À Charles Spon, le 11 janvier 1650
Note [12]

Anne de Pons de Miossens (vers 1618-1684), née Poussart, était la fille de François Poussart, marquis de Fors et baron du Vigean, et d’Anne de Neufbourg, intendante et confidente de la duchesse d’Aiguillon. Anne était devenue duchesse de Richelieu le 26 décembre 1649 en épousant le duc de Richelieu au château de Trie, près de Gisors. L’affaire s’était conclue au grand dam de toute la cour sous l’influence de M. le Prince. Marthe du Vigean, la sœur cadette d’Anne, avait été la première passion amoureuse de Condé, contrariée par son mariage forcé avec la nièce de Richelieu, Claire-Clémence de Maillé-Brézé en 1641. Marthe était en outre l’intime amie de Mme de Longueville, sœur aînée du prince (dont elle dominait alors l’esprit). Par cette union, Condé désirait faire entrer dans son camp la place du Havre gouvernée par le jeune duc de Richelieu et fort convoitée par Mazarin. Anne avait précédemment été mariée à François-Alexandre d’Albret, sire de Pons et comte de Marennes, mort en 1648, dont elle avait eu un fils. Amie de Mme de Maintenon qu’elle avait aidée dans la période de son dénûment, la duchesse de Richelieu devint dame d’honneur de la reine en 1671, puis de Mme la dauphine en 1680. Après sa mort, le duc se remaria avec Anne-Marguerite d’Acigné (B. Pujo et Y. Coirault).

La jeune veuve n’était pas une inconnue à la cour (Mme de Motteville, Mémoires, page 303) :

« Mme de Longueville avait mis au rang d’une de ses meilleures amies Mme de Pons, fille de Du Vigean et veuve de M. de Pons, qui prétendait être de l’illustre Maison d’Albret. Cette dame était assez aimable, civile et honnête en son procédé. Ce qu’elle avait d’esprit était tourné du côté de la flatterie. Elle n’était nullement belle ; {a} mais elle avait la taille fort jolie et la gorge belle. Elle plaisait enfin par ses louanges réitérées qui lui donnaient des amis ou de faux approbateurs ; et l’amitié que Mme de Longueville avait pour elle lui donnait alors du crédit. L’abbé de La Rivière, depuis quelque temps, s’était attaché à elle par les liens de l’inclination et de la politique ; car, regardant Mme de Longueville comme une personne qui faisait une grande figure à la cour, il crut que Mme de Pons lui pourrait être nécessaire pour sa prétention au chapeau de cardinal. Il trouva donc fort à propos de se faire une amie auprès de cette princesse, qui pût y soutenir ses intérêts et lui servir de liaison pour traiter par elle les affaires qui pourraient arriver. Mme de Pons était fine et ambitieuse autant qu’elle était adulatrice. Elle n’était, non plus que le prince de Marcillac, {b} ni duchesse, ni princesse ; mais feu son mari était aimé de ceux qui se disent de la véritable Maison d’Albret et il lui avait laissé assez de qualité, ou du moins assez de chimère pour aspirer à cette prérogative. Elle demanda au ministre {c} que la reine lui donnât le tabouret ; et l’amitié de Mme de Longueville qui la protégeait, jointe à celle de l’abbé de La Rivière qui fut le négociateur de cette affaire, furent des raisons assez fortes pour lui faire obtenir ce qu’elle souhaitait. »


  1. On la surnommait « la laide Hélène ».

  2. La Rochefoucauld, v. note [7], lettre 219.

  3. Mazarin.

Les noces clandestines du 26 décembre eurent de formidables effets (ibid., page 320) :

« Ce mariage fut fatal à M. le Prince, peu heureux à ceux qui s’épousèrent, douloureux à Mme d’Aiguillon, et nullement utile à Mme de Longueville qui, dans la suite des temps, elle qui l’avait fait, ne trouva pas dans Le Havre le secours qu’elle avait espéré, et il s’en fallut peu enfin qu’il ne causât autant de maux aux Français que celui de Pâris et de la belle princesse de Grèce {a} en fit aux Troyens. Il se célébra à la campagne, en présence de M. le Prince qui voulut y être, et fit ce que les pères et les mères ont accoutumé de faire en ces occasions. La reine fut donc surprise quand elle apprit que ces noces s’étaient célébrées de cette manière. Elle connut aussitôt avec quel dessein M. le Prince en faisait son affaire, et cet événement servit beaucoup à le ruiner entièrement dans son esprit par le conseil du cardinal. Sa perte fut alors résolue, comme d’un prince en qui on voyait de continuelles marques d’un esprit gâté ; mais la reine ne laissa pas de lui faire bonne mine, et le ministre aussi. »


  1. Hélène.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 11 janvier 1650. Note 12

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0214&cln=12

(Consulté le 23.04.2021)

Licence Creative Commons