À Charles Spon, le 1er avril 1653
Note [2]

V. note [39], lettre 307, pour le ballet que jouait alors Louis xiv. Antoine Vallot (Journal de santé du roi, pages 80‑81, année 1653) a fourni des précisions sur sa maladie :

« Le roi s’étant échauffé à danser et répéter son ballet, fut saisi, le huitième jour de mars après avoir soupé, de frissons par tout le corps qui lui durèrent plus d’une heure et furent suivis d’un accès de fièvre très considérable qui lui dura toute la nuit avec beaucoup d’inquiétudes. Tous ces accidents se trouvèrent arrêtés fort heureusement et sans retour après une saignée qui fut faite le lendemain matin. Le jour suivant, Sa Majesté prit un lavement et le lendemain une médecine qui fut préparée de la manière qui suit :

Bouillon purgatif pour le roi

Recipe :
   Crystalli mineralis, Cremoris tartari, ana
℥j.
   Mannæ,
℥jß.
   Folliculorum senæ,
℥ij. {a}
Bulliant leviter in infusione carnis vituline, herbis refrigerantibus attente. Fac colaturam. Sumende mane in aurora. {b}

Ce remède a purgé le roi si doucement et avec tant de succès que j’ai pris la résolution de ne purger jamais Sa Majesté que de cette manière, à moins qu’il n’arrivât quelque maladie considérable qui demandât une autre purgation ; et comme le roi s’est fort bien trouvé de ce remède, il y a de l’apparence qu’il en ressentira les mêmes effets quand il aura besoin d’être purgé, étant certain qu’il n’a pu se résoudre à prendre une médecine selon les préparations ordinaires, outre qu’il n’a aucune répugnance maintenant en l’opération dudit remède. N.B. – Je me suis bien trouvé en la suite des temps et en plusieurs occasions de l’effet de ce bouillon. »


  1. « Prenez : de cristal minéral, de crème de tartre, une once de chaque ; de manne, une once et demie ; de feuilles de séné, deux onces. »

  2. « Faites bouillir légèrement dans une infusion de viande de veau et d’herbes rafraîchissantes. Filtrez et prenez le matin à l’aube. »

Le cristal minéral n’était pas de l’antimoine, mais « du nitre mis dans un creuset et dans un fourneau, qu’on fait fondre, sur lequel on jette diverses fois une once de fleur de soufre, qu’on y fait brûler et consumer » (Furetière).

Le même Journal relate que sur la fin du même mois de mars 1653 survint un « flux de ventre du roi, fort opiniâtre, qui approchait de la dysenterie et de la nature du flux mésentérique [v. note [4], lettre 69], lequel dura plus de huit mois ». Vallot attribuait cette maladie à un abus de breuvages sucrés et artificiels, particulièrement de limonades, et d’oranges du Portugal, et à ce que le roi « voulut à son ordinaire, et contre les avis que j’avais donnés, garder religieusement le carême; » après la survenue des premiers symptômes. Cette dysenterie prolongée peut évoquer une amibiase ou une typhoïde (v. note [1], lettre 717). Le roi en guérit enfin, probablement moins par le fait des multiples remèdes qu’administra Vallot, que des bons effets d’une solide nature.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er avril 1653. Note 2

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(Consulté le 25.11.2020)

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