À Charles Spon, le 22 février 1656
Note [1]

V. note [50], lettre 101, pour la grande querelle de la grâce divine.

Sous le pseudonyme de Louis de Montalte, Blaise Pascal (Clermont-Ferrand 1623-Paris 19 août 1662) a exposé, à sa façon, les affaires dans sa première Lettre écrite à un provincial par un de ses amis, sur le sujet des disputes présentes en Sorbonne, datée du 23 janvier 1656.

  • La question de fait consistait :

    « à savoir si M. Arnauld est téméraire pour avoir dit dans sa Seconde Lettre qu’il a lu exactement le livre de Jansenius et qu’il n’y a point trouvé les Propositions condamnées par le feu pape ; et néanmoins que, comme il condamne ces Propositions en quelque lieu qu’elles se rencontrent, il les condamne dans Jansenius si elles y sont. […] On propose l’affaire en Sorbonne ; 71 docteurs entreprennent sa défense et soutiennent qu’il n’a pu répondre autre chose à ceux qui, par tant d’écrits, lui demandaient s’il tenait que ces Propositions fussent dans ce livre, sinon qu’il ne les y a pas vues et que néanmoins il les condamne si elles y sont. […] De l’autre part se sont trouvés 80 docteurs séculiers et quelque 40 religieux mendiants qui ont condamné la proposition de M. Arnauld sans vouloir examiner si ce qu’il avait dit était vrai ou faux, et ayant même déclaré qu’il ne s’agissait pas de la vérité, mais de la témérité de sa proposition. Il s’en est de plus trouvé 15 qui n’ont point été pour la censure, et qu’on appelle indifférents. Voilà comment s’est terminée la question de fait, dont je ne me mets guère en peine car, que M. Arnauld soit téméraire ou non, ma conscience n’y est pas intéressée. Et si la curiosité me prenait de savoir si ces Propositions sont dans Jansenius, son livre n’est pas si rare ni si gros que je ne le pusse lire tout entier pour m’en éclaircir sans en consulter la Sorbonne. »

  • Pour la question de droit :

    « elle semble bien plus considérable, en ce qu’elle touche la foi. Aussi j’ai pris un soin particulier de m’en informer ; mais vous serez bien satisfait de voir que c’est une chose aussi peu importante que la première. Il s’agit d’examiner ce que M. Arnauld a dit dans la même Lettre : que la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué à saint Pierre dans sa chute. Sur quoi nous pensions, vous et moi, qu’il était question d’examiner les plus grands principes de la grâce, comme : si elle n’est pas donnée à tous les hommes, ou bien si elle est efficace ; mais nous étions bien trompés. Je suis devenu grand théologien en peu de temps, et vous en allez voir les marques. »

Suivent les consultations contradictoires que l’auteur dit avoir eues avec un jésuite, un janséniste, un dominicain et un docteur de Sorbonne. Il découvre que la querelle de la grâce, c’est-à-dire entre le libre arbitre et la prédestination, tient à une différence si subtile entre les parties qu’« à peine peuvent-elles la marquer elles-mêmes » : c’est avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose, dont nul ne peut ou veut fournir une définition claire.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 février 1656. Note 1

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(Consulté le 15.10.2021)

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