À André Falconet, le 31 décembre 1660, note 2.
Note [2]

« c’est l’asthme périodique, que Sénèque a appelé dans ses Épîtres “ la pratique de la mort ” ; parce que si ce même symptôme s’accroît, s’il se ranime, s’il revient fréquemment, alors la podagre cessera et à la fin elle aboutira à la mort (oléthrion). »

Sénèque le Jeune (Lettres à Lucilius, épître liv, § 2) :

Longum mihi commeatum dederat mala valetudo ; repente me invasit. “ Quo genere ?” inquis. Prorsus merito interrogas : adeo nullum mihi ignotum est. Uni tamen morbo quasi assignatus sum, quem quare Græco nomine appellem nescio ; satis enim apte dici suspirium potest. Brevis autem valde et procellæ similis est impetus ; intra horam fere desinit : quis enim diu exspirat ? Omnia corporis aut incommoda aut pericula per me transierunt : nullum mihi videtur molestius. Quidni ? aliud enim quiquid est ægrotare est hoc animam egerere. Itaque medici hanc “ meditationem mortis ” vocant : facit enim aliquando spiritus ille quod sæpe conatus est.

[Un mal m’afflige de longue date, et le voici qui m’attaque soudain. « Quel est-il ? », me demandes-tu. Tu fais fort bien de m’interroger car c’est bien celui que je connais le mieux. Je suis comme condamné à cette unique maladie dont j’ignore le nom grec, car notre mot suspirium peut la désigner assez exactement. {a} Son attaque est courte, tout à fait semblable à un orage ; elle cesse en moins d’une heure ; qui donc met longtemps à rendre son dernier souffle ? Mon corps a connu toutes les gênes et tous les périls, mais rien ne m’a semblé plus pénible. Pourquoi ? Parce qu’être malade et rendre l’âme sont deux choses différentes. Aussi les médecins donnent-ils à ce mauvais esprit le nom de « pratique de la mort », {b} car il gagne parfois la lutte qu’il engage si souvent].


  1. Sénèque trouvait le mot ασθμα moins expressif que le latin suspirium [(dernier) soupir] pour désigner son mal suffocant, avec sensation de mort imminente, qui était un asthme vrai, « périodique » (survenant par crises ou attaques), c’est-à-dire tel que nous l’entendons aujourd’hui (v. notes [43], lettre 150, et [8], lettre 603).

    L’« asthme » de Mazarin n’était pourtant pas celui de Sénèque : il s’agissait d’une orthopnée liée à une insuffisance cardiaque (v. note [35], lettre 216).

  2. Ce qu’on peut aussi traduire par « préparation » ou « méditation de la mort » : v. notule {a} note [25], lettre 294.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 31 décembre 1660, note 2.

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(Consulté le 27/05/2024)

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