommes m’ont appris), la vigueur et la malignité de la maladie auront plongé ce petit corps malade dans un état quasi hectique. [18] Le patient ne doit donc pas avoir d’aversion pour le traitement conforme à la règle [Ms BIU Santé 2007, fo 246 vo | LAT | IMG] (sans quoi, je pense qu’il ne faut rien mettre en œuvre et que nul remède ne doive être entrepris pour lutter contre une si sérieuse affection). Pour parer au plus pressé, il faut commencer par la phlébotomie : [19] dans la mesure où ses forces la tolèrent, on la répétera autant de fois que la gravité de la maladie et l’intensité des symptômes le réclameront ; en quoi nous nous remettons à la sagesse du praticien très expérimenté qui prodigue, jour après jour, ses soins et ses conseils au patient. Après que la nature aura été soulagée et rétablie grâce à ce remède, il faudra en venir à la purgation[20] à l’aide de rhubarbe, [21] de séné [22] et de casse [23] en décoction idoine, à répéter plusieurs fois. Si, dès lors, la nature ravivée reprend de la vigueur et se raffermit peu à peu, le demi-bain d’eau tiède et douce sera fort utile : [24][25][26] il corrigera l’intempérie chaude et sèche du corps tout entier, rétablira l’équilibre des viscères, réprimera la ferveur des hypocondres, [27] procurera le sommeil, et amadouera l’acrimonie du sang, la ferveur et l’incendie des esprits vitaux. Il sera, dis-je, étonnamment efficace si, comme de juste, il est administré avec bonheur, c’est-à-dire en temps et lieu. Quant à ce bain, si la saison est propice, les eaux de Forges [28] conviendront aussi pour le rafraîchir. [5] La médecine ne possédant pourtant aucun remède si efficace qu’il puisse ordinairement procurer de l’aide quand le régime alimentaire lui est contraire ou ne le seconde pas, nos efforts seront vains et inutiles si, dans la mesure de ses forces, le malade ne se conforme pas exactement et parfaitement à la diète que voici : [29] en tout premier, qu’il s’abstienne du vin comme d’un poison, [30] ainsi que te tous les mets aigres, salés et poivrés ; qu’il consomme des bouillons [31] de viande de veau, de mouton et de volaille, préparés et mélangés avec de la laitue, [32] de l’oseille, [33] du trèfle à feuilles pointues, etc., [34] des œufs gobés, de la gelée ; [35] le poulet bien bouilli conviendra aussi parfois au dîner ; qu’il boive de la tisane [36] ou du potus divinus ; [6][37][38] qu’il se repose à la campagne autant qu’il pourra ; qu’il dorme tout son saoul, mais jamais pendant la journée ; qu’il aille à la selle quotidiennement, ou qu’il recoure aux lavements ; [39] qu’il s’abstienne de tout acte vénérien ; [7] qu’il se garde de toute émotion, surtout la colère et la peur. Cela fait et après avoir eu raison des dernières atteintes de son mal, on s’attaquera aux reliquats de sa vieille syphilis avec la décoction de salsepareille et d’autres hidrotiques, [40] dûment mélangés ensemble et bien tempérés ; ensuite, on lui procurera, en confidence, des conseils sur la cause de la vérole et sur son haut degré de gravité. On en viendra ensuite au lait d’ânesse, [41] etc. [8]

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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Consultations et mémorandums (ms BIU Santé 2007) : 14

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(Consulté le 09.12.2019)