À Charles Spon, le 12 septembre 1645
Note [10]

Côme et Damien, saints patrons des chirurgiens et des médecins, nés en Arabie au iiie s., pratiquaient l’art de soigner par l’imposition des mains et le signe de la croix. Tous deux exerçaient gratuitement leur talent de guérisseurs miraculeux, ce qui leur valut le surnom d’anargyres (αναργυρος, sans argent). Ils furent martyrisés au nom de leur foi sous Dioclétien.

Ces deux saints tutélaires {a} étaient l’orgueil des chirurgiens de Paris ; {b} Étienne Pasquier, Les Recherches de la France (Paris, 1621), {c} livre ix,pages 862‑863, chapitre xxx, Collège et Confrérie de chirurgiens en la ville, prévôté et vicomté de Paris :

« […] indubitablement, les chirurgiens n’étaient du corps de l’Univesité ; ni pour cela ils n’en furent pas moins prisés par nos prédécesseurs. L’Université fit conscience de {d les recevoir, comme leurs manufactures contenant {e} quelques cruautés. Mais pour se revenger de cet impropère, {f} ils vouèrent leur exercice à la piété, en l’honneur de saint Côme et saint Damien, sous le nom de Confrérie. De là est venu que tous les premiers lundis de chaque mois, après la célébration du service divin en l’église de saint Côme et saint Damien, ils sont tenus de panser gratuitement tous les pauvres blessés qui se présentent à eux et ont besoin de leur industrie. Et au lieu où en la Faculté de médecine les jeunes bacheliers ou licenciés n’ont autres conducteurs de leurs ordres que les anciens docteurs, dont ils choisissent un pour leur présider en leurs actes de bachéleries ou licences, les chirurgiens d’un plus haut appareil {g} reçoivent cet honneur en leur art par les mains de deux officiers du roi, je veux dire par les deux chirurgiens du roi jurés du Châtelet de Paris ; et ce qui me semble le comble ou accomplissement de cet œuvre est que le roi Charles cinquième, lequel nous avons entre tous nos rois particulièrement honoré de la qualité de Sage, non seulement gratifia cet Ordre de la moitié des amendes qui lui seraient adjugées contre ceux qui, pour n’être autorisés du Collège, se mêleraient de cet art ; mais qui plus est, par une singulière et admirable dévotion, voulait être de leur Confrérie, sous la bannière de ces deux saints. Nos itaque, portent les lettres patentes de l’an 1364, {h} singulari ducti devotione ad gloriosos Christi martyres, Cosmam et Damianum, < concedimus et donamus > confraternitatem in honorem dictorum Parisius ordinatam ingressi, medietatem integram emendarum < quarumcumque præstandarum per non approbatos et iuratos practicantes in arte prædicta > etc. » {i}


  1. V. note [2], lettre 801, pour la célébration de leur fête, qui diffère dans les calendriers des églises d’Orient et d’Occident.

  2. V. note [1], lettre 591.

  3. V. note [16], lettre 151.

  4. Il eut scrupule à.

  5. Parce que leur art manuel contenait.

  6. Ce déshonneur.

  7. Grade.

  8. Daté du 19 octobre.

  9. « C’est pourquoi, conduits par une singulière dévotion à l’égard des glorieux martyrs du Christ, Côme et Damien, nous [roi de France] avons pénétré dans la Confrérie établie en leur honneur à Paris, à laquelle < nous cédons et donnons > la moitié intégrale de toutes les amendes < que doivent nous verser les praticiens de l’art susdit qui n’ont pas prêté serment et été approuvés >, etc. »

    Pasquier a intégralement transcrit l’édit du roi Charles v pages 860‑861.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 12 septembre 1645. Note 10

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(Consulté le 29.11.2022)

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