À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [131]

« qui n’existent nulle part et ne peuvent exister. »

Ce vers de Lucrèce (Titus Lucretius Carus), poète et philosophe latin du ier s. av. J.‑C., se trouve au livre iii (vers 1013) du seul écrit qui nous soit resté de lui, De Natura rerum [La Nature des choses].

Ce poème, composé de six livres, expose l’essentiel de ce que nous connaissons de la philosophie d’Épicure (iiieive s. av. J.‑C., v. note [9], lettre 60), dont l’œuvre a depuis été presque entièrement détruite par les premiers empereur chrétiens de Rome. Lucrèce y a en effet ajouté une vigoureuse défense de l’athéisme, reniant le panthéisme antique pour prôner la suprématie de la Nature, se faisant ainsi le précurseur du matérialisme moderne, défendu par Descartes puis amplifié par Spinoza au xviie s. Exhumé au début du xve s. par Pogge le Florentin (v. note [25] du Patiniana 4), le De Natura rerum a profondément influencé la philosophie humaniste de la Renaissance et inspiré le courant libertin.

L’éloge d’Épicure est particulièrement éloquent au début du livre iii (vers 1‑6) :

E tenebris tantis tam clarum extollere lumen
qui primus potuisti illustrans commoda vitæ,
te sequor, o Graiæ gentis decus, inque tuis nunc
ficta pedum pono pressis vestigia signis,
non ita certandi cupidus quam propter amorem
quod te imitari aveo
.

[Ô gloire de la Grèce ! je te suis, toi qui, le premier, a pu faire jaillir des ténèbres profondes la brillante lumière qui éclaire les avantages de la vie. Je place aujourd’hui mes pas dans les traces qu’ont creusées tes pieds, non pour rivaliser avec toi, mais parce que la passion que tu m’inspires m’exhorte à t’imiter].
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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 131

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(Consulté le 04.02.2023)

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