À Charles Spon, le 21 janvier 1656, note 13.
Note [13]

Ces deux anonymes « libelles diffamatoires » (pour la reine Christine) sont intitulés :

  • Brève relation de la vie de Christine, reine de Suède, jusques à la démission de sa Couronne et son arrivement à Bruxelles ; {a}

  • Le Génie de la reine Christine de Suède. {b}


    1. Sans lieu ni nom, 1645, in‑4o de 19 pages.

    2. Sans lieu ni nom, 1645, in‑4o de 19 pages, texte distinct du précédent mais avec de nombreux paragraphes identiques.

Voici ce que ces deux livres (à leurs mêmes pages 12‑13) disent de Gabriel Naudé et de Samuel Bochart : {a}

« Si ces grands hommes qu’elle a appelés à divers temps l’avaient été un peu plus qu’ils n’étaient pas, {b} sans doute qu’ils auraient été et mieux reçus, et plus honorablement traités. Le Sieur Naudé ne pouvant plus souffrir les désordres et les dissolutions de cette cour, dans laquelle les Muses n’étaient plus honorées, s’est vu conraint de s’en bannir volontairement, et a préféré un exil volontaire à une demeure si peu favorable aux gens de lettres, {c} que cette princesse a aimés tout un temps ; mais depuis que Bourdelot {d} lui a mis la haute galanterie dans la tête, il n’y a eu rien plus à faire pour eux ; et toutes les belles apparences qu’elle leur a montrées n’ont été que des grimaces, ou plutôt comme un reste de ses premiers sentiments. Je les appelle tous à témoins, s’il s’en trouve pas {e} un qui ait été ni pleinement ni raisonnablement satisfait, à la réserve d’un ou deux qui ont su bien prendre leur temps.

Le Sieur Bochart, dont la vertu et le savoir {f} rendent digne d’une éternelle mémoire, a été traité de pédant dans cette cour ; la reine s’est souvent plainte de quoi il était fort peu galant, et quand on lui a voulu représenter que la galanterie ne s’ajustait pas bien avec la profession qu’il faisait, elle a reparti qu’elle faisait fort peu d’estime d’un homme qui ne savait que lire dans un livre, et que, pour être informé que quelques mots arabes, on ne méritait pas par là son approbation, comme si le Sieur Bochart s’en est jamais beaucoup soucié. Il < en > a bien témoigné, lorsque la reine l’avertissant du dessein qu’elle avait pris de se démettre de l’administration du royaume pour se retirer dans une solitude en compagnie de quelques hommes savants, du nombre desquels elle souhaitait qu’il voulût être, il n’a pas seulement répondu à sa lettre ; et son silence ne doit être estimé que fort raisonnable puisqu’il a bien fait : la suite a fait voir qu’elle était pleine d’hypocrisie et que ce que la reine en faisait n’était qu’une fourberie pour déguiser le dessein qu’elle avait de courir la prétentaine ; {g} mais supposons que la chose fût comme elle la décrivait, encore le Sieur Bochart avait raison de garder le silence, ayant été traité plus mal que l’on ne se saurait imaginer ; qu’on laissa dans un logis l’espace de six semaines avant qu’on ne fît semblant de le voir, et qui a été très mal récompensé, après le travail qu’il a eu de passer en Suède, pour la seule satisfaction de la reine. » {h}


  1. Écrit Bouchard dans le texte imprimé, que j’ai rectifié en Bochart (v. supra note [12]).

  2. « avaient été moins grands qu’ils ne l’étaient ».

  3. Naudé mourut le 29 juillet 1653 à Abbeville pendant son voyage de retour à Paris (v. note [4], lettre 323).

  4. Pierre Michon, dit l’abbé Bourdelot était parti en Suède à l’automne 1651 : v. sa lettre à Guy Patin datée du 17 décembre de ladite année.

  5. Jamais.

  6. Sic pour : « que sa vertu et son savoir ».

  7. Prétentaine, « terme burlesque, qui ne se dit qu’en cette phrase proverbiale : “ Ils ont été tout le jour courir la prétentaine ”, pour dire “ Ils sont allés deçà et delà ” » (Furetière).

  8. V. note [16], lettre 287.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 21 janvier 1656, note 13.

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(Consulté le 17/04/2024)

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