L. 60.  >
À Claude II Belin,
le 4 septembre 1641

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Monsieur et cher ami, [a][1]

Depuis que la lettre de ci-dessus a été écrite, [1] nous avons appris que le Cardinal-infant [2] était tombé en son armée, malade, d’où on l’a retiré, et a été mené à Bruxelles : [3] on dit que c’est d’une fièvre double-tierce. [4] Nous tenons encore Aire, [5] mais on dit que le pain y diminue bien fort. C’est pourquoi il est à craindre que nous ne la gardions pas longtemps si Dieu ne nous aide. [2] Le cardinal Bagni, [6] qui était de nos amis, et fort affectionné aux Français, est mort à Rome. La Brosse, [3][7] qui avait ici le Jardin du roi [8] au faubourg de Saint-Victor, [4][9] est mort le samedi dernier jour d’août. Il avait un flux de ventre [10] d’avoir trop mangé de melons [11] et trop bu de vin (pour ce dernier ce n’était point tant sa faute que sa coutume). Il se plaignait d’une grande puanteur interne, avait la fièvre, et son flux de ventre était dysentérique [12] en ce qu’il faisait du sang. Vide peritiam hominis[5] et voyez combien il était grand personnage au métier dont il se mêlait : il se fit frotter tout le corps d’huile de carabé [13] quatre jours durant, [6] le matin, et avalait à jeun un grand demi-setier d’eau-de-vie, [7][14] avec un peu de quelque huile astringente ; [15] quand il vit que cela ne lui servait de rien, il se fit préparer un émétique,  qu’il prit le vendredi au soir, dans l’opération duquel il mourut le lendemain matin. Sic impuram vomuit animam impurus ille nebulo, in necandis hominibus exercitatissimus[8] Comme on lui parla ce même vendredi d’être saigné, il répondit que c’était le remède des pédants sanguinaires (il nous faisait l’honneur de nous appeler ainsi), [16] et qu’il aimait mieux mourir que d’être saigné. Aussi a-t-il fait. Le diable le saignera en l’autre monde, comme mérite un fourbe, un athée, un imposteur, un homicide et bourreau public, tel qu’il était ; qui même en mourant n’a eu non plus de sentiment de Dieu qu’un pourceau, duquel il imitait la vie, et s’en donnait le nom. Comme un jour il montrait sa maison à des dames, quand il vint à la chapelle du logis, il leur dit Voilà le saloir où on mettra le pourceau quand il sera mort, en se montrant ; et se nommait assez souvent pourceau d’Épicure, combien qu’Épicure [17] valût bien mieux que lui, quem scribunt Galenus et Seneca fuisse vitæ sanctissimæ et continentissimæ. Epicurus non coluit Christum, quia non novit : Brosseus non coluit, quem noverat, etc. Sed satis hæc, imo plus quam satis de illo nebulone[9][18][19] Nous ne savons pas encore qui aura sa place. Il y a ici un livre nouveau fort curieux, intitulé Nicolai Fabricii Peirescii Vita, auctore Petro Gassendi, Præposito Ecclesiæ Diniensis[10] Feu M. de Peiresc, [20] conseiller au parlement d’Aix-en-Provence, [11][21][22] était un grand personnage.  L’auteur l’est pareillement : M. Gassendi [23][24] est un des honnêtes et des plus savants hommes qui soient aujourd’hui en France. [12] Donnez-en avis à M. Camusat [25] et lui faites, s’il vous plaît, mes recommandations. Le livre est in‑4o, du prix d’un écu. Le petit duc de Mantoue est mort, voilà la race des Nevers de Gonzague éteinte. [13][26][27][28] Le roi [29] et Son Éminence [30] sont à Amiens. [31] M. de Longueville, [32] qui est malade, partit d’ici samedi dernier pour s’en aller à Bourbon. [14][33] On fait ici le procès à M. de Guise. [34] Mais je ne me souviens pas que je vous suis importun par ma trop longue lettre. Je vous baise les mains, à Mme Belin et à Messieurs vos frères, avec intention d’être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 4e de septembre 1641.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 4 septembre 1641

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(Consulté le 20.09.2019)