De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1653, note 11.
Note [11]

En citant à nouveau Quintilien (v. supra note [8]), Roland Desmarets permettait au lecteur de connaître sa principale source d’inspiration pour cette partie de sa lettre. Le chapitre viii du premier livre de l’Institution oratoire se termine sur ce vigoureux assaut contre les grammairiens, dont la lecture renforce et enjolive celui de Desmarets : {a}

Persequi quidem, quid quis umquam vel contemptissimorum hominum dixerit, aut nimiæ miseriæ aut inanis iactantiæ est et detinet atque obruit ingenia melius aliis vacatura.

Nam qui omnis etiam indignas lectione scidas excutit, anilibus quoque fabulis accommodare operam potest : atqui pleni sunt eius modi impedimentis grammaticorum commentarii vix ipsis, qui composuerunt, satis noti.

Nam Didymo, quo nemo plura scripsit, accidisse compertum est, ut, cum historiæ cuidam tamquam vanæ repugnaret, ipsius proferretur liber, qui eam continebat.

Quod evenit præcipue in fabulosis usque ad deridicula quædam, quædam etiam pudenda, unde inprobissimo cuique pleraque fingendi licentia est, adeo ut de libris totis et auctoribus, ut succurrit, mentiantur tuto, quia inveniri qui numquam fuere non possunt : nam in notioribus frequentissime deprenduntur a curiosis. Ex quo mihi inter virtutes grammatici habebitur aliqua nescire. {b}

« S’attacher à tout ce qui a été dit par de misérables écrivains serait un excès d’ineptie ou une vaine parade d’érudition, outre que cela embarrasse et surcharge l’esprit, et fait perdre un temps qu’on emploierait plus utilement à autre chose.

Quiconque serait curieux d’étudier toutes ces rhapsodies, indignes d’être lues, pourrait aussi trouver de quoi s’instruire dans les contes de vieilles femmes. Cependant les cahiers des grammairiens sont remplis d’un pareil fatras, et à peine peuvent-ils se reconnaître dans leur propre travail.

On sait ce qui arriva à Didyme, qui poussa si loin la manie des compilations : on racontait devant lui une histoire à laquelle il refusait d’ajouter foi ; pour le convaincre, on lui présenta un livre de lui, qui la contenait. {c}

Mais c’est surtout dans les récits fabuleux que cet abus va jusqu’au ridicule, et même jusqu’à l’effronterie. Comme alors la fiction peut se donner carrière, rien n’arrête un grammairien sans conscience : il va jusqu’à supposer des livres entiers, des auteurs, au gré de son imagination ; et il peut mentir en toute sûreté, bien certain qu’on ne le convaincra pas d’imposture sur ce qui n’exista jamais, tandis que sur des choses véritables on s’expose à être relevé par les érudits. Je mets donc au rang des qualités d’un grammairien d’ignorer certaines choses. » {d}


  1. V. note [3], lettre 34, pour le nom de grammairien qu’on attachait à celui de Joseph Scaliger pour dénoncer les abus de ses commentaires critiques.

  2. J’ai emprunté son excellente traduction française au Quintilien édité par Désiré Nisard (Paris, 1842, page 37).

  3. V. notule {a}, note [25] du Faux Patiniana II‑7, pour le grammairien Didyme d’Alexandrie que Sénèque a dit avoir écrit quatre milliers de livres dénués de tout intérêt.

  4. Mise en italique de la conclusion de Quintilien qui a directement inspiré Desmarets.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1653, note 11.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=9098&cln=11

(Consulté le 13/04/2024)

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