À Charles Spon, le 22 mars 1658
Note [1]

« La plupart des beaux esprits font les esprits forts, qui ne s’étonnent de rien, qu’on ne persuade pas aisément » (Furetière).

Paul Pellisson-Fontanier (Histoire de l’Académie française, 3e édition, 1743, tome ii, pages 12‑13) a relaté la visite de la reine Christine :

« Traversant la France en 1658, elle voulut honorer l’Académie de sa présence, mais sans pompe et sans avoir donné le temps de se préparer à la recevoir d’une manière plus digne, et d’elle, et de l’Académie. Elle choisit un jour ordinaire d’assemblée et ne déclara son dessein que le matin même ; ce qui fut cause que plusieurs académiciens ne purent être avertis à temps et que ceux qui s’y trouvèrent n’eurent rien à lire où la princesse fût intéressée. Alors, l’Académie s’assemblait chez M. le chancelier Séguier, son protecteur. La princesse, en arrivant dans la salle où l’on devait la recevoir, lui demanda tout bas de quelle sorte les académiciens seraient devant elle, ou assis ou debout ? Un d’eux, consulté par M. le chancelier, dit que du temps de Ronsard il se tenait une assemblée des gens de lettres à Saint-Victor, où Charles ix alla plusieurs fois, et que tout le monde était assis devant lui. On se régla là-dessus, de manière que la reine s’étant assise dans son fauteuil, tous les académiciens, sans en attendre l’ordre, s’assirent sur leurs chaises autour d’une longue table : M. le chancelier à la gauche de la reine, mais du côté du feu ; à droite de la reine, mais du côté de la porte, le directeur de l’Académie, suivi de tout ce qu’il y avait d’académiciens selon que le hasard les rangea ; et au bas bout de la table, vis-à-vis de la reine, le secrétaire de la Compagnie. Quand on fut placé, le directeur (c’était M. de La Chambre) se leva pour faire son compliment. Tous les autres se levèrent aussi et l’écoutèrent debout, excepté M. Séguier. Pendant le reste de la séance, qui fut d’environ une heure, ils demeurèrent assis, mais découverts ; et le temps se passa à lire diverses pièces de leur composition, vers et prose. Une chose assez plaisante et dont la reine se mit à rire toute la première, ce fut que le secrétaire voulant lui montrer un essai du Dictionnaire, qui occupait dès lors la Compagnie, il ouvrit par hasard son portefeuille au mot Jeu, où se trouva cette phrase, Jeux de prince, qui ne plaisent qu’à ceux qui les font, pour signifier des jeux qui vont à fâcher ou à blesser quelqu’un. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 22 mars 1658. Note 1

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(Consulté le 23.09.2020)

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