À André Falconet, le 18 janvier 1659, note 1.
Note [1]

« la rate était un viscère hématopoïétique [qui produit le sang] ».

Guy Patin était l’un des neuf examinateurs de la première thèse quodlibétaire de Denis Puilon (fils de Gilbert, v. note [30], lettre 399), le jeudi 9 janvier 1659, présidée par Pierre Le Large : An in sensuum externorum organis sola pars princeps sensum edit ? [Est-ce que, dans les organes des sens externes, seule la partie première engendre la sensation] (conclusion négative). Les huit autres examinateurs étaient François Boujonnier, François de La Chambre, Alain Lamy, Nicolas Le Lettier, Claude Quartier, François Landrieu, Jacques Thévart et Urbain Bodineau.

À moins que Patin ne fût grand expert en l’art de détourner la dispute de son sujet, il est plus vraisemblable qu’il voulait ici parler de la première quodlibétaire d’Antoine de Caen, soutenue le 2 janvier 1659 sous la présidence d’Antoine Morand (dont c’était la première), sur une question nettement plus adaptée à sa remarque concernant l’hématopoïèse : An sanguinis conficiendi munere iecur abdicandum ? [Le foie doit-il être démis de la charge de fabriquer le sang ? (négative)] ; mais le nom de Guy Patin ne figure pas dans la liste des neuf domini doctores disputaturi (examinateurs) imprimée à la fin de cette thèse.

Quoi qu’il en soit des actes parisiens de janvier 1659, les savants médecins s’interrogeaient à l’envi sur les fonctions de la rate, et tout particulèrement sur son rôle dans la transformation du chyle en sang (v. note [26], lettre 152).

  • André Vésale {a} n’affirme pas que la rate est l’organe où se forme le sang, mais conlut sur cette remarque : {b}

    Quod autem vulgo lienem risus authorem esse dicimus, hinc fortassis sumptum esse conjicio, quod crassum, fæculentum, et lutosum sanguinem ad se lien alliciens, reliquum sanguinem agiliorem ac ut ita dicam, hilariorem reddere, omnibus creditum est.

    [Nous disons vulgairement que la rate est la source du rire. Je pense que la raison peut en être que, comme tout le monde croit, en attirant à elle le sang épais, bourbeux, limoneux, la rate rend le reste du sang plus léger et, dirais-je, plus joyeux].

  • Sans s’attarder à ces trivialités, Caspar Hofmann se conforme principalement à l’opinion antique : {c}

    • Pulcherrima hanc in rem est Arist. ratiocinatio 3. Part. 7. Viscera, inquit, aut μονφυη sunt, ut cor : aut διφυη, ut renes : aut επαμφοτεριζουσιν, ut hepar, et lien. Videntur (addit) hæc duo viscera esse μονφυη : videntur vero etiam διφυη esse, hoc est, vicinam quidem, sed non eandem naturam habere. Cæterum explicat se, sermonem sibi esse de iis, quæ lienem habent ; ea vero sunt τα μαλιστ απηκριβωμενα, ea animalia quæ perfectissima sunt. Propter hanc perfectionem (vult dicere) quia hepar solum non sufficit elaborando pro corporis nutritione sanguini, lien κατα συμβεβηκος, per accidens necessarius est.

      [Le plus beau raisonnement sur le sujet est celui d’Aristote, livre iii, chapitre vii : {d} Les viscères, dit-il, sont soit simples, comme le cœur, soit doubles, comme les reins, soit ambigus, comme le foie et la rate. Ces deux viscères, ajoute-t-il, semblent à la fois être simples et doubles, c’est-à-dire être certes de nature voisine, mais non identique. Il s’en explique autrement quand il parle des animaux qui ont une rate car, étant les plus complets, ils atteignent le plus haut degré de perfection, voulant dire par là que cette perfection tient au fait que le foie seul ne suffit pas à élaborer le sang qui est nécessaire à la bonne nutrition du corps, la rate y est accessoirement très nécessaire].

    • Ut igitur hepar per se facit sanguinem, per accidens bilem : ita line per se facit sanguinem, per accidens melancholiam.

      [En sorte que donc, tout comme le foie élabore en soi le sang, et fortuitement la bile jaune, la rate élabore en soi le sang, et fortuitement la bile noire]. {e}


    1. V. note [18], lettre 153.

    2. Chapitre ix, De Liene [La Rate], livre v de humani corporis Fabrica [sur la Structure du corps humain] (Bâle, 1543, pages 513‑514),

    3. Chapitre xxxv, De Liene, livre ii (§ 8 et 15, pages 91‑92) des Institutionum medicarum [Institutions médicales] (Lyon, 1645, v. note [12], lettre 92).

    4. Traité des parties des animaux.

    5. Bel exemple des contorsions acrobatiques auxquelles la théorie humorale contraignait ceux qui ne voulaient pas la mettre en doute. Sans aller jusque là, Patin plaçait l’hématopoïèse dans le seul foie, en se fondant sans doute sur le constat (dont convenait Aristote) que la rate n’est pas un organe indispensable à la vie (v. note [20], lettre 322).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 18 janvier 1659, note 1.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0553&cln=1

(Consulté le 20/05/2024)

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